Sénégal: Forte mobilisation pour la présidentielle
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SénégalForte mobilisation pour la présidentielle

Quelque 5,3 millions de Sénégalais étaient appelés dimanche aux urnes pour le premier tour de la présidentielle. Si aucun chiffre officiel n'a été fourni, la participation au scrutin était bonne, selon des observateurs.

Les Sénégalais étaient invités à se décider entre quatorze candidats

Les Sénégalais étaient invités à se décider entre quatorze candidats

Les Sénégalais se sont mobilisés dimanche pour l'élection présidentielle la plus tourmentée de leur histoire. Signe de la tension entourant ce scrutin, le président sortant Abdoulaye Wade, dont la candidature est contestée, a voté sous les huées.

Le chef de l'Etat, accompagné de deux de ses enfants, a voté dans le quartier du Point E, à Dakar. Il a été hué par une centaine de personnes scandant en wolof «Wade, dégage». Des cris que n'ont pu couvrir les applaudissements de dizaines de ses partisans et des membres de sa délégation. M. Wade est très vite reparti sans faire de déclaration aux journalistes.

Bien qu'aucun taux de participation officiel n'ait été publié, journalistes et observateurs ont pu constater que de longues files d'attente s'étaient formées dimanche matin devant les bureaux de vote, tant à Dakar et ses banlieues que dans plusieurs villes de province comme Saint-Louis, au nord du pays et Ziguinchor, une des principales villes de Casamance, au sud.

Toutefois, dans plusieurs localités du département de Bignona, en Casamance, région en proie à une rébellion indépendantiste depuis trente ans, les bureaux n'avaient pas encore ouvert en milieu de matinée en raison de menaces de rebelles, selon des témoins.

Espoir des observateurs

Le chef de la mission des observateurs de l'Union européenne, Thijs Berman, a jugé «réjouissant de voir tant de citoyens sénégalais qui sont là pour aller voter, qui attendent leur tour calmement».

Un constat confirmé par son homologue de l'Union africaine (UA), l'ex-président nigérian Olusegun Obasanjo. «Jusqu'à maintenant, je prie et j'espère que ce que nous avons vu dans les deux bureaux de vote que nous avons visités se répétera dans chaque bureau à travers le pays (...) Si c'est le cas, je crois que nous pourrions avoir une élection pacifique et honnête», a-t-il affirmé.

Candidature jugée illégale

Quelque 5,3 millions d'électeurs étaient appelés à choisir pour le premier tour entre quatorze candidats. La nouvelle candidature de M. Wade est jugée anticonstitutionnelle par l'opposition, pour qui il a épuisé ses deux mandats légaux.

M. Wade, 85 ans, a été élu en 2000 et réélu en 2007. Ses partisans soulignent que des réformes de la Constitution en 2001 et 2008 lui donnent le droit de se représenter pour un nouveau mandat.

Dans une interview publiée dans le «Journal du Dimanche», M. Wade s'est dit confiant. «Ma majorité est si écrasante que je pense être élu avec un fort pourcentage dès le premier tour», a-t-il assuré, en écartant le risque de débordements. «Une révolte des Sénégalais contre moi n'est pas pensable», a-t-il ajouté, faisant part de son intention de former un gouvernement d'union nationale.

Les tensions dans un pays qui fait figure de modèle démocratique en Afrique de l'Ouest ont fait craindre une fuite en avant. Au point que M. Obasanjo a proposé samedi de limiter à deux ans le mandat de M. Wade s'il était réélu. Ce compromis a été rejeté à la fois par le camp «wadiste» que par l'opposition.

«Pas le chaos»

Alors que les violences préélectorales ont fait de six à quinze morts en un mois, certains Sénégalais affichaient leur confiance en un vote démocratique. «Nous ne voulons pas que le pays se transforme en chaos», dit Mamadou Kane, un ingénieur de 53 ans travailant dans le secteur des télécommunications.

«Mon arme est ma carte d'électeur», explique Ahmed N'Diaye, charpentier de 22 ans, à Dakar. «Je vais l'utiliser et espérer que cela nous permette de nous débarasser de ce vieux président», dit-il.

Le chanteur et opposant Youssou Ndour a toutefois prévenu que les Sénégalais «n'accepteront pas un coup de force électoral». «Ce qui compte, ce qui est important pour les Sénégalais, c'est le changement, le vrai changement», a déclaré celui dont la candidature a été rejetée par le Conseil constitutionnel.

Les appels de plusieurs candidats, dont M. Wade, à leurs partisans afin de «sécuriser» le vote et de «protéger» leurs bulletins pour éviter toute fraude, ont fait craindre des troubles.

(ats)

Wade devancé dans son bureau de vote

Le président sénégalais Abdoulaye Wade a été devancé au premier tour de la présidentielle de dimanche dans son bureau de vote à Dakar, selon des résultats officieux publiés par l'agence APS. Il arrive deuxième derrière Moustapha Niasse, un de ses anciens Premiers ministres.

Sur 484 votants dans ce bureau du quartier du Point E à Dakar, M. Wade a obtenu 102 voix, contre 152 à M. Niasse, indique l'Agence de presse sénégalaise (APS). Un autre ancien Premier ministre, Macky Sall, arrive troisième avec 72 voix.

Les résultats complets du centre de vote abritant le bureau n'avaient pas encore été publiés dimanche dans la soirée.

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