Culture: Forêt de natels au concert
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CultureForêt de natels au concert

La saison des festivals débute et, avec eux, les bras levés des spectateurs qui filment, portable en main. Autant s'y habituer: aucune interdiction n'est en vue.

par
Caroline Goldschmid avec AFP
«Nos artistes ne se plaignent pas des smartphones, et pour cause: ça leur fait du marketing», estime Dominique Saudan, de Sony BMG.

«Nos artistes ne se plaignent pas des smartphones, et pour cause: ça leur fait du marketing», estime Dominique Saudan, de Sony BMG.

Une nuée de téléphones brandis par le public, qui bouchent la vue et gâchent le plaisir: cette scène est devenue ordinaire. «Les gens préfèrent enregistrer un concert plutôt que de le regarder avec leurs propres yeux», déplore le producteur britannique Glenn Max. Selon lui, cela «affecte terriblement l'expérience de l'artiste». Mais cette pratique séduit les jeunes qui veulent tout partager sur les réseaux sociaux et donner aux amis absents un aperçu, sons et images à l'appui, du super moment qu'ils passent.

Face à cette mode, les artistes ne réagissent pas tous de la même manière. Certains la critiquent, à l'instar de Tim Burgess, chanteur du groupe The Charlatans. «N'a-t-on pas tous un appareil enregistreur dans nos cerveaux? On peut se repasser les souvenirs et ils produisent un bien meilleur effet que ceux que vous pouvez obtenir d'un téléphone», considère-t-il. Les groupes Pulp, Yeah Yeah Yeahs et The Stone Roses encouragent leurs fans à ne pas regarder le concert à travers l'écran d'un portable.

Très rares sont les artistes qui s'arrêtent de chanter pour interpeller leur public. La plupart laissent faire, contents du buzz que cette pratique va leur apporter (lire interview ci-contre). D'autres vont même en jouer et se servent des images tournées par les spectateurs pour réaliser un clip vidéo, à l'instar de «Lost in Paradise», d'Evanescence.

En Suisse romande, les organisateurs de concerts comme Opus One restent neutres face au phénomène et se contentent de faire respecter la volonté des artistes. Et du côté des festivals? «Ma foi, c'est le choix des spectateurs! Et il faut être réaliste: on ne peut pas interdire les portables sur le site de notre manifestation», commente Christophe Platel, attaché de presse de Paléo Festival.

«Il est impossible de réglementer»

Généralement, les artistes interdisent d’immortaliser le concert avec du matériel professionnel, ce qui n’inclut pas les téléphones. Parfois, la demande expli­cite d’éteindre les portables est faite, surtout au théâtre et dans les petites salles. Tous les acteurs concernés sont catégoriques: il est impossible de réglementer. Une fois les vidéos postées, sur YouTube ou ailleurs, c’est aux artistes et aux sociétés de gestion des droits d’auteurs de décider s’ils veulent supprimer ou non certains contenus.

Le rappeur Stress: «Dommage pour eux»

– Sur scène, ça vous fait quoi, cette foule de téléphones rivés sur vous? 

– Je me dis que ça fait partie du truc mais je trouve que c’est dommage car ces gens manquent automatiquement une partie du concert.

– Donc vous êtes surtout désolé pour eux?

– Honnêtement, oui.

– Est-ce que cela empêche la complicité avec le public?

– Non, car il vient aussi pour ça, il recherche une interaction. On ne peut que constater le fait que le portable fait partie intégrante de nos vies.

– Et il engendre une promo gratuite!

– D’un côté, je trouve que ces vidéos amateurs ne respectent pas l’œuvre d’un artiste et la vision qu’il ­essaie de communiquer. D’un autre côté, bien sûr, ça fait parler. Moi, en tout cas, je n’enlève pas les vidéos que mes fans filment puis postent sur le Net. Aller contre ça, c’est se tirer une balle dans le pied!

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