Actualisé 20.12.2018 à 20:54

Suisse

«Fortnite est actuellement le jeu le plus dangereux»

Le jeu est très populaire auprès des jeunes. Selon les gamers, il stimule l'intelligence. Les parents, eux, ne sont pas du même avis. Certains doivent même envoyer leur enfant en thérapie.

de
A. Peterhans/ofu
1 / 5
L'agence Bloomberg a rapporté dernièrement que «Fortnite» a passé le cap symbolique des 200 millions de joueurs, soit plus de 23 fois la population de la Suisse.

L'agence Bloomberg a rapporté dernièrement que «Fortnite» a passé le cap symbolique des 200 millions de joueurs, soit plus de 23 fois la population de la Suisse.

Capture d'écran Fortnite
Franz Eidenbenz, en charge du centre zurichois pour accros aux jeux vidéo, a un regard critique sur cette évolution: «Actuellement, c'est le jeu le plus dangereux. C'est en quelque sorte l'héroïne des jeux en ligne.»

Franz Eidenbenz, en charge du centre zurichois pour accros aux jeux vidéo, a un regard critique sur cette évolution: «Actuellement, c'est le jeu le plus dangereux. C'est en quelque sorte l'héroïne des jeux en ligne.»

Privé
Capture d'écran Fortnite

En Grande-Bretagne, une fille de 9 ans a passé plusieurs heures par jour sur son ordinateur pour jouer à «Fortnite». Sa dépendance au jeu en ligne est devenue si grave que ses parents ont dû l'envoyer en thérapie. «20 Minuten» rappelle ce mercredi que «Fortnite» a récemment passé le cap symbolique des 200 millions de joueurs.

Comme partout ailleurs, «Fortnite» cartonne aussi en Suisse. Franz Eidenbenz, en charge du centre zurichois pour accros aux jeux vidéo, a un regard critique sur cette évolution: «Actuellement, c'est le jeu le plus dangereux. C'est en quelque sorte l'héroïne des jeux en ligne. Un nombre grandissant de jeunes perd le contrôle. Ils n'arrivent plus à déconnecter, même quand leurs résultats scolaires en souffrent ou qu'ils délaissent leurs amis et arrêtent de faire du sport.»

Conseillé aux plus de 12 ans

Selon Franz Eidenbenz, les créateurs ont conçu un jeu avec un «énorme potentiel d'addiction». Il rappelle que la norme Pegi pour ce jeu est de 12 ans.

Le psychologue Niels Weber, dont le cabinet se trouve à Lausanne, confirme: «90% de mes patients viennent actuellement pour 'Fortnite'.» Passionné lui-même de jeux vidéo, le thérapeute spécialisé en hyperconnectivité et dans le traitement des addictions précise néanmoins: «Ceci est plutôt à attribuer à un engouement actuel plus qu'à une dangerosité du jeu lui-même. Il s'agit d'un phénomène de mode comme c'était le cas pour 'World of Warcraft' il y a 15 ans. 'Fortnite' ne rend pas plus accro que les autres jeux.»

En Suisse, les personnes souffrant d'addictions comportementales (jeu, internet, achat ou sexe) ont accès à un traitement stationnaire depuis cet été à Bâle. Une clinique privée de Meiringen (BE) propose le même type d'offre. Jochen Mutschler, médecin-chef en psychiatrie à la clinique de Meiringen, explique: «Souvent, les personnes concernées s'annoncent très tard, quand elles souffrent déjà de problèmes de santé.» Et d'ajouter: «Dans la plupart des cas, ce sont les parents qui annoncent leurs enfants.»

Il s'agit d'une maladie

Jochen Mutschler ajoute que l'addiction aux jeux vidéo est souvent accompagnée d'une dépression. «Il est essentiel d'informer les patients et leurs proches afin de leur expliquer qu'il s'agit d'une maladie. Ce n'est de loin pas une évidence pour tous.» Il explique que le traitement consiste à renoncer à l'ordinateur et aux jeux. «Or, la difficulté réside dans le fait qu'on ne peut pas se passer toute sa vie de l'ordinateur portable et du natel. Le danger de replonger dans l'addiction est donc omniprésent.»

Pour Niels Weber, le traitement consiste à ouvrir la discussion sur «Fortnite». «Les jeunes ont très peu d'espaces pour dire ce qu'ils vivent dans le jeu. Le but est de les valoriser. La plupart des ados que je traite sont en recherche de valorisation. C'est pour ça qu'ils se lancent dans le jeu. La discussion permet aussi de redéfinir le rôle des parents, qui est de cadrer leurs enfants. Il est bien évidemment possible d'interdire tout simplement aux jeunes de se connecter au jeu, mais cela ne règle pas le problème.»

Pro Juventute prône davantage de prévention: «Interdire ce jeu (ndlr: en Chine, la commission d'éthique envisage de prohiber «Fortnite») ne permet pas de protéger les jeunes contre les risques d'internet. Les enfants et les adolescents doivent apprendre à la maison et à l'école comment utiliser de manière responsable les médias digitaux.»

«'Fortnite' permet de créer des liens dans la vraie vie»

Matthias Sala, président de l'association indépendante des développeurs de jeux suisses, estime pour sa part que «Fortnite» ne doit pas être uniquement considéré comme négatif. «Tout peut rendre dépendant. Une consommation adéquate nécessite de la discipline et doit être définie avec les parents.» Selon lui, le jeu de tir est très à la mode et peut même faciliter l'intégration: «Dans la cour de récréation, certains jeunes imitent le style de danse des personnages. Fortnite permet donc aussi de créer des liens d'amitié dans la vraie vie.»

Niels Weber n'y voit pas non plus que du négatif: «Objectivement, Fortnite est un bon jeu. Je le trouve assez intéressant.» Il tient cependant à préciser: «Ce qui me dérange c'est le modèle économique qui l'entoure. Les joueurs sont incités à dépenser de l'argent pour obtenir des outils ou d'autres suppléments. C'est d'autant plus problématique que 'Fortnite' s'adresse à des jeunes.»

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!