Swiss Lotto: Gagner et se taire
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Swiss LottoGagner et se taire

Alors qu'une somme record est en jeu mercredi, les gagnants de la loterie suisse à numéros ne semblent pas perdre la tête.

En Suisse, les chanceux qui touchent le jackpot investissent, gèrent et restent discrets sur leur soudaine bonne fortune. Mais le silence peut devenir pesant. La Française des jeux a par exemple mis en place des groupes de parole: rien de tel n'est prévu en Suisse.

Les médias ont parfois relaté les mésaventures de gagnants européens qui avaient tout perdu peu après avoir touché le gros lot. Et se sont amusés de l'histoire de cet homme qui avait immédiatement engagé des gardes du corps, après avoir touché son chèque. En Suisse, rien de tel: les gagnants semblent «garder les pieds sur terre».

D'après une collaboratrice de la Loterie romande, des gains moins importants, en moyenne entre 1 et 4 millions de francs, expliqueraient ce flegme, tout comme l'habitude d'une certaine richesse matérielle. Mais celui qui empochera mercredi «36 millions de francs se posera d'autres questions que celui qui n'en touche qu'un».

Le premier refuge est le silence

Le nouveau millionnaire est en général pris de court, avancent les sociologues français Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot. Le premier refuge est donc le silence: en continuant à vivre comme si de rien n'était, le gagnant évite d'avoir à changer lui-même.

«Nous garantissons l'anonymat et proposons aux gagnants de rester discrets», poursuit la représentante de la Loterie romande. Si le partenaire et les parents sont informés de la bonne fortune de l'un de leurs proches, ce n'est pas toujours le cas des enfants. «Des adolescents qui n'ont jamais travaillé pourraient être tentés de stopper leur scolarité.»

Un autre milieu

Autre embûche: les codes d'accès culturels au monde des riches. «Les gagnants se rendent compte que l'ampleur des inégalités sociales ne renvoie pas seulement à la richesse matérielle, notent les deux sociologues français, qui ont publié «Les millionnaires de la chance» après avoir suivi la centaine de gagnants qui, chaque année, empochent plus d'un million d'euros en France.

«Le sentiment d'extériorité face à l'art, par exemple, fait sentir que la vraie richesse est difficilement accessible», écrivent-ils dans leur livre, relayé par le journal «Le Monde». Elle suppose un temps dont les gagnants n'ont jamais disposé. Or il faut plusieurs générations pour que la fortune se transforme en une seconde nature.

Prendre du recul et ne pas se précipiter

Pour faire face à ces écueils, les gagnants en Suisse romande sont gratifiés de quelques conseils. «Nous les incitons à prendre du temps, de la distance, à réfléchir et à établir des priorités.» Et les gagnants sont rendus attentifs aux «trop belles propositions».

La représentante de la Loterie romande note peu de changements fondamentaux de destins. «La plupart des gagnants investissent dans la pierre et s'achètent une résidence secondaire. Ils embellissent leur vie, mais ne changent pas drastiquement. Ils voyagent plus, font des cadeaux à leur famille.»

Plus de 800 millionnaires depuis 1970

En Suisse, il y a eu 804 millionnaires au Swiss Loto depuis la création du jeu en 1970. Et en 2014, jusqu'à ce jour, la loterie a fait 16 millionnaires, contre 24 en 2013 et 18 en 2012.

Le plus gros gain de l'histoire du Swiss Loto à ce jour est de 35,8 millions, gagnés le 10 mars 2010. Le plus gros gain remporté en Suisse romande est de 19,1 millions: la grille gagnante avait été validée le 12 septembre 2009 dans le canton de Genève.

Prochain rendez-vous mercredi avec le plus gros gain mis en jeu en Suisse: un jackpot de 36 millions après 38 tirages, la plus longue période sans gagnants. (ats)

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