Suisse romande – Genève recommande à Smood de mieux rémunérer ses livreurs

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Suisse romandeGenève recommande à Smood de mieux rémunérer ses livreurs

La Chambre des relations collectives de travail de Genève a pris position dans le cadre de la grève des livreurs, à la satisfaction des syndicats.

Grève des livreurs Smood soutenus par le syndicat UNIA, devant l'église Saint-Laurent à Lausanne.

Grève des livreurs Smood soutenus par le syndicat UNIA, devant l'église Saint-Laurent à Lausanne.

20min/Gabriel Nista

A en croire les syndicats Unia et Syndicom, c’est un pavé dans la mare qu’a lancé la Chambre des relations collectives de travail du Canton de Genève (CRCT). Saisie par les autorités afin de permettre une conciliation dans le cadre de la grève des livreurs de Smood entamée en novembre, dans plusieurs cantons romands, elle a émis une série de recommandations qui vont dans le sens d’une meilleure rémunération globale des travailleurs et d’une planification de l’activité plus prévisible. 

Les syndicats indiquent que la CRCT s’est prononcée sur des «points centraux». La Chambre a ainsi notamment estimé qu’il fallait garantir un minimum de 17 heures hebdomadaires aux livreurs et le paiement de toutes les heures de travail, y compris le temps d’attente. Elle recommande en outre l’application du salaire minimum de 23 francs de l’heure, une indemnisation correcte des frais effectifs et une répartition transparente des pourboires.  

Portée nationale

Par voie de communiqué, les deux associations de défense des employés se sont félicitées d’une position favorable de la Chambre. Elles exigent de Smood qu’elle suive ces recommandations au niveau suisse et demandent aux autorités de mieux encadrer «l’économie de plateforme». Pour Roman Künzler, responsable de la branche logistique et transport d’Unia, ces recommandations constituent un pas important, notamment parce qu’elles ont une portée nationale. «C’est la première fois, en Suisse qu’il y a une appréciation de la part des autorités dans le domaine de l’économie de plateforme.» D’après le responsable syndical, même s’il ne s’agit que d’une recommandation, il sera «difficile de l’ignorer». 

Lutter contre l’ubérisation

Smood a salué lundi les conclusions de la CRCT et souligné «que sur les neuf recommandations effectuées, sept d’entre elles, et parmi celles-ci les plus importantes, sont déjà mises en oeuvre chez Smood». L’entreprise estime que «ces recommandations reflètent bien les discussions qui ont eu lieu durant les 2 mois de CRCT et la proposition d’accord qui a été formulée aux syndicats et refusée par ces derniers». S’agissant des deux dernières recommandations, Smood «demande à ce que l’ensemble des acteurs de la branche soient soumis à la même réglementation».

Dans un communiqué publié vendredi, la plateforme assurait que dès le 26 février prochain, le salaire de base sera augmenté à 23 francs de l’heure. Les jours fériés seront payés, l’indemnité pour «l'utilisation effective du véhicule privé» sera revue à la hausse et une participation de 20 centimes/heure sera réglée pour l’utilisation du téléphone privé, ajoute l’entreprise genevoise. Celle-ci promet aussi une «visibilité totale» des décomptes d'heures de travail, une «transparence complète» des bonus ainsi qu’une «meilleure visibilité du planning d’engagement». Smood enjoint les autorités à «lutter contre l’ubérisation» de son secteur d’activité et assure que son modèle «est le bon». Directeur général de la plateforme, Marc Aeschlimann estime que «si notre métier demande une grande flexibilité, celle-ci ne doit pas s’obtenir au détriment de la sécurité qu’offre le salariat.» 

L’Etat veut donner suite

Les avancées dans le dossier Smood ne signent pas la fin des négociations. C’est du moins ce que souhaite le Département de l’économie et de l’emploi (DEE). «La Chambre a fourni aux parties des éléments concrets sur lesquels poursuivre les pourparlers, relève Fabienne Fischer, conseillère d’Etat chargée du DEE. C'est sur cette base que je m'apprête à les convoquer pour les inviter à reprendre le plus rapidement possible les négociations.» Le Département a également fait savoir qu’il allait entamer une analyse «sous l'angle de la loi sur le travail, du salaire minimum cantonal et de la loi sur la location de services».

(mpo)

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