Genève purgera les eaux franco-suisses des micropolluants

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environnement (GE)Genève purgera les eaux franco-suisses des micropolluants

La station d’épuration de la Villette sera la première, au bout du lac, à capter les minuscules résidus chimiques. Elle traitera aussi les eaux de Haute-Savoie.

par
Jérôme Faas
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Le chantier du bâtiment dédié à l’élimination des micropolluants avec, en arrière-fond, les nouveaux bassins de traitement «classique» des eaux usées.

Le chantier du bâtiment dédié à l’élimination des micropolluants avec, en arrière-fond, les nouveaux bassins de traitement «classique» des eaux usées.

SIG
Les nouveaux bassins de la STEP agrandie et rénovée, avec en arrière-fond, la France (derrière les arbres coule le Foron).

Les nouveaux bassins de la STEP agrandie et rénovée, avec en arrière-fond, la France (derrière les arbres coule le Foron).

20 min / jef
Le chantier de la portion de la STEP dédiée aux micropolluants sera achevé fin 2023.

Le chantier de la portion de la STEP dédiée aux micropolluants sera achevé fin 2023.

20min / jef

C’est une première genevoise: d’ici fin 2023, la station d’épuration (STEP) de la Villette, à Thônex, traitera les micropolluants – des résidus de composés chimiques issus notamment des médicaments et des pesticides. Fait notable, l’installation assainira non seulement les eaux usées suisses, mais aussi françaises. Un cadeau fait à la Haute-Savoie? Non, une collaboration astucieuse qui permet non seulement de préserver l’environnement mais aussi d’alléger le coût du dispositif: celui-ci réclame d’investir 14 millions de francs. Pour bénéficier d’une subvention fédérale de 75% (10,5 millions), il était nécessaire qu’il desserve un bassin de plus de 80’000 habitants. L’objectif est atteint en y raccordant Annemasse Agglo, qui financera la moitié du solde.

«L’amont, c’est la France»

Les Services industriels genevois (SIG) et les autorités franco-suisses faisaient ce jeudi un point sur l’avancement du chantier, qui a débuté, entre 2018 et 2021,  par la rénovation et l’agrandissement de la STEP elle-même (hors micropolluants). «C’est difficile à croire, mais dans les années qui viennent, notre bassin de vie sera challengé par des débits plus faibles et surtout par la qualité de l’eau, a commenté le conseiller d’Etat Antonio Hodgers. Cette qualité, c’est très abstrait: on ouvre le robinet et c’est tout. Mais non, pour y boire une eau de qualité, il faut un travail en amont, et l’amont, c’est la France.»

1100 litres par seconde

Le futur bâtiment dédié au traitement des micropolluants récoltera donc les eaux déjà expurgées de leurs macropolluants (azote, carbone, phosphore, etc.) à la Villette et et la STEP d’Ocybèle, à Gaillard (F). Du charbon actif les captera. L’eau, libérée de ces traces chimiques, sera rejetée dans l’Arve (à raison de 1100 litres par seconde, 500 provenant de la Suisse et 660 de la France), qui alimente la nappe phréatique du Genevois, à cheval entre les deux pays. Il est à noter qu’il s’agit avant tout de préserver l’environnement, puisque l’eau potable, elle, est déjà largement exempte de micropolluants.

«L’eau et l’air n’ont pas de frontière»

Gabriel Doublet, président d’Annemasse Agglo, a souligné que ce projet constituait «une vraie et grande réussite transfrontalière. On a tant de choses à partager dans ce bassin de vie. On doit régler nos problématiques en commun. L’eau et l’air n’ont pas de frontière.» Et en l’occurrence, les législations différentes sont à l’avantage de tous. «On a adopté les standards les plus élevés en la matière», en l’occurrence les suisses, qui vont «bien au-delà des exigences françaises et européennes».

La Suisse avance à toute allure

Cette installation de traitement des micropolluants n’est ainsi que la troisième de France. En Suisse, en revanche, vu l’évolution de la législation en 2014, la machine est en marche: d’ici 2035, une centaine de STEP, sur les 700 que compte le pays, devront être mises à niveau. Celle d’Yverdon, par exemple, est en train d’achever sa mue. A Genève, il est prévu que les STEP d’Aïre, en 2026, et du Bois-de-Bay, en 2030, soient en mesure de s’attaquer aux micropolluants.       
      

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