Actualisé 24.11.2008 à 07:52

Géothermie

Formation unique en Suisse et en Europe continentale à Neuchâtel

Même si la géothermie est une énergie d'avenir, elle manque cruellement de relève.

Pour pallier cette lacune, l'Université de Neuchâtel a engagé une professeure et va offrir la première formation complète dans ce domaine en Suisse et en Europe continentale.

«Actuellement, les étudiants qui veulent se former en géothermie doivent se rendre à Reykjavik. Et comme l'Islande est à cheval, géologiquement entre l'Amérique et l'Europe, on peut même estimer qu'il n'y a plus de formation complète dans ce domaine sur le Vieux- Continent», observe François-David Vuataz, directeur du Centre de recherche en géothermie (CREGE).

Les étudiants en hydrogéologie suivent actuellement quelques jours de cours de géothermie mais c'est nettement insuffisant. «Si la Suisse veut que la géothermie fasse partie du mix énergétique en matière de chaleur et d'électricité d'ici à 2020, il faut des actions fortes et rapides», ajoute M. Vuataz.

Fort de ce constat, le CREGE a convaincu l'Université de Neuchâtel de lancer une formation dans ce domaine. Après une procédure de sélection, la professeure Eva Schill, âgée de 38 ans, qui vient de l'Université de Mayence en Allemagne a été choisie. Elle entrera en fonction au 1er janvier 2009.

En 2010

Une de ses premières tâches sera de mettre sur pied cette formation. Au départ, elle devait prendre le visage d'un Master of Advanced Studies (ex-postgrade) mais après réflexion, on s'achemine vers un master. «Il nous semble plus judicieux d'offrir un cursus de base avant de se lancer dans de la formation continue», note M. Vuataz qui précise que rien n'est encore définitif.

Le lancement de la formation complète, qui se fera en anglais et qui devrait compter une dizaine de participants par volée, devrait intervenir au 1er semestre 2010. D'ici là, la professeure Eva Schill et le CREGE offriront quelques modules de formation continue qui donneront lieu à des certificats.

Autre tâche de la nouvelle professeure: la recherche. Son rôle sera de développer des programmes et des travaux pour mieux connaître le sous-sol profond de la Suisse. Le Plateau, qui offre la plus forte concentration d'habitat, sera étudié en priorité.

En effet, un forage de 1000m pour une douzaine de villas n'est pas rentable. Il faut donc qu'un nombre important de consommateurs se trouvent à proximité. Contrairement à l'Islande qui a fortement axé son développement sur la géothermie, on ne peut pas installer en Suisse des pipelines d'eau chaude de 60 km de longueur, à cause de la déperdition de chaleur et surtout du coût du transport.

Outre l'acquisition de données, la tâche d'Eva Schill sera de tester de nouveaux outils et de nouvelles méthodes.

Le pétrole, l'ennemi

«Contrairement à l'industrie pétrolière qui a beaucoup de moyens financiers, nous devons être inventifs au niveau de la méthodologie et trouver par des chemins indirects ce que nous aurions découvert lors de forages», explique le directeur du CREGE. «En Suisse, des techniques existent mais on ne sait pas se donner les moyens de les développer».

Selon M. Vuataz, tant que le pétrole ne sera pas à des prix inabordables, la volonté politique sera défaillante. Pourtant, il constate que certains pays comme l'Allemagne ne se sont pas endormis et ont pris de l'avance en matière d'énergie renouvelable (solaire, éolienne, géothermie).

En Suisse, il existe un grand trou entre la recherche effectuée par les EPF ou HES et les exigences du marché. Il suffirait de quelques années de travail pour valoriser cette recherche en développement industriel, déplore M. Vuataz qui constate que la Suisse perd ainsi des occasions de se profiler dans les énergies renouvelables. (ats)

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