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FranceUn frontalier jugé pour le meurtre d’une prostituée en Suisse

Le procès d’un agent de sécurité français s’est ouvert mercredi à Besançon. Il est accusé d’avoir mortellement roué de coups une prostituée roumaine en Suisse en 2016.

Les autorités judiciaires du canton de Vaud et de Besançon (F) lors d’une conférence de presse le 9 novembre 2017. Au centre gauche Christian Buffat, procureur du Ministère public du canton de Vaud et au centre à droite, Edwige Roux-Morizot, alors procureure de la République de Besançon.

Les autorités judiciaires du canton de Vaud et de Besançon (F) lors d’une conférence de presse le 9 novembre 2017. Au centre gauche Christian Buffat, procureur du Ministère public du canton de Vaud et au centre à droite, Edwige Roux-Morizot, alors procureure de la République de Besançon.

KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT

Le procès d’un travailleur frontalier du Doubs s’est ouvert mercredi à Besançon. Il est accusé d’avoir mortellement roué de coups une prostituée roumaine en Suisse en 2016, la rendant méconnaissable avant de l’abandonner dans un bois en France.

L’accusé, arrêté à l’issue d’une enquête au long cours, est jugé pour «homicide volontaire». Il encourt 30 ans de réclusion criminelle pour ce crime, qui aurait été commis à Sullens, dans le Gros-de-Vaud.

«Ce n’est pas moi qui l’ai tuée»: cheveux mi-longs coiffés en arrière, l’accusé a de nouveau contesté être à l’origine de la mort de la prostituée à l’ouverture de son procès.

Cet agent de sécurité de 33 ans, travaillant près de Lausanne et domicilié à Mouthe (Doubs) avec sa compagne et son fils au moment des faits, avait reconnu avoir eu une relation tarifée avec la jeune Roumaine avant, selon lui, qu’elle ne soit sauvagement tuée par des individus non identifiés.

Transport du corps

«Il a expliqué qu’il avait transporté le corps sous la contrainte, mais qu’il ne l’avait pas tuée», a précisé son avocate, Me Emmanuelle Huot.

«Mais il ne dit rien, ni sur leur signalement, ni sur leur véhicule, ni sur l’arme utilisée», avait relevé pendant l’instruction le procureur Etienne Manteaux, avocat général au procès, soulignant les «multiples versions» livrées par l’accusé. Par ailleurs, seul son ADN a été retrouvé sur la victime, ainsi que sur le lieu de la découverte du corps.

L’ombre des violents proxénètes roumains qui exploitaient la femme en Suisse a plané mercredi sur les débats, bien que les investigations des gendarmes de la section de recherche (SR) de Besançon les aient mis hors de cause concernant le meurtre.

Placés sur écoute dans le cadre d’une autre enquête, pour proxénétisme, les membres du réseau semblaient s’étonner de la disparition de la victime et leurs téléphones n’auraient pas «borné» près du lieu du meurtre.

La défense conteste

Une analyse du dossier vivement contestée par les avocats de la défense, Me Emmanuel Huot et Me Sylvain Cormier: «Pour des gens qui recherchent activement quelqu’un, ils n’ont pas appelé frénétiquement son téléphone».

Ils ont aussi relevé que d’après certaines écoutes téléphoniques, «elle voulait partir, elle avait l’intention de fuguer». Un mobile possible pour vouloir la tuer.

L’histoire «triste» de la jeune femme 18 ans est celle «d’une jeune fille qui tombe sur un proxénète de la pire espèce, qui la prostitue en Suisse, et finit sous les coups d’un homme», déplore l’avocat de sa famille, Me Jean-Baptiste Jacquenet-Poillot.

Adolescente d’une famille très modeste habitant près de Bucarest, elle est encore au collège lorsqu’elle est séduite par un «Lover boy». «Ces types abordent les adolescentes au collège, ils font en sorte qu’elles tombent amoureuses d’eux et les convainquent de se prostituer», a témoigné à la barre le directeur d’enquête de la section de recherche.

«L’inconnue du Frasnois»

Son corps a été retrouvé par deux bûcherons, le 15 décembre 2016, nu et dissimulé sous des feuilles dans la forêt communale du Frasnois (Jura).

Cette jeune femme est longtemps restée «l’inconnue du Frasnois». La victime aux longs cheveux teints en roux était en effet méconnaissable, les os du visage et les dents brisés par une multitude de violents coups. Le cadavre était également lardé de 26 coups de couteau au niveau du cou et du flanc.

Pour l’identifier, l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) a effectué une reconstitution faciale de la jeune femme afin d’établir son portrait-robot en 3D. Un appel à témoins avait été diffusé très largement en Europe, en vain.

Carte d’identité retrouvée à Sullens

Un rapprochement entre la disparition d’une prostituée en Suisse, une carte d’identité au nom de la victime retrouvée à Sullens (VD) et le corps découvert au Frasnois a finalement été fait, presque par hasard, plus de six mois après la découverte de son cadavre.

Les gendarmes sont ensuite remontés jusqu’à l’accusé en contrôlant les entrées dans les hôpitaux du secteur: il s’était rendu le 30 novembre 2016 à l’hôpital de Pontarlier (Doubs) pour soigner une blessure à une main.

Le verdict de la cour d’assises du Doubs est attendu vendredi.

(ATS/NXP)

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