Actualisé 02.07.2014 à 06:06

Genève

Gardiens de Champ-Dollon et policiers débrayent

Mécontents de ne pas avoir été invités à la table des négociations concernant leur future grille salariale, surveillants et agents de police ont arrêté de travailler mardi matin. Le gouvernement leur répond.

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Thomas Piffaretti/Julien Culet
Daniel Weissenberg, président du syndicat de Police judicaire. (Photo: 20Minutes/tpi)

Daniel Weissenberg, président du syndicat de Police judicaire. (Photo: 20Minutes/tpi)

Marteler encore et encore le même message, dans l'espoir d'être enfin entendus: c'était l'objectif de l'action coordonnée de l'ensemble du corps de la police cantonale genevoise et des gardiens de prison, mardi matin, devant la prison de Champ-Dollon, à l'aéroport et sur le parvis du poste de police judiciaire (PJ) de la Jonction. «Nous voulons des négociations», a répété le président du syndicat de la PJ, Daniel Weissenberg, entouré d'une centaine de ses collègues en colère et en shorts.

Au centre des revendications des agents, la refonte de la grille salariale des fonctionnaires, appelée SCORE, sur laquelle planche l'Etat. Depuis six mois, les policiers ont entamé un mouvement de contestation, s'estimant mis à l'écart du processus de définition de leur niveau de rémunération et dénonçant l'absence d'une information claire de la part des autorités. Après la grève des amendes d'ordre, celle du rasoir puis de l'uniforme, une grande partie des forces de l'ordre du canton ont ainsi débrayé, entre 30 minutes et 1 heure, pour poursuivre leur lutte. Un service minimum était assuré.

SCORE ferait baisser de 6000 fr. par an le salaire à l'embauche d'un inspecteur, «sans que l'on comprenne le mode de calcul de la nouvelle grille, s'offusque Daniel Weissenberg. On est d'accord de discuter de tout, mais sans tabou et en mettant tout sur la table.» Si l'Etat ne bouge pas, le bras de fer continuera, prévient-il.

Manifestation devant la prison

A Champ-Dollon, une cinquantaine de gardiens s'est rassemblée devant les grilles pendant deux heures. Selon l'Union du Personnel du corps de Police (UPCP), l'ensemble des effectifs a débrayé mais un service minimum a été mis en place. Dans une prison surpeuplée, 859 détenus lundi soir pour 376 places, la réforme SCORE ne passe pas. «Ce que vous vivez ici est inhumain et, en plus, on veut baisser vos salaires», a scandé Christian Antonietti, président du syndicat.

D'après l'UPCP, Score ferait baisser les salaires des surveillants de de 700 à 900 francs par mois environ. Une perspective qui enchante guère les manifestants. «Nous ne demandons rien de plus. Nous voulons simplement que nos acquis soient maintenus, explique un gardien. Nous sommes peut être mieux payés que dans les autres cantons mais le coût de la vie n'est pas le même à Genève.»

Les protestataires mettent également en avant la pénibilité de leur travail. Et ils craignent maintenant l'été, une période toujours délicate. «Entre la chaleur, la surpopulation, le ramadan et le mondial, c'est un vrai cocktail explosif, confirme le surveillant. Ils sont six dans des cellules prévues pour accueillir jusqu'à trois détenus. A force de remplir on met en danger tout le monde.»

Pétition remise au Conseil d'Etat

Le Syndicat des services publics et le Groupement des associations de police ont recueilli 4317 paraphes qui seront déposés ce mardi au gouvernement. Les signataires réclament le retrait immédiat du projet SCORE et l'ouverture de négociations.

Réponse de l'Etat

Le Département de la sécurité conteste les critiques du syndicat. «Nous entendons bien les revendications qui émanent des syndicats de la police et de la détention mais ne les cautionnons pas pour autant, fait savoir sa porte-parole Emanuelle Lo Verso. Les discussions n'ont jamais cessé avec le Groupement des associations de police, puisque, encore au mois de juin, il leur a été signifié, ainsi qu'à toutes les autres organisations syndicales de l'Etat, qu'aucun projet de loi relatif à la grille salariale ne passerait en force sans leur concertation préalable. Pour la police, le message est encore plus clair: avant la définition des cahiers des charges issus de la nouvelle Loi sur la Police, dont le vote par le Grand Conseil est agendé au 28 août, les fonctions policières ont été littéralement «sorties» du processus. Quant aux agents de détention, après s'être engagé sur l'unification des statuts et la réévaluation de leurs fonctions dans le cadre de SCORE, le département comprend d'autant moins que le mouvement continue sur ces questions particulières.»

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