Asile: Genève trop concurrentiel pour réussir l’intégration des réfugiés
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AsileGenève trop concurrentiel pour réussir l’intégration des réfugiés

Le canton du bout du lac est à la traîne concernant l’emploi des personnes exilées. Les associations estiment que l’on peut mieux faire.

par
Maria Pineiro
Manifestation contre une modification de la loi sur l’asile.

Manifestation contre une modification de la loi sur l’asile.

Laurent Guiraud/TDG

En 2020, le taux d’employabilité des personnes admises à titre provisoire s’élevait à 25,6 % à Genève, contre 46% en moyenne suisse. S’agissant des réfugiés reconnus, les taux se montent à 15,1% contre 37,55% au niveau du pays (lire encadré). Le canton du bout du lac est ainsi la lanterne rouge suisse. Interrogé par la Cour des comptes sur les raisons de ce mauvais classement, le Secrétariat d’État aux migrations a émis plusieurs hypothèses: «Genève aurait priorisé les programmes occupationnels plutôt que qualifiants et manquerait de stratégie. Les aides sociales pourraient également constituer un frein à l’employabilité.» Des thèses battues en brèche par les associations qui épaulent requérants d’asile, personnes admises à titre provisoire et réfugiés.

Secteur tertiaire hypertrophié

Pour Aldo Brina, chargé d’information sur l’asile au Centre social protestant Genève, et Dominique Froidevaux, directeur de Caritas Genève, la première raison de ces mauvais résultats tient à la structure du marché de l’emploi local. «Il y a peu d’agriculture et d’industrie, contre un secteur tertiaire beaucoup plus développé. Ainsi, les entreprises recherchent plutôt du personnel très qualifié et spécialisé.» Et c’est là que le bât blesse. Soit les migrants sont peu formés et ne correspondent pas à la demande, soit ils l’ont été dans leur pays d’origine, mais leurs diplômes ne sont pas reconnus dans l’immédiat. «Lever les obstacles administratifs est une nécessité absolue, insiste Dominique Froidevaux. Il est également important que les jeunes réussissent des formations qualifiantes. Pour les personnes plus âgées, il faut privilégier le parcours expérientiel.» Par ailleurs, ajoute Aldo Brina, «le taux de chômage élevé semble être la première caractéristique notoire du marché de l’emploi genevois. Il ne s’agit donc pas uniquement d’une question de tertiarisation».

Emplois peu attractifs?

Le directeur et le chargé d’information estiment tous deux que l’aide sociale ne constitue pas un frein à l’employabilité. «Les montants n’ont pas été indexés au coût de la vie au moins depuis le début des années 90, précise Aldo Brina. Il peut néanmoins arriver que les salaires d’emplois effectués à temps partiel ne soient pas attrayants par rapport à des aides qui sont souvent complétées par des indemnités reçues en échange de contre-prestations. Notre travail consiste à expliquer l’intérêt à long terme d’un emploi par rapport à un revenu composé d’aide sociale et de contre-prestation.» De son côté, Dominique Froidevaux s’interroge: «Les emplois envisageables pour les migrants sont-ils attractifs compte tenu des prix pratiqués à Genève?»

«Débloquer des budgets»

Quant à un manque de stratégie globale, le directeur de Caritas estime qu’il s’agit avant tout pour les associations de convaincre les élus de voter les budgets liés aux projets. «Nous travaillons à établir des pratiques innovantes, se réjouit Dominique Froidevaux. Ce qu’il nous faut, c’est de la cohérence autour de visions, c’est éviter les divisions. Les projets existent, encore faut-il que les élus acceptent de débloquer les budgets au-delà de leurs appartenances partisanes.»

Selon les deux spécialistes, la clé pour améliorer l’intégration professionnelle tient à la formation. «Par le passé, l’accès à des cours, notamment à des leçons de langues, a été problématique, souligne Aldo Brina. Le cours n’était souvent pas adapté à l’élève.» Le chargé d’information du CSP estime que Genève, contrairement à d’autres cantons, a par ailleurs tardé à adopter un suivi personnalisé des requérants et des réfugiés. «L’individualisation, c’est ce qui fonctionne», insiste-t-il.

Statistiques pertinentes?

Genève est-il réellement le dernier de classe en termes d’intégration professionnelle des requérants d’asile, des personnes admises à titre provisoire et des réfugiés? Un article de 2018 du journal «Entreprises romandes» suggère que ces seuls chiffres ne suffisent pas à se faire une idée claire de la situation. Ainsi, outre les questions liées au marché de l’emploi, le journal relève que Genève mène une politique de permis d’établissement très active. Dès lors, le canton octroie des permis B à nombre de requérants ou personnes provisoirement admises en emploi. Ces derniers sortent des statistiques d’employabilité et font donc baisser le taux. Il en a été de même jusqu’en 2017 s’agissant des naturalisations de ces catégories d’habitants.

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