Actualisé 10.01.2012 à 21:37

Syrie«Frapper les terroristes d'une main de fer»

Le président Bachar al Assad a promis mardi dans un discours à la nation de frapper «les terroristes d'une main de fer».

Il a raillé les tentatives de la Ligue arabe de mettre un terme aux violences, alors que certains observateurs de la Ligue ont été blessés à Lattaquié.

Dans un discours prononcé à l'université de Damas et retransmis à la télévision d'Etat, le président syrien a affirmé que le rétablissement de l'ordre est une priorité. «Il n'y a aucune tolérance pour le terrorisme ni pour ceux qui utilisent des armes pour tuer», a-t-il dit, soulignant qu'il fallait «frapper les terroristes d'une main de fer».

Le président syrien a accusé des pays étrangers de «comploter» contre la Syrie, lançant: «Leur rêve tournera au cauchemar. Nous n'allons pas permettre la défaite de la Syrie qui signifiera la chute de la région entière».

«Incitation à la violence»

L'opposition syrienne a estimé que ce discours, le quatrième depuis le début de la révolte, était une «incitation à la violence» et «à la guerre civile» laissant présager «un comportement encore plus criminel» de la part du régime.

La porte-parole du département d'Etat, Victoria Nuland, a affirmé que M. Assad «semble nier énergiquement toute responsabilité (...) quant au rôle de ses propres forces».

«Au fil de son discours, Assad a réussi à pointer du doigt un complot étranger si vaste (...) qu'il inclut désormais la Ligue arabe, la majorité de l'opposition syrienne et toute la communauté internationale», a-t-elle ajouté.

M. Assad a une nouvelle fois exclu de quitter le pouvoir. «Je ne suis pas quelqu'un qui abandonne ses responsabilités», a-t-il déclaré. «Je suis au pouvoir parce que j'ai le soutien du peuple et si je quitte le pouvoir ce sera parce que le peuple le désire.»

Il a ajouté qu'un référendum sur une nouvelle Constitution, annoncé à l'automne par les autorités, aurait lieu «la première semaine de mars». Bachar al-Assad a également évoqué «l'idée d'un élargissement du gouvernement qui accueillera toutes les forces politiques». Mais, a-t-il précisé, «nous ne voulons pas d'opposants qui reçoivent des (ordres) de l'étranger, qui nous font du chantage».

Pique à la Ligue arabe

Bachar al-Assad ne s'est pas privé d'envoyer des piques à l'organisation panarabe. «La Ligue arabe a échoué depuis six décennies à protéger les intérêts arabes. Nous ne devrions pas être surpris», a-t-il déclaré dans son discours. La Syrie ne «fermera pas la porte» à une solution arabe tant qu'elle respectera «la souveraineté de la Syrie», a-t-il toutefois ajouté.

La Ligue a dépêché fin décembre des observateurs sur le terrain chargés de vérifier l'application d'un plan de résolution de la crise accepté par Bachar al Assad début novembre. Les observateurs sont toutefois vivement critiqués par l'opposition pour leur inefficacité à faire cesser les violences, avec 400 morts recensés par l'ONU depuis leur arrivée.

Le ministère russe des Affaires étrangères a pour sa part salué le travail des observateurs, assurant que «leur déploiement (...) a déjà eu un effet stabilisateur sur la situation et aide à obtenir une image réaliste et objective de ce qui se passe en Syrie».

Les autorités israéliennes ont annoncé de leur côté se préparer à héberger des réfugiés de la minorité alaouite à laquelle appartient le clan du président Assad en cas de chute du régime.

Observateurs blessés

Selon le chef des opérations syriennes au siège de la Ligue arabe au Caire, Adnan al Khodheir, onze membres de la mission d'observation ont été blessés lors de l'attaque de leurs véhicules par des manifestants à Lattaquié.

«L'échec (du gouvernement) à fournir une protection adaptée à Lattaquié et dans les autres secteurs où la mission est déployée est considérée comme une grave violation par le gouvernement de ses engagements», a estimé l'organisation panarabe dans un communiqué.

Recevant le chef des observateurs, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem a affirmé que Damas continuerait à assurer leur protection et empêcherait toute action entravant leur tâche.

Le ministre tunisien des Affaires étrangères Rafik Abdessalem a estimé que «l'attaque de Lattaquié soulève des doutes quant à la poursuite de la mission» tandis que son homologue français Alain Juppé a condamné ces attaques et demandé au régime d'assurer la protection de la mission arabe.

La Syrie souhaite rassurer la Ligue arabe

Le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem a affirmé mardi que son pays continuerait à assumer ses responsabilités en protégeant les observateurs arabes, dont plusieurs ont fait l'objet d'attaques.

«La Syrie continuera à assumer ses responsabilités en garantissant la sécurité et la protection des observateurs et en interdisant toute action qui entraverait leur tâche», a-t-il affirmé lors d'un entretien à Damas avec le chef de la mission, le général Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi, selon un communiqué publié par le ministère.

M. Mouallem a souligné l'importance que les observateurs, déployés dans le pays pour rendre compte de la situation, «accomplissent leur mission d'une manière objective et neutre», rejetant «tout acte nuisant aux observateurs», selon le communiqué.

Le ministre a souligné également «l'engagement de la Syrie à appliquer le protocole arabe signé le 19 décembre avec la Ligue arabe et sa détermination à poursuivre la coopération avec les observateurs arabes».

Il a dénoncé «les tentatives de certaines parties régionales et internationales de mettre en doute (le travail) (...) des observateurs afin de mettre en échec le rôle de la Ligue arabe et de transférer le dossier au Conseil de sécurité» de l'ONU.

Le chef de la Ligue arabe Nabil al-Arabi avait dénoncé plus tôt des attaques contre les observateurs arabes, ajoutant qu'il tenait le régime de Damas pour responsable de leur sécurité.

10 civils tués à Deir Ezzor

Dix civils ont été tués et quarante autres blessés mardi par les forces de sécurité qui ont tiré sur une manifestation à Deir Ezzor, dans l'est de la Syrie, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

«Dix personnes ont été tuées et quarante autres blessées aujourd'hui dans la ville de Deir Ezzor lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des protestataires qui manifestaient pacifiquement», a précisé l'OSDH qui dénonce «un massacre».

«C'est un véritable massacre et la plupart des morts sont des jeunes qui manifestaient d'une manière pacifique et civilisée. Des soins ont été prodigués aux blessés», a indiqué l'OSDH citant un militant sur place qui s'est dit prêt à témoigner devant des avocats étrangers.

Par ailleurs, deux civils ont été tués par les tirs des forces de sécurité à Homs (centre), bastion de la contestation contre le régime du président Bachar al-Assad.

Et dans la province d'Idleb (nord-ouest), un soldat qui a tenté de fuir l'armée régulière, «a été tué par son officier au milieu de la place Al-Wahda dans le village d'Ibline», selon l'OSDH.

A Douma, près de Damas, plus de 10'000 personnes ont participé aux funérailles d'un soldat dissident tué lundi à Homs. «Les forces de sécurité ont dispersé la foule par la violence et permis à seulement 100 personnes de participer à l'enterrement», a indiqué cette organisation basée en Grande-Bretagne.

400 morts depuis le début de la mission de la Ligue arabe

Quatre cents personnes ont été tuées en Syrie depuis le début de la mission des observateurs de la Ligue arabe le 26 décembre, a annoncé mardi un responsable de l'ONU, la perspective d'une résolution de l'ONU demeurant lointaine en raison de l'hostilité de la Russie.

Ce chiffre a été mentionné par le sous-secrétaire général de l'ONU B. Lynn Pascoe, cité par l'ambassadrice américaine à l'ONU Susan Rice, lors d'une réunion des quinze pays du Conseil de sécurité sur la Syrie.

Les Nations unies avaient jusque-là fait état d'un bilan de plus de 5.000 morts depuis le début des manifestations contre le régime du président Bachar al-Assad en mars dernier.

Mme Rice a souligné que le rythme des décès est «beaucoup plus élevé qu'avant le déploiement» des observateurs de la Ligue arabe. «C'est une indication que le gouvernement syrien renforce la violence, en dépit de la présence des observateurs».

A l'issue d'une réunion du Conseil de sécurité sur la Syrie, les ambassadeurs ont renouvelé leurs appels à la Russie pour ouvrir des négociations sérieuses en vue de l'adoption d'une résolution sur la répression sanglante des manifestations par le régime syrien.

«Nous regrettons que les négociations soient très lentes. Nous avons demandé un nouveau texte depuis quelque temps et nous avons exprimé notre frustration», a déclaré l'ambassadeur français à l'ONU Gérard Araud.

«Il est grand temps que ce Conseil adopte une résolution forte qui soutienne la Ligue arabe», a encore dit Mme Rice.

Les observateurs de la Ligue arabe «font un travail difficile dans une situation extrêmement difficile. Les autorités syriennes font tout pour que leur mission ne soit pas efficace. Ils ne leur donnent pas accès aux prisons. Ils ne retirent pas les forces armées des villes», a ajouté M. Araud.

«Vous savez qu'il y a des tireurs isolés qui sont une menace à la sécurité de ces observateurs. Nous faisons confiance à la Ligue arabe qui, à la suite d'un pré-rapport, a annoncé qu'un nombre supplémentaire d'observateurs sera envoyé sur place. Cela étant, comme nous le répétons, les observateurs en eux-mêmes cela ne suffit pas, il y a d'autres demandes qui ont été demandées par la Ligue arabe, le retrait des troupes syriennes des centres (urbains), l'arrêt des violences, l'accès aux prisonniers notamment, ces conditions clairement ne sont pas réunies», a-t-il dit.

Avant la réunion, l'ambassadeur allemand Peter Wittig avait expliqué devant la presse que l'hostilité de la Russie à une résolution condamnant le président Bachar al-Assad n'était «pas satisfaisante».

La Russie et la Chine ont opposé leur veto à un projet de résolution sur la Syrie en octobre. La Russie a depuis proposé son propre projet de résolution qui condamne à la fois les violences du gouvernement et celles provenant de l'opposition, mais un diplomate européen a indiqué que les discussions étaient «gelées» avec la Russie qui refuse des amendements à son projet de texte.

«Nous voulons que des négociations sérieuses commencent sur une résolution. Nous sommes prêts à combler le fossé qui existe mais des négociations sérieuses doivent commencer», a encore dit Peter Wittig.

(ats)

Les USA accusent Assad de «nier» toute responsabilité

Les Etats-Unis ont accusé mardi Bachar al-Assad de «nier» toute responsabilité dans les violences en Syrie après un discours dans lequel le président syrien a affirmé que son pays faisait l'objet d'un «complot étranger».

Le président Assad «semble nier énergiquement toute responsabilité (...) quant au rôle de ses propres forces» dans les violences, a déclaré à des journalistes la porte-parole du département d'Etat, Victoria Nuland.

Paris veut que la Ligue arabe rende compte au Conseil de sécurité

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a demandé mardi que la Ligue arabe «rende compte au Conseil de sécurité des Nations unies» des conclusions de sa mission d'observation en Syrie, si celles-ci devaient être négatives.

Des observateurs de la Ligue arabe sont en Syrie depuis le 26 décembre pour superviser un accord destiné à mettre fin aux violences dans ce pays, mais leur présence n'a pas mis un terme à plus de neuf mois d'effusion de sang, le bilan des violences dépassant désormais 5.000 morts selon l'ONU.

«Nous avons soutenu depuis le départ l'initiative de la Ligue arabe, notamment les décisions que cette organisation a prises dimanche dernier en reportant les conclusions finales de sa mission d'observation au 19 janvier», a déclaré Alain Juppé lors d'une audition devant la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale.

«Ce processus nous laisse certes un sentiment de frustration, car même avec la présence des observateurs en Syrie, ce sont des dizaines de morts supplémentaires car la répression n'a pas cessé et les actes de violence non plus», a-t-il souligné.

«Le 19 janvier doit être le dernier délai, il ne s'agit pas de se laisser enliser indéfiniment et à cette échéance nous souhaitons que La ligue fournisse une évaluation claire du respect par le régime syrien des engagements qu'il a pris», a demandé M. Juppé.

«Si les conclusions de ce rapport ne sont pas positives, nous souhaitons que la Ligue en rende compte au Conseil de sécurité des Nations unies», a-t-il ajouté, évoquant «de véritables crimes contre l'humanité» commis en Syrie.

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