Actualisé 27.12.2006 à 17:04

Gaz: le transit vers l'Europe est menacé

Le Bélarus, par lequel transite environ 20% du gaz russe vers l'Europe, a menacé le géant gazier russe Gazprom d'interrompre ses livraisons si Moscou lui coupe le gaz au 1er janvier faute d'accord sur une hausse du prix.

«Le 1er janvier 2007, il y aura du gaz au Bélarus», a assuré le vice-Premier ministre bélarusse, Vladimir Semachko, devant la presse à Minsk, de retour de négociations infructueuses avec Gazprom à Moscou.

«Car nous sommes interdépendants. S'il n'y a pas de contrat pour les livraisons de gaz (au Bélarus), il (Gazprom) n'aura pas de contrat sur le transit», a-t-il menacé. Il a rappelé pour l'occasion que «22 % des exportations de Gazprom» vers l'Europe passaient par le Bélarus.

La Pologne et l'Allemagne seraient les principaux pays touchés par une «guerre du gaz» entre Minsk et Moscou, un an après celle avec l'Ukraine (par laquelle transitent 80 % du gaz russe vers l'Europe), qui avait eu des conséquences sur l'approvisionnement des marchés européens. Près du quart du gaz consommé par l'Union européenne provient de Russie et 5 % du gaz consommé transite par le Bélarus.

Ultimatum au 1er janvier

Le président de Gazprom, Alexeï Miller, a réagi en disant que le délai accordé expirait «dans quatre jours», à 10h00 de Moscou (08h00 HEC) le 1er janvier. Et le vice-président du groupe, Alexandre Medvedev, a prévenu les Européens que Gazprom ne pourrait pas «totalement compenser» le gaz qui leur est destiné en cas de prélèvement par le Bélarus.

A Varsovie, la diplomatie polonaise a dit craindre cette coupure, la considérant comme une «menace». De son côté, la Commission européenne, comme l'Allemagne, a insisté sur le fait qu'il n'y avait «pas de crise, du moins pas encore».

Analystes divisés

Le ton entre Minsk et Moscou n'a cessé de monter mercredi depuis l'échec des négociations la veille sur un passage du prix de son gaz de quelque 46 à 200 dollars les 1000 m3, et ce malgré le compromis proposé par les Russes. Les analystes étaient divisés sur la stratégie adoptée par Gazprom, un an après la crise ukrainienne.

«Gazprom a une si mauvaise réputation en Europe en tant que fournisseur non-fiable qu'il ne va pas couper les vannes, de peur que le Bélarus ne ponctionne le gaz destiné au transit» vers l'Europe, comme Gazprom l'avait reproché à l'Ukraine en janvier, estime Tatiana Manenok, éditorialiste du journal économique «Belarus y rynok», rare publication indépendante à Minsk.

Un autre analyste indépendant, Iaroslav Romantchouk, penche quant à lui en faveur d'une coupure de gaz. «Et la partie bélarusse réagira très durement. Cela signifiera l'enterrement de l'idée d'Union Russie-Bélarus», dit-il.

Les analystes russes et bélarusses s'interrogent sur les raisons de cette hausse de tarifs réclamée au Bélarus, pourtant un fidèle allié de Moscou parmi les ex-républiques soviétiques, à la différence de la Géorgie ou de l'Ukraine.

La volonté russe de prendre le contrôle du réseau des gazoducs bélarusses est le motif le plus fréquemment évoqué, suivant l'opération déjà réalisée en Arménie par Gazprom et ses vaines tentatives en Géorgie. Car «Gazprom a besoin de pouvoir garantir son transit de gaz vers l'Europe» par le Bélarus, selon M. Romantchouk.

Gazprom ne cache pas ses ambitions concernant Beltransgaz, l'entreprise publique gérant le réseau de gazoduc bélarusse, proposant une hausse de tarif amortie par l'acquisition de 50% de Beltransgaz.

(ap)

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