31.03.2020 à 16:03

Coronavirus

«Fumeurs et vapoteurs, il est urgent d'arrêter»

Les fumeurs sont-ils davantage exposés à une contamination et risquent-ils de développer des symptômes plus graves? Les appels se multiplient, mais peu d'études se sont penchées sur la question.

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À l'heure où le coronavirus paralyse la planète, le Comité national français contre le tabagisme (CNCT) lance un appel alarmiste aux fumeurs: «Il est maintenant clairement démontré que les fumeurs présentent un risque majoré de contracter cette maladie et de développer une forme grave», prévient l'association, citée par BFM TV. Qui poursuit: «Fumer altère les défenses immunitaires et les capacités pulmonaires (...) D'autre part, les fumeurs portent régulièrement leurs doigts potentiellement porteurs de virus à la bouche.»

Le CNCT estime par ailleurs que les adeptes de la cigarette risquent de contaminer leur entourage du fait de leur toux fréquente et de la présence dans la fumée de particules sur lesquelles se fixent le virus. «Arrêtez le plus vite possible. Sinon, ne fumez pas et ne vapotez pas au domicile», exhorte le Pr Yves Martinet, pneumologue au CHU de Nancy et président du CNCT.

Un risque de décès plus grand

De son côté, l'OMS a recommandé aux fumeurs de renoncer au tabac pendant cette crise sanitaire. Dans un tweet publié le 26 mars, l'agence explique que le tabagisme affaiblit le système respiratoire. Par ailleurs, selon l'OMS, fumer «augmente les risques d'attraper le Covid-19» en raison du contact entre les mains et la bouche mais aussi du partage de cigarettes ou d'autres substances entre personnes.

Mais que dit la science? Ce n'est pas un scoop, le tabac est mauvais pour la santé. Cependant, pour l'heure, peu de chercheurs se sont penchés sur ses conséquences en cas de contamination au Covid-19. On peut trouver un début de réponse dans une étude menée en Chine et publiée dans la revue américaine «New England of Medicine». Selon ces travaux, la plupart des patients atteints d'une forme sévère du coronavirus présentaient les facteurs de gravité suivants: diabète, hypertension, maladie cardiovasculaire et tabagisme. Selon les conclusions de cette enquête, le risque de passage en réanimation et de décès passe de 5% à 12% pour les fumeurs, par rapport aux non-fumeurs.

«Une augmentation du risque de formes sévères»

Cette étude est cependant à prendre avec des pincettes: «Le pourcentage de fumeurs indiqué dans le papier est étonnamment bas au regard du tabagisme en Chine», explique au «Parisien» le professeur Bernard Dautzenberg, secrétaire général de l'Alliance contre le tabac. Un avis que partage le professeur Daniel Thomas, également porte-parole de la société francophone de tabacologie.

Il constate tout de même que «chez les fumeurs, le pourcentage de contamination est plus élevé, avec le développement de formes plus graves de la maladie.» Le spécialiste estime qu'il s'agit là d'un «bon indice». S'appuyant sur cette même étude, le pneumologue Jean-Philippe Santoni confirme au «Figaro»: «Il y a en effet une augmentation du risque de formes sévères de la maladie chez les fumeurs.» Le spécialiste met également en garde contre la consommation de cannabis qui entraîne aussi des lésions pulmonaires, avec un risque accru «chez les jeunes qui se passent les joints».

Des doutes sur le vapotage

Le ton n'est pas non plus rassurant du côté du Centre européen de prévention et contrôle des maladies. Celui-ci affirme que l'enzyme ACE2 – déjà connue pour être un récepteur du SARS-Cov, l'agent infectieux responsable du SRAS – pourrait jouer un rôle dans la propagation du virus dans l'organisme. «Il est établi que le nombre de ces récepteurs ACE2 est accru chez les fumeurs», explique-t-il.

En ce qui concerne les vapoteurs, le CNCT se montre plus prudent: «Il est trop tôt pour dire s'ils sont plus souvent atteints ou s'ils présentent des formes plus sévères que les non-fumeurs et non-vapoteurs», concède l'association, qui alerte toutefois sur la vapeur exhalée par les personnes infectées par le Covid-19. «Fumeurs et vapoteurs, il est urgent d'arrêter, pour vous et vos proches», conclut le CNCT.

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