Actualisé 06.07.2015 à 11:32

Héros de la GrèceGame over pour «Super Varoufakisator»

Yanis Varoufakis a cassé les codes bien lisses du poste de ministre des Finances s'est offert une ultime pirouette avec une démission surprise. Retour sur un phénomène.

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06.07 Yanis Varoufakis a souvent été comparé à un superhéros par ses défenseurs

06.07 Yanis Varoufakis a souvent été comparé à un superhéros par ses défenseurs

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«Minister No More !» (Ministre, c'est fini !), s'est exclamé le ministre grec, sûr de l'effet de son message après la courte nuit qui a suivi la proclamation de la victoire massive du gouvernement de gauche radicale au référendum sur les dernières propositions de réforme faites à la Grèce par les créanciers du pays (UE, FMI). L'annonce informelle a été accompagnée d'un communiqué plus traditionnel de son ministère selon lequel c'est Alexis Tsipras a demandé le départ de son ministre, après une «préférence» en ce sens qu'auraient exprimée certains membres de l'Eurogroupe, les homologues de M. Varoufakis au sein des pays de la zone euro.

Durant les cinq mois passés au poste très exposé de ministre des Finances grec, à ce titre chef de file des négociations avec les créanciers du pays, l'économiste Varoufakis avait vu monter l'inimitié de ses homologues, qui n'aimaient guère son franc-parler, ses théories économiques «non alignées» et le ton professoral avec lequel il délivrait ses «leçons». Le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici l'avait diplomatiquement décrit comme «un homme intelligent, pas toujours facile, mais intelligent» et avec qui on «peut trouver un langage commun».

Maladresse dans Paris-Match

Une communauté de langage qui a souvent fait défaut avec son homologue allemand Wolfgang Schäuble ou avec le patron de la zone euro Jeroen Dijsselbloem, dont l'unique visite à Athènes, après la nomination du nouveau gouvernement de gauche radicale fin janvier, avait donné lieu à un échange public glacial. La presse avait d'abord fait son chouchou de ce politicien novice, retenant de lui sa carrure de rugbyman, son crâne rasé, ses chemises amples, ses arrivées pétaradantes à moto pour les conseils des ministres, son hyperactivité sur les réseaux sociaux.

Cette omniprésence sur Twitter, où il est coutumier des remontrances aux journalistes qu'il accuse régulièrement de déformer ses propos, ont entamé sa cote de popularité. De même que plusieurs maladresses de communication, dont un reportage dans le magazine français Paris-Match, où il posait avec sa femme dans le cadre privilégié de leur terrasse donnant sur l'Acropole, tout en disant «détester le star-system».

M. Catastrophe

En Grèce, il est resté assez populaire, voire adulé par une partie des supporters de Syriza adeptes de son langage sans détour et de la résistance opposée à ses homologues européens lors de leurs réunions à Bruxelles. Ce briseur de conventions a pris un malin plaisir à dévoiler sa vision de ces Eurogroupes opaques, estimant à plusieurs reprises, comme dans une interview à la BBC que ce type de gouvernance «n'est pas une façon de mener une union monétaire. C'est une parodie». Formé en Grande-Bretagne, où il a enseigné, l'universitaire de 54 ans a vécu longtemps en Australie, recruté par une université «de droite, dans le but d'évincer un autre candidat dont le mentor passait pour un dangereux gauchiste», raconte-t-il sur son blog, pour souligner l'ironie de l'histoire, celui qui se décrit comme «Marxiste irrégulier».

Revenu en Grèce, il est devenu conseiller du socialiste Georges Papandreou (2004-2006), avant que le gouvernement de ce dernier sollicite le plan d'assistance des créanciers internationaux UE, BCE, FMI à la Grèce. Varoufakis se transforme ensuite en l'un des plus virulents contempteurs de ces «Memoranda» d'austérité, ce qui l'a progressivement rapproché de la gauche radicale Syriza dont il n'est pas membre, mais dont il reste, après sa démission, député. Il fut même le mieux élu des parlementaires Syriza aux élections de janvier 2015. Dès 2010, il était parmi les premiers à avertir de la possibilité de défaut de son pays, attitude qui lui a valu le surnom de «Dr Doom» athénien (M. Catastrophe). Il aura finalement vécu le défaut de la Grèce vis-à-vis du FMI, effectif depuis le 30 juin.

Un événement qui n'a pas entamé sa conviction qu'un plan d'aide à la Grèce sans restructuration de son abyssale dette publique (plus de 175% du PIB) n'aurait pas de sens, au point d'affirmer vendredi sur Bloomberg TV qu'il se «couperait un bras», plutôt que de signer un tel engagement. (afp)

Le sens de la formule

5 février: «pas d'accord». «De mon point de vue, nous ne sommes même pas tombés d'accord sur le fait de ne pas être d'accord», déclare le ministre grec à Berlin après un entretien avec son homologue allemand Wolfgang Schäuble.

8 février: «château de cartes». «La sortie de la Grèce de l'euro n'est pas une perspective qui rentre dans nos plans, simplement parce que nous pensons que l'Europe est fragile. C'est comme quand on construit un château de cartes. Si on enlève la carte Grèce, les autres s'écroulent», prévient-il dans un entretien à la télévision italienne.

15 mars: «un honneur». «C'est un honneur que Bild essaie de me nuire. Plus ils le font, mieux je dors la nuit», déclare Varoufakis à l'agence grecque ANA, après que le tabloïd allemand a annoncé sa démission imminente du gouvernement grec. –

3 juillet: «plus gros ratage de l'histoire». «Nous avons un très mauvais système de gouvernance en Europe», déclare-t-il à BBC News. «Ce n'est pas la bonne manière de diriger une union monétaire. C'est une parodie. C'est une comédie des erreurs depuis maintenant cinq ans». «Le programme qu'ils ont imposé à ce pays et qu'ils veulent continuer à imposer (...) va rester comme le plus gros ratage de l'histoire économique», ajoute-t-il au sujet de la politique d'austérité imposée à la Grèce par ses créanciers.

4 juillet: «terrorisme». «Ce qu'ils font avec la Grèce a un nom: terrorisme», accuse Yanis Varoufakis, dans un entretien au quotidien espagnol El Mundo. «Pourquoi est-ce qu'ils nous ont forcé à fermer les banques? Pour insuffler la peur aux gens. Et quand il s'agit de répandre la peur, on appelle ce phénomène le terrorisme», développe le ministre au sujet de la politique du FMI, de la BCE et de l'UE.

6 juillet: «fierté». «Je porterai le dégoût des créanciers avec fierté», écrit-il sur son blog au matin de sa démission.

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