Genève - «Zéro pub» dans les rues de la Ville: Oui, mais…
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Genève«Zéro pub» dans les rues de la Ville: Oui, mais…

Le Conseil municipal a accepté de proscrire la publicité commerciale sur les panneaux. En réalité, cela ne concernera qu’une affiche sur dix. Le peuple pourrait avoir le dernier mot.

© Steeve Luncker-Gomez

L’annonce d’un spectacle ou une campagne de votations: oui. Une réclame pour des vêtements ou une offre de téléphonie mobile: non. La majorité de gauche du Conseil municipal de la Ville de Genève a adopté mardi l’initiative «Zéro pub», après des années de procédures judicaires, ont relevé ce mercredi plusieurs médias locaux.

Exceptions prévues

Le texte veut «libérer» les rues des affiches commerciales, tout en épargnant celles à caractère culturel et institutionnel. «C’est désormais au Conseil administratif de définir, dans le règlement d’application, le champ exact du projet (ndlr: quid des événements sportifs, par exemple?)», a indiqué la socialiste Olivia Bessat-Gardet, membre de la commission de la sécurité du domaine public, de l'information et de la communication.

Par ailleurs, la mesure concerne uniquement le domaine public municipal. Mais pas le cantonal, pas plus que le domaine privé comme la gare (propriété des CFF), les devantures de magasins, les véhicules TPG ou les bâtiments propriétés de particuliers.

Une majorité des panneaux restera

Ainsi, seuls 300 panneaux sur 3600 sont en réalité visés par l’initiative, qui entend lutter contre la prolifération de la publicité, la surconsommation et la pollution visuelle. «L’impact réel sur le paysage sera réduit; en revanche, cela fera un manque un gagner certain pour la Ville», a déploré la conseillère administrative PDC Marie Barbey-Chappuis. Soit plus de 4 millions de francs par an, issus de la redevance sur l’affichage, notamment. Pourtant à majorité de gauche, l’Exécutif était opposé au texte, principalement pour des raisons financières.

Hausse des pubs sur les bus?

De son côté, la société d’affichage Neo Advertising, mandatée par la Ville, estime que l’initiative pourrait lui coûter 15% de son chiffre d’affaire annuel, soit une perte de 7 à 10 millions de francs. Le projet, qui vise aussi à permettre aux habitants de se réapproprier les panneaux vierges, comme en janvier 2017, devrait conduire à une hausse de la publicité sur d’autres supports, selon le directeur général de l’entreprise, Christian Vaglio-Giors. «Les annonceurs trouveront des alternatives sur le domaine privé, comme les véhicules TPG, les vitrines de magasins ou les immeubles. Dans une moindre mesure, ils pourraient faire un peu plus de pub dans les journaux ou sur le web».

Référendum possible

Une musique d’avenir, mais dont on ne sait pas encore si elle sera jouée. Le peuple ne s’exprimera pas sur ce projet, car à Genève, une initiative municipale n’est pas soumise à votation populaire si elle est acceptée par le Délibératif. Par contre, le règlement d’application attendu d’ici trois mois pourrait, lui, être attaqué par référendum, que Neo Advertising promet de soutenir.

Affiches déjà bannies ailleurs

L’interdiction de réclames sexistes, ou pour le tabac, est courante en Suisse. Mais la disparition de toutes publicités commerciales sur le domaine public reste une rareté dans notre pays. C’est une réalité que connaît pourtant la commune vaudoise du Mont-sur-Lausanne, qui a franchi le pas en 2019 pour lutter contre la pollution visuelle. Plus grand, plus tôt: la ville de Grenoble (F) a supprimé l’affichage publicitaire en 2014. Lyon, troisième plus grande ville de l’Hexagone, pourrait adopter un règlement en ce sens, pour une mise en application en 2024.

(dra)

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