Fribourg veut interdire les pitbulls
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Fribourg veut interdire les pitbulls

Le Conseil d'Etat entend suivre la voie tracée par le Valais et interdire les chiens jugés «dangereux par nature», notamment les pitbulls et les bâtards issus de 13 races. Le Grand Conseil doit encore se prononcer.

La décision du Conseil d'Etat fribourgeois pallie un manque au niveau fédéral: «on a attendu en vain que quelque chose vienne de la Confédération», a souligné vendredi Pascal Corminboeuf, conseiller d'Etat en charge des institutions, de l'agriculture et des forêts. En conférence de presse, il a souligné que les avis exprimés lors d'une consultation ont encouragé le gouvernement à opter pour une interdiction de certains chiens, ceci contre l'avis des vétérinaires cantonaux.

Le Conseil d'Etat fribourgeois avait dans un premier temps élaboré un avant-projet de loi qui renonçait à classer certaines races de chiens dans des groupes à risque. La préférence était alors donnée à des mesures préventives et ciblées sur les chiens «à problèmes». Il apparaît pourtant qu'il existe des types de chiens plus dangereux que d'autres. Pour rassurer la population et garantir sa sécurité, il n'est pas possible d'attendre que les mesures préventives préconisées par les spécialistes déploient leurs effets.

Il est prévu de bannir du territoire cantonal les chiens «dangereux par nature», en particulier les pitbulls et les chiens obtenus par croisement avec cette race. Sont également concernés les bâtards issus des 13 races suivantes: american staffordshire terrier, bull terrier, chien de cour italien, dobermann, dogue argentin, dogue des Canaries, fila brasileiro, mastiff, mâtin espagnol, mâtin napolitain, rottweiler, staffordshire bull terrier et tosa. Celui qui souhaitera détenir un chien appartenant à cette liste devra se procurer une autorisation et prouver que le chien possède un certificat d'ascendance reconnu.

Pas un «couperet»

L'interdiction ne tombe toutefois pas comme un «couperet», a relevé Pascal Corminboeuf. Une personne responsable pourra conserver son pitbull et éviter ainsi l'exil ou l'euthanasie de son animal. Il ne pourra toutefois pas en acquérir de nouveau. Chaque cas sera analysé par un comportementaliste canin. Sur les 16.000 chiens recensés dans le canton de Fribourg, quelques centaines «posent problème».

Les mesures envisagées donnent également aux autorités de nouveaux instruments pour agir contre des chiens présentant des troubles comportementaux, quelle que soit leur race. De manière générale, les détenteurs de chiens seront tenus d'éduquer leurs chiens pour qu'ils soient sociables et les communes devront dresser une liste des chiens avérés dangereux.

Taxe à la hausse

Le projet de loi ne prévoit pas le port généralisé de la muselière sur la voie publique. Par contre, chaque commune devrait prévoir une zone clôturée permettant aux chiens de s'ébattre librement. Pour couvrir les frais supplémentaires en personnel notamment, la taxe sur les chiens passerait de cinq à 15 francs.

La loi sera soumise au Grand Conseil en septembre prochain. Convaincu qu'elle passera la rampe, Pascal Corminboeuf table sur une entrée en vigueur au 1er janvier 2007.

Pas clos au niveau fédéral

Après la mort, en décembre dernier, d'un garçon de six ans agressé par des pitbulls à Oberglatt (ZH), le canton du Valais avait décidé d'interdire 12 races de chiens, avec effet au 1er janvier dernier. Pour procéder à l'euthanasie ou à la stérilisation de certains molosses, les autorités valaisannes doivent attendre une décision du Tribunal fédéral, saisi d'un recours d'amis des chiens.

En avril dernier, le Conseil fédéral avait renoncé à interdire certains chiens. Il s'était borné à donner un cadre aux cantons pour responsabiliser les propriétaires, avec notamment des prescriptions pour l'élevage et l'obligation d'annoncer les morsures. Le dossier n'est toutefois pas clos au niveau fédéral: insatisfait, le Parlement demande plus de fermeté de la part du Conseil fédéral. (ap)

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