Actualisé 20.09.2019 à 09:14

Genève

Futurs diététiciens obligés de goûter: l'école recule

La Haute école de santé voulait forcer ses futurs diététiciens à déguster des plats malgré leurs régimes alimentaires mais elle a dû se raviser.

de
Julie Müller
Les végétariens, vegans et autres régimes spéciaux auraient dû aller à l'encontre de leurs convictions.

Les végétariens, vegans et autres régimes spéciaux auraient dû aller à l'encontre de leurs convictions.

Keystone/Gaetan Bally

Pour leur rentrée en début de semaine, les élèves en Bachelor de Nutrition et diététique de la Haute école de santé (HEdS) de Genève ont eu droit à une mauvaise surprise. Ils ont été informés qu'un nouvel élément venait d'être ajouté à la lettre de rentrée académique qui engage les étudiants durant leur cursus.

Les cours de cuisine, ou plus précisément d'analyse sensorielle, prodigués à ces jeunes durant leurs trois années d'études allaient devenir plus stricts. Plus question d'échapper à la séance de dégustation des mets cuisinés par leurs soins. Au risque d'être pénalisés.

Lésés pour leurs croyances

Cette annonce avait fortement déplu à ces classes, dont font partie des végétariens, des véganes, des sportifs aux diètes sans sucre ou des musulmans contraints par leur régime alimentaire. «Ce qui est ironique, c'est que nos professeurs prônent la tolérance envers les coutumes de nos futurs patients mais ils ne montrent pas l'exemple avec leurs propres étudiants», s'insurgeait un élève à la suite de l'annonce.

«Nous participons aux cours de cuisine comme les autres, c'est simplement qu'au lieu de tester, nous ramenons ce que nous avons concocté à nos familles», a justifié une de ses camarades. Une incompréhension générale s'est peu à peu diffusée dans l'école.

Révision de la décision

«Nous avions remarqué que depuis quelques temps, de plus en plus d'élèves ne jouaient pas le jeu alors que ce sont des compétences exigées qu'ils doivent développer lors de leur apprentissage», précise Jocelyne Depeyre, responsable de la filière Nutrition et diététique à la HEdS. «Le but était de faire réfléchir nos étudiants», ajoute-t-elle.

Le service de communication de l'HEdS plaide, lui, la maladresse de cette annonce et se veut rassurant envers les étudiants. «Si un étudiant choisit de ne pas goûter un aliment pour une raison qui lui est propre, son choix sera respecté», assure la porte-parole. L'information sera diffusée au corps estudiantin dans les prochains jours afin de dissiper le malentendu.

L'école était-elle dans son droit?

Selon plusieurs avocats, la question de professionnalisme et de connaissance des aliments pour une bonne pratique du métier pouvait se poser mais l'école violait certains droits fondamentaux. Parmi eux, la liberté personnelle (Art 10 Constitution) et la liberté de croyance (Art 15 Constitution). D'ailleurs, les écoles spécialisées dans les métiers de bouche, telles que l'École Hôtelière de Lausanne ou encore l'École professionnelle de Montreux, s'opposent à ce type de pratiques. Pour elles, «mieux vaut motiver que contraindre les étudiants».

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!