Tessin: Finissez votre assiette ou payez un supplément!
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TessinFinissez votre assiette ou payez un supplément!

Depuis cette semaine, un restaurateur de Losone (TI) fait payer les clients qui abusent de son buffet «à volonté». Une pratique légale et plutôt bien vue.

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dmz/mgp
Giovanni Tafuro (au centre) et son équipe du restaurant Patrizietta de Losone (TI).

Giovanni Tafuro (au centre) et son équipe du restaurant Patrizietta de Losone (TI).

L'idée a déjà fait son chemin dans plusieurs pays du monde. Aux Etats-Unis, au Brésil, en France ou en Arabie saoudite, certains restaurateurs ont leur technique pour lutter contre le gaspillage de nourriture: les clients qui ont les yeux plus gros que le ventre sont priés de s'acquitter d'un supplément. La pratique, qui concerne essentiellement les buffets à volonté, débarque au Tessin, à l'initiative d'un tenancier de Losone.

Le 10 avril dernier, Giovanni Tafuro reprend les fourneaux du restaurant Patrizietta. L'établissement propose, pour le repas de midi, un buffet à gogo à 12 francs. Très vite, il se rend compte des risques de voir des kilos de nourriture finir aux ordures. Du coup le restaurateur a décidé de s'inspirer de ses confrères: depuis lundi, les clients qui ne finissent pas leur assiette verront leur facture augmenter de 5 francs.

Lutter à sa façon

«Je voulais lancer un signal fort», explique le cuisinier à «20 minuti». Je suis écœuré quand je dois jeter de la nourriture encore bonne. Je veux éviter ça au maximum.» Au fond, ce qu'il souhaite, c'est une prise de conscience du problème, d'où cette «amende symbolique». Par ailleurs, les hôtes sont prévenus: «Tout est écrit noir sur blanc sur ma carte. Pas de surprise.»

Et l'initiative plaît à Alessandro Pesce, président de GastroTicino: «C'est parfaitement légal et, pour moi, c'est une bonne façon de lutter contre le gaspillage, même si je pense que, d'une manière générale, les Tessinois sont conscients de leurs limites. A mon avis, il n'y a pas beaucoup de nourriture qui retourne en cuisine.»

Mais l'idée n'est-elle pas aussi un moyen d'économiser? Alessandro Pesce en doute: «Le temps sont durs dans la restauration. Les tenanciers font attention à ce qu'ils commandent, pour éviter de jeter. Je ne crois pas que le but soit financier.»

Des tonnes de nourriture jetées

Les statistiques sont sévères: en 2012, près de 2 millions de tonnes de produits comestibles ont été jetés en Suisse, selon les chiffres d'une étude européenne menée par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation. Un gaspillage qui représente jusqu'à 2000 fr. par an pour un ménage de quatre personnes, selon l'Office fédéral de l'agriculture.

Où est le plaisir?

Pour Muriel Clarisse, diététicienne au CHUV, l'idée peut peut-être avoir un effet éducatif: «Si les gens se servent moins grâce au supplément, il peut y avoir un intérêt. Mais il y a quand même un risque qu'ils se forcent à finir leurs assiettes, pour éviter de payer le supplément, et du coup d'encore moins respecter les sensations physiologiques de satiété et de manger en excès.»

Surtout, c'est le concept des buffets à volonté qu'elle remet en cause: «Je me demande où est le plaisir de manger si on se gave. En plus, si le gaspillage est un problème pour le restaurateur, il faut peut-être se demander s'ils ont une raison d'être et si c'est au client de payer.»

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