Hockey - Play-off: Genève, crucifié à la 118e, sort la tête haute
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Hockey - Play-offGenève, crucifié à la 118e, sort la tête haute

Berne élimine les Aigles et passe en demies en gagnant le match le plus long de l'histoire du hockey suisse. Arcobello a délivré les Ours à la fin de la troisième prolongation.

par
Christian Maillard

Le sport peut être cruel. Les Aigles se sont inclinés au terme d'une partie qui va entrer dans la légende.

Il était 0 h 56 aux Vernets quand Berne a marqué

Et, comme touché par la grâce, Robert Mayer, s'est couché, plongeant dans une deuxième dimension, sur son nuage. Comme s'il voulait que le temps ne s'arrête jamais. Durant longtemps, dans cette soirée de dingue, il a été dans sa bulle, imbattable. Jusqu'au bout de la nuit. «Quelque chose en toi ne tourne pas rond». C'était le groupe Téléphone, dans la sono de la patinoire, où il y a eu comme quelque chose d'irréel.

On le dit depuis des semaines, cette équipe de Genève-Servette, qualifiée in-extremis en play-off, n'est pas une formation comme les autres. Elle ne lâche rien et se met tout à coup à écarter les eaux alors qu'elle était en train de couler. Comme si l'Aigle sur le maillot des joueurs était devenu un phénix. Un genou à terre et un patin dans le précipice, la bande à McSorley est revenue de nulle part.

Cette fois-ci, alors que Berne semblait encore une fois supérieur à son adversaire, boum badaboum, deux coups de poignard et pour le plus grand, le plus gros, le plus fort, tout s'est écroulé comme un château de cartes. L'Ours qui tenait pourtant si fort son os l'a lâché en dix-sept secondes. Un but de Wingels, un autre de Winnik, les deux bannis revenus de suspension tenaient leur revanche à moins de trente secondes de la fin. Comme dans un rêve.

Mais si on pensait avoir tout vu avec ce Ge/Servette-là, on n'était pas encore au bout de nos surprises. Il a encore fallu aller en prolongations, pour la troisième fois dans cette série. Mais cette fois-ci on a joué 58 minutes supplémentaires! Deux matches pour le prix d'un: c'est à 0 h 56, après 118 minutes de jeu (record battu) que Berne a en effet envoyé les Grenat en vacances, pour rejoindre les demi-finales. Mais quelle soirée, quelle fin de saison, quel caractère, quels guerriers, chapeau Messieurs les Genevois.

Forcément qu'avant ce sixième acte, décisif pour les Bernois et encore porteur de tous les espoirs pour les Genevois, on voulait tous y croire. A Genève, on avait en tête de dicter d'emblée le tempo, de marquer si possible en premier, et surtout éviter de prendre des pénalités. «Ce septième match à Berne, on le veut!» clamaient-ils tous en choeur, convaincus qu'avec Mayer dans la cage rien ne pouvait leur arriver. Il est vrai qu'ils revenaient de si loin, ils n'avaient rien à perdre et leur ange gardien a encore été phénoménal...

Mais des paroles aux actes, rien ne vaut la vérité de la glace. Michael Völlmin s'est retrouvé rapidement sur le banc d'infâmie (4e) et Berne, qui séchait pourtant en power-play depuis trente-cinq minutes, a enfin allumé la lumière rouge dans cette situation spéciale. 0-1 pour le visiteur après 6 minutes, après un but d'Adam Almquist, la soirée ne pouvait pas plus mal commencer pour les Aigles.

Les Grenat ont mis du temps avant d'entrer dans la partie, comme s'ils avaient rendu les armes, résignés, que le coeur n'y était plus. S'il restait du jus dans le moteur, celui-ci a eu des ratés. Les boys de McSorley sont revenus timidement mettre le nez à la fenêtre de Leonardo Genoni, mais rien de bien transcendant.. Timothy Kast aurait même pu (dû) égaliser à la 23e, mais comment a-t-il pu rater ça?

Les Genevois semblaient avoir versé leurs dernières économies sur la glace sans succès. Car ce qui devait arriver, s'est produit dans le dernier tiers. L'Ours a grogné une deuxième fois en power-play, prouvant qu'il avait retrouvé la solution dans cet exercice. C'est André Heim qui a cette fois-ci trompé Mayer, sur un service de Tristan Scherwey, toujours dans les bons coups. On a cru alors un peu vite que la messe était dite, que Genève, malgré toute sa bonne volonté, ne parviendrait pas cette fois-ci à effacer l'ardoise. Quelle erreur!

Comme à quatre reprises dans cette série, les Bernois ont pris deux longueurs d'avance, mais à... trois fois cela n'a pas suffi. Incroyable mais vrai. Ge/Servette, qui ne voulait pas mourir comme ça, ce jeudi soir, sans un dernier soubresaut, a trouvé des ressources on ne sait où, pour égaliser. Wingels puis Winnik ont réussi l'impensable dans la dernière minute, de revenir encore une fois avec leur coeur, cette force de caractère qui renverse des montagnes. Avant qu'Arcobello ne joue encore les justiciers. On jouait la 118e minute...

Genève Servette est sorti la tête haute, ovationné par son public. Il était 0 h 56 aux Vernets...

Genève-Servette - Berne 2-3 ap 2 prol (0-1 0-0 1-1)

Les Vernets, 6877 spectateurs.

Arbitres: MM. Wiegand, Lemelin; Obwegeser et Kovacs.

Buts: 6e Almquist (5 c 4) 0-1, 48e Heim (Scherwey/5 c 4) 0-2, 60e (59'14'') Wingels 1-2, 60e (59'31'') Winnik 2-2, 118e Arcobello 2-3.

Genève-Servette: Mayer; Mercier, Fransson; Jacquemet, Martinsson; Völlmin, Bezina; Antonietti; Fritsche, Berthon, Bozon; Wingels, Richard, Winnik; Rubin, Romy, Simek; Riat, Kast, Rod; Maillard. Entraîneur: McSorley.

Berne: Genoni; Almquist, Burren; Krüger, Blum; Andersson, Gerber; Untersander, Marti; Ruefenacht, Arcobello, Moser; Sciaroni, Heim, Scherwey; Grassi, Ebbett, Berger; Boychuk, Brügger, Bieber. Entraîneur: Jalonen.

Notes: Genève-Servette sans Tömmernes, Bouma, Wick, Vukovic, Douay, Almond (blessés) ainsi que Dufner (surnuméraire). Berne sans Mursak, Kämpf, Kamerzin ni Haas (blessés). Ge/Servette évolue sans son gardien mais avec un joueur de plus de la 58e jusqu'à la fin. Temp-mort: Ge/Servette: 59''01. Chris McSorley demande un coach challenge (118e).

Pénalités: 4 x 2' contre Genève-Servette; 2 x 2', 1 x 10' (Sciaroni) contre Berne.

Le LHC battu:

Il y aura un septième match décisif entre le Lausanne HC et les Langnau Tigers samedi à Malley 2.0. En terres emmentaloises, les Vaudois se sont inclinés 4-2 lors de l'acte VI de ce quart de finale. Dans le tour de classement, Fribourg a pris la mesure de Davos dans les Grisons (1-2), tandis que Rapperswil s'est facilement imposé à Zurich (1-4). Les Fribourgeois s'emparent ainsi de la première place de ce classement composé des quatre dernières équipes de la saison régulière. Gottéron et les ZSC Lions étaient déjà assurés de sauver leur place dans l'élite, condamnant Davos et Rapperswil à disputer une finale de play-out qui débutera le 26 mars.

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