27.02.2020 à 07:06

Vevey (VD)

Flic pervers, il était à la fois le héros et le bourreau

Grâce au chantage et à la menace, un trentenaire est parvenu à obtenir des photos osées de plusieurs victimes. Qui s'adressaient au «policier-ami» pour savoir comment s'en sortir.

de
Christian Humbert
Le prévenu faisait chanter ses victimes par le biais d'un faux profil sur les réseaux sociaux.

Le prévenu faisait chanter ses victimes par le biais d'un faux profil sur les réseaux sociaux.

iStock/Image prétexte

«J'ai recherché du plaisir par le pouvoir sur mes victimes et dans leur contrôle.» Mathieu* aime dominer les autres, d'après le rapport d'un expert psy, lu mercredi au Tribunal de l'Est vaudois à Vevey. Le trentenaire valaisan, devenu gendarme dans le canton de Vaud en 2014, apprécie aussi les très jeunes femmes. Il en a choqué trois, dont une mineure, en leur envoyant des photos et vidéos de son sexe en érection, sans leur cacher sa profession.

Entre septembre et octobre 2016, il a cherché à obtenir de ses trois victimes des photos d'elles nues. Et une fois les clichés en mains, Mathieu s'est transformé en «Françoise»*, lesbienne, un faux profil qu'il avait créé. Munie des images compromettantes, «Françoise» a contacté les jeunes femmes via les réseaux sociaux pour exiger des photos nettement plus osées, les menaçant de diffuser les premières à leurs amis.

Prédateur appelé à l'aide

Deux d'entre elles se sont tournées vers Mathieu, le gendarme et copain en qui elles avaient malgré tout confiance, pour obtenir de l'aide face à ce chantage. «Je vais regarder mais on ne peut en principe rien faire. Il faut envoyer ce qu'elle réclame et cela cessera», a conseillé le prédateur.

L'une d'elles a paniqué et s'est pliée aux desiderata du pervers, qui a obtenu des images clairement pornographiques. Que «Françoise» s'est empressée de diffuser sur les réseaux sociaux, assorties de commentaires peu élogieux. La victime a alors songé au suicide. Mercredi, elle a admis son imprudence: «Je ne sais pas ce qui s'est passé pour accepter de lui envoyer des photos. J'avais tellement confiance en lui. Je l'ai même remercié quand il disait m'aider», a-t-elle confié. L'affaire s'est révélée encore plus pénible pour les victimes quand elles ont appris que le policier-ami en qui elles avaient confiance était à l'origine de ce cruel chantage.

J'en suis malade depuis

C'est la plainte de la plus jeune des trois qui a déclenché l'enquête et permis aux policiers de retrouver les autres victimes. Débusqué, le gendarme a été licencié sur-le-champ en novembre 2016.

Tremblant comme une feuille, en pleurs, Mathieu n'a guère donné d'explications, lors de l'audience. «C'est extrêmement grave. Je m'excuse. J'admets les faits mais je ne me souviens pas des détails. Je n'ai pas dû réfléchir. J'en suis malade depuis lors. Je ne suis pas attiré par les enfants.»

«Il a trahi son serment de gendarme. Il était prêt à tout. Il voulait les soumettre, les humilier. Il était bourreau et sauveur», a asséné la procureure Myriam Bourquin, avant de demander une peine de 3 ans de prison, dont 6 mois ferme, pour calomnie et contrainte sexuelle, notamment. Les parties civiles ont réclamé un traitement, vu le risque important de récidive.

Avocat du prévenu, Me Jean-Emmanuel Rossel a plaidé une peine avec un sursis complet. Le jugement sera rendu vendredi.

*prénom d'emprunt

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