Débordements racistes: Gary Neville pousse la chaîne Sky à la faute
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Débordements racistesGary Neville pousse la chaîne Sky à la faute

Le vibrant plaidoyer contre le racisme de l'ancien défenseur a été coupé par le présentateur de Sky... qui s'est excusé.

par
Sport-Center

S'il faut compter désormais sur les consultants pour donner une leçon d'éthique aux journalistes, la presse a vraiment du souci à se faire. C'est ce constat paradoxal qui fait débat en Angleterre et sur les réseaux sociaux depuis les chants racistes qui ont émaillé la fin de match entre Tottenham et Chelsea dimanche soir (0-2). Que s'est-il passé sur le plateau de la chaîne Sky suite au dérapage de certains supporters des Spurs à l'encontre du défenseur allemand des Blues Antonio Rüdiger?

Pour faire simple, Gary Neville, consultant vedette de la chaîne, s'est lancé dans un plaidoyer puissant et courageux visant à dénoncer «une Premier League gangrenée par le racisme et qui se cache derrière la fédération au lieu de prendre ses responsabilités». L'ancien défenseur de Manchester United allait même jusqu'à réclamer que «l'on donne le droit aux joueurs de quitter le terrain.» Et plus fort encore, Gary Neville dénonçait un problème sociétal à l'échelle du pays, citant les deux leaders des deux grands partis politiques (Boris Johnson et Jeremy Corbyn) «qui n'ont eu cesse d'accepter, voire de jouer avec le racisme lors des dernières élections législatives.»

Le journaliste s'excuse

Or à la fin de ce plaidoyer, le présentateur de l'après-match, David Jones a immédiatement ajouté: «C'est mon devoir ici de préciser que ce sont les opinions de Gary Neville et non celles de Sky.» Une réaction qui a fait tiquer le consultant: «Mais tu ne les partages pas Dave?» Réponse du journaliste: «La question n'est pas de savoir si je les partage; mon rôle est de veiller à maintenir un débat nuancé.» «Mais mon discours était équilibré», a encore rétorqué l'ancien Mancunien.

Depuis quand faut-il en effet «équilibrer» un discours qui prétend que les hommes sont égaux et que les agressions racistes sont un délit? Sans doute pris de panique par la référence au duo Johnson-Corbyn, le journaliste a voulu prendre ses distances là où il aurait dû se féliciter d'avoir un consultant aussi courageux que pertinent. Un autogoal dont la Toile n'a pas tardé à se moquer, couvrant Sky d'une déferlante de reproches. «Je suis vraiment désolé d'avoir gâché une si importante discussion sur le racisme ce soir», s'est d'ailleurs très vite excusé David Jones via Twitter. «Je devais intervenir lorsque Gary a suggéré que les deux grands partis avaient leur part de responsabilité. Mais je ne l'ai pas fait de manière claire et je m'en excuse sans aucune restriction.»

Dans un pays qui est à la pointe de la lutte contre le racisme sur le front des équipes nationales, les propos de Gary Neville et cet échange médiatique d'une intensité rare ne manqueront pas d'alimenter le débat. Puissent-ils également faire bouger les lignes et très vite transformer la dénonciation a posteriori en action immédiate.

Mathieu Aeschmann

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