Zurich: Fin des traitements de luxe pour délinquants
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ZurichFin des traitements de luxe pour délinquants

A la suite du tollé provoqué par l'affaire «Carlos», le directeur zurichois de la justice Martin Graf (Verts) met fin aux traitements coûteux destinés aux jeunes délinquants.

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21.04.15 Le tribunal cantonal de Zurich a admis mardi son recours contre la prolongation de sa détention provisoire. Son risque de récidive a fortement baissé, selon les juges.

21.04.15 Le tribunal cantonal de Zurich a admis mardi son recours contre la prolongation de sa détention provisoire. Son risque de récidive a fortement baissé, selon les juges.

20.04 Le Tribunal fédéral (TF) a confirmé la prolongation de la détention provisoire de «Carlos». Le jeune homme, connu pour l'encadrement très spécial dont il avait pu bénéficier, est sous les verrous depuis octobre dernier.

20.04 Le Tribunal fédéral (TF) a confirmé la prolongation de la détention provisoire de «Carlos». Le jeune homme, connu pour l'encadrement très spécial dont il avait pu bénéficier, est sous les verrous depuis octobre dernier.

Keystone
16.04 Le Ministère public zurichois a porté plainte contre Carlos. Le jeune délinquant multirécidiviste aurait notamment menacé un homme au couteau, le 28 octobre 2014 à Zurich.

16.04 Le Ministère public zurichois a porté plainte contre Carlos. Le jeune délinquant multirécidiviste aurait notamment menacé un homme au couteau, le 28 octobre 2014 à Zurich.

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Les mesures spéciales d'encadrement en milieu ouvert notamment seront désormais soumises à l'aval du juge supérieur de la Justice des mineurs.

Les coûts de la mesure spéciale dont a fait l'objet «Carlos» (prénom fictif) sont «manifestement trop élevés», a déclaré vendredi Marcel Riesen, juge supérieur de la Justice des mineurs, en présentant aux médias le rapport dont l'a mandaté le ministre. Avec un total de 29'200 francs par mois, ils excèdent largement les 20'000 francs dépensés en général pour ce genre de cas difficile de réinsertion.

Simple et fonctionnel à l'avenir

Parmi les erreurs déplorées dans le rapport, le choix du lieu d'encadrement n'a «pas été fait avec une retenue suffisante». La société mandatée pour organiser la réinsertion de «Carlos», jeune délinquant multirécidiviste de 17 ans, aurait dû choisir un appartement simple et fonctionnel.

Elle a opté pour un appartement 4,5 pièces afin qu'une assistante sociale puisse y habiter et que les parents de «Carlos» puissent lui rendre visite et dormir sur place. Cet appartement disposait en outre d'une pièce utilisée comme salle de réunion.

Le «luxe» et les agréments n'ont rien à faire dans une mesure de réinsertion de ce type, a souligné le conseiller d'Etat Martin Graf (Verts). «Je n'aurais jamais signé un tel contrat de réinsertion», a critiqué le ministre, ajoutant que «la fin ne justifie pas n'importe quels moyens».

Arts martiaux quasi bannis

Une autre erreur concerne les entraînements quotidiens de boxe thaïe dont bénéficiait «Carlos». L'entraîneur - un ancien champion - a été condamné suite à une bagarre. Les entraînements auraient dû être supprimés dès la prise de connaissance de cette condamnation.

Désormais, les formations d'arts martiaux ne seront, jusqu'à nouvel avis, plus accordées dans le cadre d'une peine ou d'une mesure pénale, a annoncé le responsable de la Justice des mineurs. Dans des cas exceptionnels, des jeunes délinquants pourront prendre part à des entraînements de ce type après un examen psychiatrique.

Autre erreur reconnue par la Justice des mineurs zurichoise, les autorités de la commune de Reinach (BL), où «Carlos» avait été placé n'avait pas été informées de sa présence. «Nous le regrettons», a ajouté Marcel Riesen.

Un deuxième cas

Le principe de la mesure de réinsertion en habitation encadrée n'est en revanche pas remis en question. Ce type de mesure n'est pris qu'en cas d'échec des mesures thérapeutiques en milieu fermé. «Si un cas devait être traité de manière spéciale, c'est bien celui de 'Carlos'», a souligné Martin Graf.

Après 34 délits, violents pour la plupart, commis entre 2006 et 2011, huit séjours en prison, plusieurs dans des institutions psychiatriques ou des institutions ouvertes, aucun traitement ne s'est avéré efficace. Au moment de son placement, l'adolescent avait purgé en détention préventive les 9 mois de réclusion auxquels il a finalement été condamné pour lésion corporelle grave.

La mesure d'habitation encadrée doit rester réservée à ce type de cas extrême, a insisté M. Graf. Il existe actuellement un second jeune soumis à ce régime dans le canton. Cela représente 1,5% des 130 cas de jeunes délinquants traités de manière stationnaire en terres zurichoises.

Juge dessaisi

L'affaire a été révélée il y a dix jours dans un reportage de la télévision alémanique SRF et n'a fait qu'enfler depuis. Consacré au juge des mineurs qui a décidé de la mesure de réinsertion, le reportage évoquait notamment la commune où «Carlos» avait été placé. Il montrait aussi «son» appartement et l'adolescent lui-même, de dos, en plein entraînement.

La large couverture médiatique de ce cas a incité les autorités zurichoises à retirer «Carlos» de l'appartement dans lequel il avait été placé et ce, pour le protéger des médias et des curieux. Depuis le samedi 31 août, l'ado est placé dans le centre fermé de Dietikon (ZH). Une solution provisoire, a déclaré M. Graf.

Le cas a été retiré au juge des mineurs qui en était le titulaire. Bientôt à la retraite, ce dernier s'est excusé auprès des autorités pour l'autorisation qu'il a donnée à la télévision alémanique, a précisé le ministre Martin Graf. Réputé pour ses méthodes peu conventionnelles, il n'avait pas averti ses supérieurs que le reportage évoquerait aussi largement le cas «Carlos». (ats)

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