Bilan 2020: Fréquentation des salles de cinéma: la dégringolade
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Bilan 2020Fréquentation des salles de cinéma: la dégringolade

Les premiers chiffres concernant l’année écoulée dessinent l’ampleur des dégâts causés par le Covid dans l’univers du septième art.

par
Catherine Magnin
La grande salle «Nord» du cinéma Nord-Sud, à Genève, 19 août 2019.

La grande salle «Nord» du cinéma Nord-Sud, à Genève, 19 août 2019.

Photo: Laurent Guiraud/Tamedia

Les chiffres officiels ne sont pas encore connus, l’Office fédéral de la statistique les publiant généralement en mars suivant l’année écoulée. Ils ne feront que confirmer, et quantifier, le bilan qui saute aux yeux: dans le paysage cinématographie suisse, l’année 2020 restera comme une année noire.

Dans les colonnes de «Daily Movies», Edna Epelbaum, exploitante de salles mais aussi directrice de l’Association cinématographique suisse (ACS) et donc bien placée pour en parler, avançait à la mi-décembre une baisse de 65 à 70% du nombre de spectateurs, et une perte d’environ 200 millions de francs pour les salles de cinéma suisses. Sans compter les dommages collatéraux sur les métiers gravitant autour des salles, distributeurs, publicitaires, etc.

Les plus petites salles, expliquait l’exploitante, «ne sont pas forcément celles qui souffrent le plus, car elles fonctionnent souvent de manière associative avec des bénévoles et des subventions locales».

Disette et streaming

Pas besoin d’être malin pour en deviner la cause: la fermeture des salles pendant de longs mois, leur réouverture sous conditions sanitaires strictes, avec notamment une jauge de spectateurs réduite. Le public a répondu présent dans les limites du possible, mais l’absence de titres porteurs n’a pas joué en faveur d’une reprise. «Tenet», sur lequel comptaient les exploitants pour relancer la machine, a attiré 206’000 cinéphiles dans les salles du pays. Soit le 2e score de l’année derrière le film suisse «Les enfants du Platzspitz», de Pierre Monnard (330’000 spectateurs). En 2019, une quinzaine de films avaient fait mieux que la superproduction de Christopher Nolan…

La bande-annonce des «Enfants du Platzspitz», sorti avant la 1re vague, en janvier, en Suisse alémanique, et entre les 2 vagues, en août, en Suisse romande:

La concurrence du streaming, tendance qui n’a pas attendu le Covid pour se dessiner, a-t-elle sa part de responsabilité? Certes, mais il est trop tôt pour en mesurer toutes les conséquences, même si la décision de certains grands studios américains de diffuser leurs superproductions directement sur leurs plateformes est un marqueur important.

Situation inédite

La situation internationale, avec les tournages interrompus et les sorties repoussées, n’est pas étrangère à l’affaire. Le catalogue des films distribués en Suisse dépend fortement de ce qui est disponible hors de nos frontières. «Les Tuche 4», «Aline», «Mandibules»… Pas de sortie en France, pas de sortie en Suisse. Idem pour les gros titres américains qui, faute d’être distribués sur les marchés européens ou asiatiques, ont fini là où le nombre de spectateurs potentiels était le plus prometteur: sur les plateformes. Ou alors repoussés, encore, et encore…

Chez nos voisins français, un récent rapport du Centre national du cinéma (CNC) enregistre 65,1 millions d’entrées en salles en 2020, contre 213 millions en 2019. Soit une chute de près de 70%. Les salles ont été fermées pendant 162 jours au total. Seuls trois films («Tenet», «1917» et «Sonic le film») ont réalisé plus de 2 millions d’entrées dans l’Hexagone, contre une vingtaine chaque année depuis dix ans. Le film français ayant attiré le plus de spectateurs (presque 1,5 million) est «Ducobu 3».

Outre-Atlantique, pas de bilan chiffré pour l’heure. Mais l’ampleur de la saignée se profile. À la cacophonie des reports de sorties de films, en date ou en mode de diffusion, s’est ajoutée celle des décisions sanitaires selon chacun des 50 États. La concurrence entre studios, salles et plateformes y est sanglante!

Et un box-office jamais vu en vingt ans: aucun film à plus de 300 millions de dollars! Ceux qui ont tiré leur épingle du jeu sont sortis en début d’année («Bad Boys for Life» à 204 millions, «1917» à 157 millions, «Sonic» à 146 millions), avant l’arrivée du Covid.

Optimisme

Le mot de la fin à Edna Epelbaum: «Après six ou huit mois de télévision, je suis persuadée que le public appréciera encore davantage de retrouver le grand écran.». Puisse 2021 lui donner raison.

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