Actualisé 27.03.2008 à 14:23

Feu vert à la reprise de Carrefour par Coop

La Comco, qui a autorisé l'an passé le rachat de Denner par Migros, permet à son tour à Coop de reprendre les douze hypermarchés de Carrefour.

Mais pour protéger concurrents et fournisseurs, elle y pose des conditions auxquelles le distributeur réagit vivement.

La vente se concrétisera au 1er avril et les changements d'enseigne en Coop Megastores devraient avoir lieu d'ici à début juin. Au terme de l'opération, le distributeur exploitera 25 Megastores, soit les douze sites de Carrefour, auxquels s'ajoutent l'hypermarché du stade de St-Gall, qui ouvrira fin juin, et les très grandes surfaces que possédait déjà Coop.

Pas d'alternative

Le groupe bâlois avait annoncé en août passé son intention de racheter pour 470 millions de francs les magasins Carrefour en Suisse, détenus à parts égales par la chaîne française et la société genevoise Maus Frères (Manor). La Comco a engagé en novembre une enquête approfondie.

«L'autorité de concurrence est parvenue à la conclusion que Carrefour ne pouvait trouver aucun autre acquéreur», a expliqué jeudi à Berne le président de la Comco, Walter Stoffel. Pour les détaillants étrangers, le réseau Carrefour en Suisse était trop petit (1,1% de part de marché) alors que pour les distributeurs suisses, à part Migros et Coop, le morceau était trop gros à avaler.

Le duopole constitué par Migros et Coop sera certes renforcé après cette acquisition. Mais le marché du détail au niveau national restera sous la pression des nouveaux concurrents, estime la Comco, dont le feu vert était pressenti.

Garde-fous

Toutefois, avec 60 filiales ouvertes pour Aldi et une entrée prévue en 2009 pour Lidl, la position dominante de Coop et Migros ne peut être déstabilisée à court terme. Pour que le marché reste ouvert à d'autres détaillants et aux fournisseurs, la Comco prévoit des garde-fous.

Elle exige ainsi la suppression des contrats d'exclusivité, qui interdisent aux fournisseurs de livrer simultanément plusieurs détaillants. Cette clause s'applique déjà à Migros.

Coop devra en outre conserver les fournisseurs qui réalisent plus de 30% de leurs ventes avec Carrefour, pour autant que leurs produits correspondent aux exigences de Coop. Si ce dernier ne reprend pas un fournisseur particulier, il devra lui laisser suffisamment de temps pour se retourner, a expliqué M. Stoffel.

Dans certaines régions, en particulier dans la région genevoise et au Tessin, il n'existe pratiquement aucune alternative à Coop et à Migros que Manor. La Comco impose donc à Coop de mettre en vente des magasins représentant une surface totale de 20 000 m2.

De plus, pendant six ans, Coop n'a pas le droit d'acquérir des entreprises actives sur le marché du commerce de détail alimentaire suisse.

«Logique interventionniste»

Coop a «pris acte» de la décision de la Comco, qui fait suite à quatre mois d'enquête. Mais le distributeur fustige cette «logique interventionniste», estimant qu'un feu vert inconditionnel n'aurait pas entamé la rude concurrence qui règne déjà sur le marché.

Le groupe se plie cependant aux injonctions de la Comco et renonce à faire recours auprès du Tribunal administratif fédéral, même s'il estime qu'il aurait de bonnes chances d'obtenir gain de cause.

«Toutefois, si la situation du commerce de détail suisse devait être profondément modifiée, par exemple à la suite de l'expansion d'Aldi et de l'arrivée de Lidl, Coop pourra demander l'annulation des conditions à compter du 1er janvier 2010», selon le communiqué. Une réaction vive, que Walter Stoffel qualifie de «réponse stratégique».

Les 2200 employés de Carrefour seront repris par Coop ou se verront proposer un poste équivalent. Le syndicat Syna s'est d'ailleurs félicité de ce rachat, estimant que l'arrivée de Lidl, connu pour ses conditions d'emploi peu favorables, sera un peu plus compliquée. (ats)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!