Genève: Fous du volant davantage interceptés par la police
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GenèveFous du volant davantage interceptés par la police

En 2015, les «délits de chauffards» ont explosé malgré le programme de sécurité Via Sicura. La raison? Des contrôles accrus, selon les forces de l'ordre.

par
David Ramseyer
photo: Kein Anbieter/©pierre Albouy

Un motard qui déboule à 144 km/h au lieu des 50 autorisés sur la route de Thonon, un automobiliste lancé à 214 km/h sur un tronçon d'autoroute limité à 100, un autre pied au plancher à 186 km/h alors que la vitesse maximum sur la route de Chancy était de 80... Le nombre de «délits de chauffards», c'est-à-dire un grave excès de vitesse ou une conduite intentionnellement dangereuse, a pris l'ascenseur à Genève l'an dernier. Le bilan annuel de la police, publié fin mars, faisait état d'une hausse de 52% par rapport à 2014. Le nombre de cas est passé de 54 à 82.

«Le message passe»

Une envolée surtout due aux lois des mathématiques, selon le capitaine Daniel Herrmann, chef de la brigade routière. «Nous avons effectué bien plus de contrôles radar ou mobiles l'an dernier (+41%), ce qui a permis de pincer davantage de fautifs.» Quant aux effets dissuasifs voulus par le programme fédéral de sécurité routière Via Sicura, qui prévoit des retraits de permis de 2 ans minimum et des peines de prison ferme pour les chauffards, le policier estime que le recul manque encore pour analyser les résultats de mesures entrées progressivement en vigueur depuis 2013. «Mais le message passe», assure-t-il. Le capitaine note ainsi que le nombre d'accidents mortels est au plus bas depuis 30 ans au bout du lac.

Contrevenants transformés en chauffards

Me Jacques Roulet, du réseau «Avocats de la route», estime lui aussi qu'il y a une corrélation entre la hausse des contrôles et des délits enregistrés. Mais il déplore que de simples contrevenants soient transformés en chauffards, un terme qui désigne en principe quelqu'un qui met en danger la vie d'autrui. «Avec Via Sicura, les sanctions sont automatiques. Elles ne tiennent pas compte de certains éléments particuliers, comme par exemple une signalisation de vitesse peu visible». Fin 2015, le Conseil national a accepté un allègement des sanctions. Le Conseil des Etats doit encore se prononcer.

Baisse côté vaudois

Si les délits de chauffards ont explosé à Genève, ils ont fortement baissé de l'autre côté de la Versoix, où la diminution a été de 27,4% entre 2014 et 2015. La police vaudoise ne s'explique pas pareille différence entre les deux cantons. Mais elle considère que Via Secura et ses sanctions plus sévères ont aujourd'hui un réel impact auprès des automobilistes. «La peur d'être gravement sanctionné porte petit à petit ses fruits», estime Jean-Christophe Sauterel. Le porte-parole de la police note que lors des millions de contrôles radar fixes ou mobiles effectués l'an dernier dans le canton de Vaud, 97% des véhicules respectaient les vitesses autorisées.

Administrations pas débordées

Certains craignaient que le renforcement des sanctions provoqué par Via Sicura n'embouteille les administrations policières et judiciaires. A priori, ce n'est pas le cas. Les 82 délits de chauffards recensés à Genève l'an dernier ont tous été traités par le Ministère public. Ce dernier note cependant, qu'ils «n'ont pas occasionné une surcharge de travail pour les procureurs». Même son de cloche du coté de la police cantonale. Si elle a connu quelques problèmes de gestion lors de l'entrée en vigueur du programme de sécurité routière, une réorganisation interne a permis de les résoudre, affirment les forces de l'ordre.

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