Covid: Genève ulcéré par les mesures envisagées par Berne
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CovidGenève ulcéré par les mesures envisagées par Berne

Le Conseil fédéral veut reprendre la main sur les cantons en matière de limitations Covid. Il prévoit notamment de fermer les restaurants à 19h, dès samedi. Colère du Conseil d’Etat genevois, qui avait fixé la limite à 23h.

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dra/jef/lhu
Le conseiller d’Etat genevois Mauro Poggia, chargé du Département genevois de l'emploi et de la santé. 

Le conseiller d’Etat genevois Mauro Poggia, chargé du Département genevois de l'emploi et de la santé.

KEYSTONE/Martial Trezzini

Mine défaite, regard noir: conseiller d’Etat genevois chargé de l’emploi et de la santé, Mauro Poggia se dit «très fâché» de l’annonce du Conseil fédéral ce mardi soir. Ce dernier prévoit en effet de reprendre la main sur les cantons en matière de restrictions liées à la deuxième vague du Covid. Il met en consultation diverses mesures, dont une fermeture des restaurants et magasins à 19h, dès samedi prochain et jusqu’au 20 janvier, et ce alors que le gouvernement genevois annonçait hier (ndlr: lundi 7 décembre) que les établissements pourraient rouvrir jusqu’à 23h jeudi. En clair, le service du soir sera condamné dans les restaurants si le Conseil fédéral confirme sa position vendredi, au terme de sa consultation auprès des cantons.

Suisse alémanique étrillée

Pour Mauro Poggia, invité sur le plateau du 19h30 de la RTS, le projet fédéral est «irrespectueux pour les cantons romands qui ont assumé leurs responsabilités sanitaires tout en s’engageant auprès des milieux économiques. Cela fait pourtant des semaines que lorsque nous le consultions, le Conseil fédéral nous répétait que c’était aux cantons d’agir.»

Interrogé par «20 Minutes», le magistrat MCG enfonce le clou. «Nous nous sommes pris des claques depuis un mois et demi, nous avons été attaqués pour les mesures sanitaires que nous avons prises, les commerçants et les restaurateurs ont fait des sacrifices… Et là, la Confédération reprend la main parce que les cantons suisses allemands n'ont, eux, pas été capables de prendre des mesures. On a toujours su que les considérations économiques prenaient le pas sur le sanitaire en Suisse alémanique. Les cantons alémaniques ne prennent pas facilement des mesures sanitaires. On a l'impression de payer pour les autres.»

Une consultation pour rien?

Selon Mauro Pioggia, «d'expérience, les décisions finales ne s'éloignent pas des propositions annoncées. Les consultations, c'est pour se donner bonne conscience. C'est une immense hypocrisie!» Le conseiller d’Etat admet que les hospitalisations ne baissent plus autant qu'avant, mais estime que rouvrir était un arbitrage proportionné entre impératifs sanitaires, économiques et sociaux. «Là, on nous dit: votre appréciation n'est pas la bonne. C'est un camouflet institutionnel que l'on ne va pas oublier de sitôt. On a souffert avant pour pouvoir respirer, et maintenant qu'on respire, on nous met un chiffon dans la bouche.»

«Autant nous abattre!»

Président de la Société des cafetiers et restaurateurs genevois, Laurent Terlinchamp est atterré par une possible fermeture obligatoire des établissements à 19h. «Et pourquoi pas nous fermer à quatre heures de l’après-midi? Comment voulez-vous qu’on survive comme ça? Autant nous abattre tout de suite! Ma seule réponse c’est: ça suffit!» Pour le dirigeant, «toute une économie est en train de mourir. Imaginez que ça dure des années: à chaque fois qu’il y aura une poussée, ils vont tout fermer…. Il va falloir trouver une solution.»

Laurent Terlinchamp réclame un plan d’aide fédéral à la hauteur des besoins. Il juge parallèlement «scandaleux de laisser les cantons se débrouiller quand tout va bien en Suisse alémanique, et dès que ça va mal là-bas, de reprendre la main et tout fermer. Pourquoi on laisse une partie de la population crever? Ce n’est pas normal. Je ne sais pas quoi vous dire, j’ai juste envie de chialer.»

Cinémas fermés et aides supplémentaires

Parmi les autres restrictions mises en consultation, le Conseil fédéral entend garder les cinémas et les théâtres fermés, alors que Genève avait prévu de les rouvrir prochainement, certes avec une jauge extrêmement basse de 50 spectateurs. Les magasins seraient aussi obligés de fermer à 19h, alors que le canton du bout du lac avait fixé un horaire à 20h le samedi.

Par ailleurs, le Département fédéral des finances, en collaboration avec celui de l'économie, de l'intérieur et de la justice et police, a été chargé par le gouvernement d'étudier «les mesures possibles pour indemniser les branches les plus touchées.»

La grande argentière dénonce «l’inacceptable»

Conseillère d’Etat chargée des finances genevoises, Nathalie Fontanet est hors d’elle. Les mesures du Conseil fédéral sont «dramatiques et inacceptables. C’est du yo-yo. Berne n’a cessé d’invoquer l’autonomie cantonale lorsqu’il s’agissait d’agir. Notre situation s’est améliorée, et là, la Confédération nous passe par-dessus. Elle adresse un message illisible à l’économie et aux citoyens. Nous sommes en guerre contre la pandémie. Dans une guerre, les armées doivent partir unies au combat. Sauf que désormais, on a d’un côté les cantons, et de l’autre, la Confédération, qui nourrit le conflit et la révolte.»

La magistrate PLR craint beaucoup pour les milieux économiques, notamment les indépendants. Elle espère de nouvelles aides financières, comme semble l’envisager Berne, mais reste dubitative. Le Conseil fédéral parle d’indemniser «les branches les plus touchées». Un non-sens, selon Nathalie Fontanet: «Si on prend des mesures drastiques, alors il faut tout fermer pendant plusieurs semaines, le temps que la pandémie soit terminée, et le Département de Monsieur Maurer (ndlr: conseiller fédéral chargé des finances) doit indemniser tout le monde

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1608 commentaires
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Un employé de la restauration

09.12.2020, 23:20

Avant de me lire, mon commentaire n'a rien à voir avec l'article. J'ai passé 10 minutes à écrire un commentaire qui n'a pas été publié.😅 Ayant un cerveau, j'ai reformulé mon écrit perdant 10 minutes supplémentaires et quand j'ai appuyé sur publier, les commentaires avaient été désactivés. J'ai voulu commenter à propos de l'article qui parle de l'arnaque à une caisse de chômage vaudoise (commentaires désactivés). Alors j'ai essayé l'article qui parle du mécontentement des restaurateurs (commentaires désactivés). J'attends toujours un article qui parle du non paiement des salaires du mois de novembre aux 30'000 employés de l'hôtellerie et de la restauration en suisse romande. Est-ce que c'est une question à ne pas poser à nos gouvernants? 30'000 personnes qui achètent dans vos magasins, font les courses, payent des loyers, assurances maladie. 30'000 personnes qui vivent en suisse, pas des frontaliers. Maintenant vous pouvez appuyer sur la touche absurde!!! Et pas de censure svp.

Un peu de réflexion

09.12.2020, 21:19

Avec la diminution des gens dans les supermarchés, on reste plus longtemps dans le vase clos qu'est devenu le bâtiment où sont les commerces. Avant, on pouvait faire ses courses en 10-15 mn en côtoyant un minimum de personnes et on ressortait. Maintenant tu restes souvent au même endroit pendant plus de 30 mn avec plus de monde autour vu les files d'attente de tous les commerces. Du coup, tu dois côtoyer pendant plus d'une heure des centaines de personnes. Ou quand les mesures voulues sont à rebours du bon sens.

Je suis avec eux

09.12.2020, 21:02

Magnifique la manifestation des paysans de l'Inde. :o)D Quand tu vois la foule... aucun masque :o)D et le coronavirus ont fait fi... Ils ont des soucis plus importants. J'espère que vous nous tiendrait au courant 20 mn.