France - Avec la vaccination et la météo, l’épidémie freine, mais…
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Mis à part le variant Delta qui pourrait jouer les trouble-fêtes, la France connaît actuellement une décrue des cas de Covid-19 plus «favorable» qu’attendu.

Parmi les facteurs de la décrue de cas de Covid-19, les experts mentionnent l’allègement «très progressif» des restrictions.

Parmi les facteurs de la décrue de cas de Covid-19, les experts mentionnent l’allègement «très progressif» des restrictions.

Reuters

Grâce à la vaccination accélérée et à une météo très favorable, l’épidémie de Covid-19 décélère plus rapidement que prévu en France mais les autorités traquent le variant Delta qui pourrait faire dérailler les modèles des prévisionnistes.

L’épidémie de Covid est en rapide décélération avec moins de 5000 nouveaux cas quotidiens (contre six fois plus au dernier pic, début avril) et bientôt autour de 2000 par jour, selon les prévisionnistes.

Situation «plus favorable»

Pour Daniel Lévy-Bruhl, épidémiologiste à Santé publique France, la situation est «plus favorable» que ce qui était prévu il y a quelques semaines, avec un taux d’incidence passé sous la barre des 100 pour la première fois depuis septembre 2020 (68 nouveaux cas pour 100’000 habitants). «C’est une très bonne surprise qui concerne toute l’Europe, à l’exception du Royaume-Uni et du Portugal», dit à l’AFP l’épidémiologiste Antoine Flahault.

La décrue «figurait dans nos modèles, mais s’est peut-être accélérée grâce notamment à la météo dont l’impact est difficilement prévisible», explique à l’AFP Simon Cauchemez, modélisateur de l’Institut Pasteur. En faisant tourner ses modèles entre le 26 avril et le 21 mai, l’Institut a constaté que le ralentissement de l’épidémie était «à peu près dix jours en avance» sur les projections, ajoute-t-il.

Comment expliquer la très rapide décrue actuelle ?

Parmi les facteurs, les experts mentionnent l’allègement «très progressif» des restrictions, avec une réouverture par étapes: le 19 mai pour les terrasses et lieux culturels, le 9 juin pour l’intérieur des bars et restaurants, salles de sport ou piscines.

Autre explication: la vaccination des populations les plus à risque, avec plus de 80% des plus de 75 ans qui ont déjà reçu une première dose. Une campagne étendue fin mai à tous les adultes et à compter de mardi aux plus de 12 ans.

Au rang des autres causes, les spécialistes citent la météo et le caractère saisonnier du virus. «Ce n’est pas qu’une question de température et d’humidité mais aussi de rayons UV et d’un changement de comportement des gens qui sont plus à l’extérieur et ouvrent davantage leurs fenêtres», juge le professeur Flahault, citant aussi une moindre pollution atmosphérique en été qu’en hiver. Selon l’épidémiologiste Pascal Crépey, l’été, on a «un risque de transmission du virus deux fois plus faible».

Un risque de relâchement l’été ?

Des observateurs redoutent un «grand relâchement» pendant l’été, avec la fin du couvre-feu le 30 juin et des jauges dans les espaces clos. «Ce n’est pas un risque, c’est normal, les Français ont besoin de retrouver un semblant de vie normale», estime Pascal Crépey. De l’avis général, l’été devrait bien se passer.

Pascal Crépey pense que «de bonnes habitudes ont été prises», souhaitant qu’elles perdurent, par exemple «le fait que les Français les plus à risque prennent des précautions» ou que «les personnes malades se fassent rapidement tester et évitent d’aller au travail».

«Le virus est toujours là»

L’Institut Pasteur prend l’été 2020 comme référence et prévoit «une situation plutôt bien contrôlée durant l’été. Une reprise est possible mais a priori pas trop explosive compte tenu du niveau de vaccination».

Cependant, avertit Simon Cauchemez, les modèles «pourraient se tromper si les gens se relâchent davantage que l’été dernier et si le variant Delta -- pas pris en compte actuellement -- prenait rapidement le pas» sur le variant Alpha (dit britannique).

Pascal Crépey prévient: «Il ne faut pas qu’on se croie totalement tirés d’affaire, car le virus est toujours là, et le variant Delta pourrait nous réserver des surprises».

Une quatrième vague ?

«Pour l’instant, on arrive à circonscrire» le variant Delta (0,5% des prélèvements contre 88% pour le britannique) mais «personne ne peut dire ce qu’il va advenir dans les prochaines semaines», selon Daniel Lévy-Bruhl, qui évoque une «épée de Damoclès».

Les clusters Delta déjà identifiés ne sont que «la partie émergée de l’iceberg», estime Pascal Crépey. «Si on détecte ce variant sans liens avec l’étranger, cela indique qu’il y a peut-être un début de circulation sur le territoire». Le variant Alpha a démarré de façon similaire: «On en avait moins de 1% en janvier et aujourd’hui il est largement dominant».

Pour Simon Cauchemez, l’important c’est de «bien monitorer ce qu’il se passe». Parmi les interventions à prendre, il a évoqué des «mesures locales, par exemple une stratégie de vaccination très renforcée».

L’espoir d’un changement de cap

Plus généralement, Antoine Flahault espère un changement de cap en Europe où il préconise de ne pas uniquement miser sur la vaccination mais de chercher à «supprimer le virus», comme en Asie. Pour cela, il faut être «plus réactifs», «tester, tracer et faire des confinements stricts et ponctuels de 3 à 5 jours».

Quand elle sera à 2000 cas quotidiens, la France sera capable de «tout séquencer, démanteler toutes les chaînes, mettre à l’isolement tous les positifs», note-t-il.

À défaut, le risque d’une quatrième vague est «réel» et «croire qu’on sera épargnés est un pari risqué». «Il reste 20% de personnes âgées non vaccinées, des segments entiers d’adultes non vaccinés y compris des vulnérables, qui constituent un réservoir très important pour une très grosse vague», rappelle-t-il.

Seuil d’immunité plus élevé

Si le variant indien -- 60% plus transmissible -- prend le pas sur le britannique, il faudra un seuil d’immunité collective plus élevé pour contrôler l’épidémie sans nouvelles mesures de précaution, à 85/86% de la population contre 66% actuellement, estime Pascal Crépey.

Le président du Conseil scientifique Covid-19, Jean-François Delfraissy, pense, lui, qu’une quatrième vague du virus serait «très différente», grâce au «bloc des vaccinés».

À condition que le rythme des vaccinations se maintienne: actuellement près de 60% des adultes ont reçu au moins une dose, mais moins d’un quart des Français sont complètement vaccinés.

(AFP)

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