Suisse: Gazprombank menacé du retrait de licence bancaire
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SuisseGazprombank menacé du retrait de licence bancaire

La spécialiste en droit bancaire Monika Roth estime que la banque s'est montrée laxiste avec un ami de jeunesse de Vladimir Poutine.

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Il y a un an éclatait le scandale des Panama Papers. Le point sur l'affaire. (Vendredi 31 mars 2017)

Il y a un an éclatait le scandale des Panama Papers. Le point sur l'affaire. (Vendredi 31 mars 2017)

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Le Panama est «prêt à commencer» en 2018 l'échange automatique d'informations pour contrer la fraude fiscale internationale, a annoncé vendredi sa vice-présidente Isabel de Saint Malo (ici). Il demande à être retiré de la liste française des paradis fiscaux. (Image d'archive)

Le Panama est «prêt à commencer» en 2018 l'échange automatique d'informations pour contrer la fraude fiscale internationale, a annoncé vendredi sa vice-présidente Isabel de Saint Malo (ici). Il demande à être retiré de la liste française des paradis fiscaux. (Image d'archive)

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Les actifs des banques basées au Panama ont dépassé en 2016 les 120 milliards de dollars, un montant record atteint en dépit du scandale des Panama Papers. (Jeudi 16 mars 2017)

Les actifs des banques basées au Panama ont dépassé en 2016 les 120 milliards de dollars, un montant record atteint en dépit du scandale des Panama Papers. (Jeudi 16 mars 2017)

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Les documents «Panama Papers» dévoilés par un consortium de médias laissent apparaître le rôle joué par la filiale zurichoise de la banque russe Gazprombank dans les montages financiers de proches du président russe Vladimir Poutine. Au vu des agissements de l'établissement, la spécialiste en droit bancaire Monika Roth exige le retrait de sa licence bancaire.

Les documents dévoilés par plusieurs médias mènent également à Zurich, plus précisément vers la banque Gazprombank (Suisse), filiale helvétique de l'établissement russe éponyme aux mains du géant gazier et pétrolier Gazprom, lui-même contrôlé par Moscou. L'institut financier zurichois a ainsi ouvert plusieurs comptes, notamment au nom d'une société dont l'ayant droit économique est le violoncelliste russe Sergei Roldugin.

Un parrain de la fille de Poutine

Si M. Roldugin n'est pas particulièrement connu en tant que musicien, le natif de l'ex-Léningrad - Saint-Pétersbourg depuis la disparition de l'Union soviétique - est un ami de jeunesse de Vladimir Poutine. Il est devenu le parrain de la première fille du président russe, lui aussi né dans la 2e plus grande ville russe.

A ce titre, Gazprombank (Suisse) aurait dû pour le moins faire preuve d'une plus grande retenue à l'ouverture d'un compte lié à M. Roldugin, conformément à la législation en matière de blanchiment d'argent. Ainsi, dans le formulaire pour ouvrir un compte, M. Roldugin répond par la négative à la question de savoir s'il connaît des personnes exposées politiquement (PEP).

Comportement scandaleux

Or l'établissement zurichois n'a visiblement pas prêté attention aux déclarations de M. Roldugin, pas plus qu'aux montants en millions de francs déposés sur son compte, soit des sommes plutôt conséquentes pour un musicien. Interrogée par l'ats, l'experte en droit bancaire Monika Roth juge scandaleux de tels agissements, pour autant qu'ils soient vérifiés.

«Il est injustifiable qu'une banque omette de procéder à la déclaration portant sur les PEP et de documenter cette dernière», explique Mme Roth. Si ces soupçons devaient se vérifier, il faudrait alors retirer la licence bancaire de cet établissement. «Il n'est pas concevable que le régulateur, qui dispose d'une pratique claire en la matière depuis des décennies, tolère un comportement si grossièrement irrégulier», affirme-t-elle.

Responsabilité du conseil

Si la banque aurait dû vérifier les déclarations de M. Roldugin et notifier ses soupçons à l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA), Mme Roth se pose des questions quant à la responsabilité du conseil d'administration de Gazprombank (Suisse) et du réviseur des comptes. En vigueur depuis 1998, la loi sur le blanchiment d'argent a fait l'objet de plusieurs révisions.

«Sur la place financière suisse, personne ne peut invoquer ne pas connaître les règles relatives aux personnes exposées politiquement et à leur entourage», poursuit Mme Roth. Actuellement, le conseil d'administration de Gazprombank (Suisse) compte cinq représentants, deux Russses et trois d'origine suisse. La seule personnalité connue est le vice-président Wolfram Kuoni.

Avocat d'affaires et membre de l'UDC, Wolfram Kuoni s'était porté candidat aux élections fédérales de 2015. Selon les données du registre sur internet Moneyhouse, l'organe en charge de la révision des comptes est le cabinet d'audit et de conseils KPMG. Contactée par l'ats, Gazprombank (Suisse) n'a pas répondu aux sollicitations. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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