Coronavirus en Suisse romande: Genève fait fermer tous les bureaux de change

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Coronavirus en Suisse romandeGenève fait fermer tous les bureaux de change

Le canton du bout du lac applique au pied de la lettre l'ordonnance fédérale. Pour l'heure, Vaud n'a pas suivi. Les enseignes et les frontaliers pestent.

par
Jérôme Faas
Le bureau de change BNC de Thônex, implanté dans une station-service, a été condamné à contrecur par son patron.

Le bureau de change BNC de Thônex, implanté dans une station-service, a été condamné à contrecur par son patron.

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«La police a fait fermer tous les bureaux de change genevois mercredi. On ne comprend pas cette décision, s'émeut Ronan Patinec, patron des enseignes BNC. Nous exerçons une activité financière, comme les banques, qui restent ouvertes. Placés derrière une vitre blindée, nos employés sont parfaitement protégés. Et dans les cantons de Vaud et du Valais, nous n'avons pas du tout été inquiétés et nous continuons à travailler. A Bâle aussi, les bureaux sont ouverts.»

C'est le Canton de Genève, soit pour lui le Département de la sécurité, de l'emploi et de la santé (DSES), qui a ordonné ces fermetures. Il s'est basé sur l'ordonnance fédérale 2 du 13 mars, qui ordonne la fermeture des magasins en raison de l'épidémie de coronavirus. Il explique n'avoir pas agi avant en raison de ses priorités, qu'il liste: commerces, grande distribution, fermeture des frontières, contrôles des distances sociales et des regroupements. Ces mesures ayant été déployées, il peut dorénavant s'occuper «de la deuxième ligne», soit «toutes les autres entreprises et établissements». Il procède «sur la base de contrôles aléatoires» mais aussi à partir de dénonciations.

Tous les frontaliers n'ont pas l'e-banking

Les bureaux de change estimaient pouvoir rester ouverts en raison de la dérogation accordée aux banques par l'ordonnance fédérale. «Il y a un flou, et nous pensons pouvoir en bénéficier, détaille Ronan Patinec. Nous rendons service à beaucoup de frontaliers qui n'ont pas forcément accès à l'e-banking et ne veulent pas passer par les banques pour des questions de coût. Qui plus est, nos quatre guichets genevois se trouvent dans des stations-service qui, elles, sont ouvertes. Enfin, bien que nous ne réalisions aujourd'hui que de 30% à 50% de notre activité normale, cela nous permet de payer intégralement les salaires et les loyers.»

La FINMA donne raison à Genève

Porte-parole du DSES, Laurent Paoliello indique que le canton a pris le soin de contacter la FINMA (l'autorité fédérale de surveillance des marchés financiers), qui a jugé que l'exception fédérale ne pouvait s'appliquer qu'aux banques au sens strict du terme, excluant donc les bureaux de change mais aussi de transfert d'argent, comme Western Union. Genève dit savoir que d'autres cantons fonctionnent différemment, mais considère avoir raison. «Nous avons sollicité la position des autorités fédérales et la réponse a été très claire: les bureaux de change doivent être fermés dans tous les cantons.»

Bureaux vaudois ouverts

Celui de Vaud, pour sa part, n'a pas encore pris de décision formelle, mais cela ne devrait pas tarder: la FINMA lui a transmis les mêmes indications qu'à Genève. Ce jeudi, la plupart des bureaux de change y restaient néanmoins ouverts, à l'exception des bureaux de change Migros. La coopérative a choisi mercredi de tous les fermer en Suisse romande.

Amertume et requête des frontaliers

La décision genevoise ne plaît guère à Michel Charrat, le président du Groupement transfrontalier européen. «C'est un peu abrupt. Plusieurs frontaliers utilisent les changes. Bien sûr, on a d'autres partenaires, comme le Crédit agricole, qui peut changer de l'argent sans frais. Mais c'est une nouvelle difficulté qui s'ajoute à d'autres, comme les énormes attentes aux douanes.» Président de Genevois sans Frontière, Paolo Lupo remarque pour sa part que la difficulté ne se posera pas sur le change lui-même, puisque les banques restent ouvertes, mais sur les taux pratiqués. «Alors que plusieurs travailleurs frontaliers subissent déjà une diminution de salaire du fait du chômage partiel, nous demandons que les banques adoptent un taux de change spécifique "frontalier-covid-19".»

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