Emploi: Fort recul de 4,1% de l'emploi bancaire en Suisse
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EmploiFort recul de 4,1% de l'emploi bancaire en Suisse

A fin juin 2016, les banques en Suisse comptaient 3454 postes en moins par rapport à fin 2015.

Au terme du premier semestre, le taux de chômage du secteur bancaire s'établissait à 2,7 %.

Au terme du premier semestre, le taux de chômage du secteur bancaire s'établissait à 2,7 %.

photo: Keystone/Illustration

Si le secteur bancaire helvétique se porte bien côté résultats, les mesures d'économies et la consolidation se sont traduites par un fort recul de l'emploi en Suisse au premier semestre 2016. Au niveau national, les effectifs des banques ont diminué de 4,1% depuis janvier, concernant au premier chef les grandes banques.

A fin juin 2016, les banques en Suisse comptaient 3454 postes en moins par rapport à fin 2015, montre le baromètre de l'Association suisse des banquiers (ASB) publié jeudi. Au terme du premier semestre, le taux de chômage du secteur bancaire s'est rehaussé à 2,7%, mais reste en-deçà de la moyenne suisse de 3,1%.

«Il ne faut pas nécessairement y voir un signal de l'affaiblissement de la place financière suisse», a souligné devant les médias à Zurich Martin Hess, responsable de la politique économique au sein de l'ASB. «C'est peut-être aussi le résultat de la mutation structurelle du secteur», a-t-il nuancé.

En parallèle, les effectifs à l'étranger des banques établies en Suisse se sont étoffés, avec, en chiffres nets, plus de 6750 nouveaux postes. Une tendance préoccupante «quant à la capacité d'exportation de la place financière suisse», selon l'ASB, qui exige de l'inverser en améliorant les conditions-cadre.

Second semestre stable

Pour la deuxième moitié de 2016, plus des deux tiers des 162 banques ayant répondu à l'enquête de l'ASB anticipent une stabilité de l'emploi. Les instituts semblent avoir maintenant mis en oeuvre des décisions prises en décembre, selon M. Hess, et ne prévoient pas de coupes supplémentaires. Près de 12% des sondés envisagent cependant de dégraisser.

L'an passé, les coûts liés à la réglementation, l'érosion des marges et les investissements dans le numérique ont aussi impacté l'emploi domestique, en baisse de 1% à 103'041 équivalent plein temps, indique le baromètre, sur la base des statistiques de la Banque nationale suisse (BNS) publiées en juin. Globalement, à fin 2015, la branche totalisait 123'889 postes, soit 1,1% de moins qu'à fin 2014.

Et l'an dernier aussi, le nombre d'établissements en Suisse a encore baissé, du fait surtout de la disparition de banques étrangères. En 2015, on comptait 266 banques, contre 275 une année plus tôt. Mais il y a aussi eu des nouvelles venues, à l'instar de la China Construction Bank (CCB) en octobre dernier.

«L'évolution est comparable à celle observée dans d'autres pays européens», a relevé Martin Hess. Sur le long terme, la Suisse a ainsi perdu 21% de ses établissements entre 2005 et 2015, la France 45% et le Royaume-Uni 9,5%. L'Allemagne, avec 15% de banques en moins sur la décennie, en dénombrait toujours 1774 l'an passé.

Record depuis 2008

En dépit des défis au plan domestique et international, la performance est restée solide l'année dernière, estime l'ASB dans sa rétrospective. Les banques en Suisse ont dégagé en 2015 un résultat consolidé en hausse de 5% à 64,6 milliards de francs, «un record depuis la crise financière de 2008», a souligné M. Hess.

Malgré le handicap des taux bas, le résultat des opérations d'intérêts a crû de 4,7% sur un an à 24,8 milliards de francs. Pour la première fois en dix ans, ces produits ont constitué la part majeure du résultat des banques, tandis que ceux des opérations de commissions et prestations de services se sont encore tassés, de 6% à 22,4 milliards.

La rentabilité reste un défi, insiste l'expert de l'ASB. Les charges d'exploitation ont grimpé, de 10,7%, l'an passé. Si le bénéfice annuel consolidé a plus que doublé à 15,8 milliards de francs, c'est dû à l'effet exceptionnel d'une vente de participations intragroupe au sein d'UBS, à hauteur de 10,7 milliards, sans lequel il aurait baissé.

L'abandon du taux plancher en janvier 2015 a aussi laissé quelques traces. Avec la dépréciation des portefeuilles en monnaie européenne, la somme des bilans de tous les établissements en Suisse a reculé de 0,5%, à 3026,1 milliards de francs l'année dernière. Entre décembre 2015 et mai 2016, le total a toutefois à nouveau progressé de 2%, selon des relevés partiels de la BNS.

Gestion transfrontalière

Au total, les actifs sous gestion en Suisse en 2015 ont diminué de 1,3% sur un an à 6567,6 milliards de francs. En cause là aussi, les effets monétaires sur les actifs détenus par les clients étrangers, plus souvent libellés en euros et en dollars.

Même talonnée par Hong Kong et Singapour, la Suisse reste le numéro un mondial de la gestion de fortune transfrontalière, avec une part de marché d'environ 25% (3238 milliards de francs). Si les deux rivaux asiatiques représentent ensemble 18% du marché, ils affichent eux un taux de croissance estimé à 10% d'ici 2020, contre seulement 2,6% pour la place helvétique, prévient M. Hess.

Se référant à une étude de Boston Consulting Group (BCG), l'expert indique que le volume global d'actifs financiers privés à l'échelle internationale devrait croître d'environ 25% à 221'100 milliards de francs à l'horizon 2019. «Or la part de la Suisse à l'évolution des actifs est inférieure à la moyenne», constate l'économiste. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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