Votations du 29 novembre: Genève tient mordicus à préserver sa zone agricole
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Votations du 29 novembreGenève tient mordicus à préserver sa zone agricole

Le peuple ne veut pas déclasser 2,5 hectares de terres pour régulariser une activité de recyclage de gravats.

par
Jérôme Faas
La sablière du Cannelet, à Avusy, dispose de trois ans pour quitter les lieux et les remettre en état.

La sablière du Cannelet, à Avusy, dispose de trois ans pour quitter les lieux et les remettre en état.

TDG – P. Abensur

Les Genevois font une crise d’urticaire dès qu’il s’agit de toucher à la zone agricole. Ils l’ont à nouveau montré hier, en refusant largement, à 65,52%, de régulariser la situation de la Sablière du Cannelet. Depuis une vingtaine d’années, cette entreprise re­cycle des matériaux de démolition à Avusy, en pleine campagne. Une activité illégale puisque industrielle, mais tolérée par le Canton car utile. Le peuple a dit stop.

«On reporte le problème chez nos voisins»

Le Conseil d’État «prend acte de ce refus net. Il donne trois ans à l’entreprise pour fermer et remettre les lieux en état», a indiqué le magistrat Antonio Hodgers, qui relève que les camps étaient «extrêmement fragmentés, chacun appelant à voter au nom de l’environnement». Le WWF et Pro Natura défendaient d’ailleurs deux positions opposées. Le Vert a toutefois souligné «qu’on ne règle pas le problème, on le reporte chez nos voisins», comme avec les mâchefers envoyés sur Vaud faute de solution genevoise. La Sablière traitait 150’000 tonnes de gravats par an, 25% de la production du bout du lac. «Il ne faut pas se bercer d’il­lusions, on ne trouvera pas 2,5 hectares comme ça», a averti l’élu. Il a néanmoins qualifié de «sain» l’attachement des Genevois à la zone agricole, lui-même disant «partager l’idée de la sanctuariser si possible». Mais il s’est en revanche déclaré «inquiet du manque de vision globale. Pour le recyclage, les logements, les écoles, à chaque fois on dit oui, mais pas comme ça et pas ici.»

Pas de «prime à l’illégalité»

«Dès qu’on parle construction, c’est un non de principe, déplore Delphine Bachmann, présidente du PDC. Ce symbole m’inquiète. Aucun projet n’est parfait. Faire l’autruche est irresponsable.» Mais pour son homologue Verte Delphine Klopfen­stein Broggini, ce refus est «une très bonne nouvelle. Il faut cesser de pressuriser la zone agricole. Et il y a l’éthique: donner une prime à l’illégalité n’allait pas.» Le co-président du Parti socialiste, Romain de Sainte Marie, juge également que le caractère illégal de la gravière a lourdement pesé. Il constate aussi que «même s’il ne faut pas mélanger les projets industriels et locatifs, déclasser une zone agricole à Genève devient très difficile». Ce dont Bertrand Reich, le président du PLR, se réjouit. «Les Genevois ont pris conscience que déclasser n’était pas une décision technocratique et abstraite. La zone agricole est extrêmement réduite à Genève, en ôter une partie est lourd de conséquences. Nous en avons besoin pour faire pousser du blé, pour nourrir les animaux.»

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