Actualisé 17.02.2020 à 06:04

Vaud Fonctionnaire et agitateur politique, un statut insolite

Le chef de projet d'un département cantonal est aussi porte-parole d'une association prônant la désobéissance civile et violant la loi. Une «situation délicate» selon les autorités.

de
Frédéric Nejad Toulami
Extinction Rebellion a plusieurs fois bloqué des axes fréquentés dans des villes, comme ici à Lausanne, lors de manifestions non autorisées.

Extinction Rebellion a plusieurs fois bloqué des axes fréquentés dans des villes, comme ici à Lausanne, lors de manifestions non autorisées.

Keystone

«Nous ne pouvons pas confirmer que ce Monsieur travaille pour l'Etat, conformément à la loi.» Voici la seule réponse officielle d'un porte-parole du Conseil d'Etat vendredi sur la situation particulière d'un fonctionnaire qui figure pourtant à ce titre tant dans l'Annuaire officiel de l'Etat de Vaud que sur son profil digital professionnel. Le chancelier du Conseil d'Etat vaudois reconnaît cependant que ce type de situation est «très délicat» (lire l'encadré).

Concrètement, alors qu'il est chef de projet dans un département cantonal depuis des années, l'intéressé s'affiche depuis de nombreux mois comme militant et porte-parole d'associations telle Extinction Rebellion (XR). Celle-ci prône la désobéissance civile et viole la loi lors de manifestations non autorisées, où des avenues sont totalement bloquées au centre-ville et les injonctions de la police ignorées, ainsi que d'actions commando, comme celle prévue ce lundi 17 février.

Sa hiérarchie pas avertie

L'individu a signé et envoyé un courriel à des médias romands, pour inviter des journalistes à embarquer de manière «non identifiables» à bord de voitures (sic) avec des militants de XR pour aller occuper de manière «non violente» une entreprise, afin de «vivre et filmer de l'intérieur toute la spectaculaire mise en place de l'action». La société est ciblée par rapport à son «impact catastrophique sur les écosystèmes».

Joint par téléphone, l'homme considère n'être qu'un «contact presse» de XR et non un porte-parole. Il estime aussi ne pas avoir de fonction de cadre à l'Etat de Vaud et déclare ne pas avoir jugé nécessaire d'avertir sa hiérarchie de ses activités parallèles, avant de nous interdire de citer son nom dans l'article.

Un devoir de réserve et de loyauté envers l'Etat

Chancelier du gouvernement vaudois, Vincent Grandjean constate que le sujet est délicat et ne se prononce que de manière globale. «Tous les fonctionnaires bénéficient à la fois de la liberté d'expression et celle d'association, rappelle-t-il. S'il est aussi permis d'appeler à manifester, il est par contre interdit d'appeler ou d'encourager à violer le droit.» Mais Vincent Grandjean insiste aussi sur le devoir de réserve de l'employé ainsi que de loyauté vis-à-vis de l'employeur, en tout temps et partout. Et plus la fonction de cadre est importante, plus ces exigences sont élevées. Quant à la situation précise du porte-parole de XR, il estime que son chef de Service devrait s'interroger et en parler avec l'intéressé.

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