Environnement: Franz Weber se repose d'une vie de combat
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EnvironnementFranz Weber se repose d'une vie de combat

A 90 ans, le défenseur de l'environnement souffre de démence et a perdu la mémoire. Il vit dans un home pour personnes âgées.

Il a protégé les vignes de Lavaux, gagné l'initiative sur les résidences secondaires et sauvé les bébés phoques avec Brigitte Bardot. Mais à 90 ans, Franz Weber a perdu son esprit combatif. Souffrant de démence, il vit heureux, depuis presque un an, dans un foyer pour personnes âgées.

«Mon père a perdu la mémoire», explique à l'ats Vera Weber. «Il ne sait pas toujours où il se trouve. Mais il a des moments de lucidité et peut ainsi prendre ses propres décisions», poursuit celle qui est aussi la présidente de la fondation Franz Weber.

Evoquer ses grands combats n'est en revanche quasiment plus possible. Le défenseur de l'environnement, qui a lutté durant toute sa vie, ne s'en souvient que vaguement.

Ses batailles, comme celle pour la protection de Lavaux, ont souvent scandalisé. Afin de protéger le vignoble vaudois, Franz Weber a lancé trois initiatives populaires. Les deux premières ont été acceptées par le peuple en 1977 et 2005, ce qui a permis à la région de faire partie du patrimoine mondial de l'Unesco.

Mais en 2014, sa troisième initiative est contestée par le gouvernement vaudois et les vignerons. Elle est finalement rejetée en votation populaire même si le contre-projet adopté réalise certains de ses objectifs.

Pro des médias

L'adoption de l'initiative populaire visant à limiter les résidences secondaires en 2012 fait partie des grandes victoires de la fondation Franz Weber. Mais l'engagement du Bâlois contre le bétonnage du paysage a commencé des décennies plus tôt. En 1965 déjà, il stoppe un méga-projet immobilier destiné à accueillir 25'000 habitants dans la commune grisonne de Surlej en Haute-Engadine.

Dans ses campagnes, l'activiste a toujours su exploiter les médias. Avec Brigitte Bardot, il a par exemple diffusé des images de mises à mort de bébés phoques.

Sa connaissance des médias n'est pas due au hasard. Après la Deuxième Guerre mondiale, le Vaudois d'adoption a gagné sa vie comme correspondant à Paris. «Je sais comment les choses peuvent dégénérer», confiait-il à l'ats il y a quelques années.

Cinquante ans de lutte

Dans son home, «il est désormais heureux de ne devoir plus rien faire. Il aime dormir. Je pense qu'il se repose de son engagement qui aura duré 50 ans», précise Vera Weber.

Et sa fille de souligner que l'annonce de sa maladie n'a pas été un choc. Son père souffrait de problèmes de santé depuis 2010. «Cela l'a fatigué et l'a ralenti dans son travail», ajoute Vera, 42 ans.

Vera Weber a repris progressivement en charge les activités de la fondation de son père car ce dernier n'avait plus la force de l'assumer. «Mais il voulait toujours en rester la figure de proue», déclare la présidente de l'organisation. Désormais, il ne joue plus un rôle actif dans l'association.

La fondation se bat notamment contre les corridas et le commerce d'ivoire. Elle défend les éléphants en Afrique. En Suisse, elle est aussi toujours active.

Nul n'est prophète en son pays

Une biographie a déjà été écrite sur l'activiste. Mais la mère de Vera, Judith Weber, planche sur un livre personnel. »Moi et Franz« en est le titre provisoire.

Pour célébrer ses 90 ans, un dîner est prévu sur une belle terrasse dans l'intimité familiale, indique Vera Weber. La question de la reconnaissance de son travail reste elle ouverte.

Que ce soit à Surlej, à Lavaux ou encore dans d'autres régions de montagnes: le défenseur de la planète est toujours perçu par certains de ses habitants comme un ennemi.

«Je lui souhaite la reconnaissance des régions qu'il a sauvées avant sa mort», poursuit Vera Weber. Mais les personnes qui ont beaucoup oeuvré pour leur coin de terre sont souvent honorées après leur mort. Nul n'est prophète en son pays. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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