Genève – Freddy Junior vivra, l’abattage antirage de principe vacille
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GenèveFreddy Junior vivra, l’abattage antirage de principe vacille

L’animal importé illégalement avait été condamné à l’euthanasie par l’État, en raison du risque de rage. Une guérilla judiciaire lui a sauvé la mise.

par
Jérôme Faas
Le petit chiot, importé illégalement de Moldavie en mai, était placé à l’isolement depuis début juin.

Le petit chiot, importé illégalement de Moldavie en mai, était placé à l’isolement depuis début juin.

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Freddy Junior est sauvé. Ce chien, importé illégalement en mai de Moldavie, un pays où sévit la rage, était séquestré par le SCAV (Service cantonal des affaires vétérinaires) depuis début juin. Sa vie ne tenait qu’à un fil: une décision d’euthanasie le visait. Il sera pourtant rendu mercredi à sa propriétaire (comme l’a initialement annoncé blick.ch), qui n’a eu de cesse de combattre cette sentence en justice. Son opiniâtreté a payé: de recours en recours, d’effet suspensif en effet suspensif, l’animal a passé plus 120 jours à l’isolement. Par conséquent, selon la loi et bien qu’il ne fût pas vacciné contre la maladie mortelle pour l’homme, il ne représente plus un risque sanitaire. Le SCAV a donc estimé que le maintenir enfermé en attendant une décision judiciaire aurait été inutilement cruel.

«La fin de l’euthanasie immédiate»

«Indubitablement, il s’agit d’une victoire, se félicite Me Romain Jordan, l’avocat de la propriétaire. Freddy Junior était dans le couloir de la mort, il ressort libre. Il s’agit de la démonstration parfaite qu’il est possible de traiter ce genre de situations avec un système de quarantaine.» Pour lui, ce dénouement a donc une portée bien plus large que le seul avenir du petit pinscher allemand. «Il signifie la fin de l’euthanasie immédiate des animaux importés illégalement. Il suffit de le vouloir. Cette affaire prouve que Genève peut et doit» changer sa pratique.

«Inacceptable qu’un avocat suffise à violer la loi»

L’État, au contraire, estime avoir perdu une bataille, mais pas la guerre. «On ne peut accepter qu’un avocat médiatique suffise à violer la loi», observe Laurent Paoliello, porte-parole du Département de la santé. Ici, Me Jordan est parvenu à sauver le chien en menant une guérilla judiciaire assez longue pour que l’euthanasie devienne disproportionnée. «C’est pour cela que nous voulons absolument une décision sur le fond», que le Tribunal administratif n’a pas encore rendue, explique le communicant, qui veut éviter de donner un blanc-seing aux propriétaires indélicats et oublieux de la loi.

«Nous avons été abusés»

Et pour l’instant, «pour nous, rien n’a changé. Un animal importé illégalement d’un pays à risque de rage doit être soit refoulé, soit euthanasié.» En l’état, le Canton risque même de serrer la vis. Il regrette d’avoir laissé un délai à la propriétaire pour organiser (en vain) un refoulement, lui laissant le temps de saisir la justice. «Nous avons été abusés. Ce qui va se passer, ce sera l’effet Jordan: plus personne ne sera tolérant, même pour un jour ou deux. Soit l’animal pourra être immédiatement refoulé soit il sera euthanasié.»

L’enjeu: changer la loi ou pas

L’État attend dorénavant que le tribunal tranche. «Soit il dit que notre pratique est juste, et ce sera le statu quo. Soit il décide qu’il faut une alternative au refoulement ou à l’euthanasie, par exemple la mise en place de quarantaines, mais appliquer la loi deviendra impossible et il faudra peut-être la modifier. Tout l’enjeu est là.» Pour Me Jordan, en revanche, la messe est déjà dite. «Le Tribunal administratif ne tranchera pas au fond: Freddy est libre, les recours sont désormais sans objet. Et le Tribunal fédéral a déjà dit, cet été, que Genève disposait de stations de quarantaine permettant d’héberger en toute sécurité un chien suspecté d’avoir la rage. Le SCAV s’entête à vouloir punir les propriétaires.» Et d’appeler à la concorde: «Genève devrait faire des assises avec tous les acteurs de la cause animale pour adapter sa pratique.»

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