Cambodge: Gouvernement et opposition crient victoire

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CambodgeGouvernement et opposition crient victoire

L'opposition a accru la tension mercredi au Cambodge en revendiquant la victoire aux élections législatives de dimanche aux dépens du parti au pouvoir du Premier ministre Hun Sen.

Le résultat des élections cambodgiennes reste incertain.

Le résultat des élections cambodgiennes reste incertain.

Yim Sovann, député et porte-parole du Parti du Sauvetage national (CNRP) mené par l'opposant Sam Rainsy, a déclaré que sa formation avait, selon son propre comptage, remporté 63 des 123 sièges en lice, contre 60 pour le Parti du peuple cambodgien (CPP) de Hun Sen.

«Ce résultat correspond aux chiffres collationnés dans différentes provinces, cela doit faire l'objet d'une enquête», a-t-il dit à Reuters.

À l'issue du scrutin, le gouvernement a annoncé que le CPP, au pouvoir depuis 28 ans, s'était adjugé 68 sièges à l'Assemblée nationale, contre 55 au CNRP. Ce résultat constitue déjà un recul important pour le CPP, qui avait 90 élus dans le parlement sortant, contre 29 à l'opposition.

Intimidations dénoncées

Le scrutin s'est déroulé globalement dans le calme, mais la tension était perceptible mercredi à Phnom Penh, la capitale, où police et armée patrouillaient dans les rues.

Sam Rainsy a estimé lundi que plus de 1,2 million de noms ne figuraient pas sur les listes électorales, et a jugé que la campagne électorale de l'opposition avait souffert d'intimidations et d'un accès limité aux médias.

«Plus de 10'000 observateurs du pays et plus de 100 observateurs internationaux ont considéré que nos élections avaient eu lieu de façon pacifique, dénuée de toute violence, libre et équitable», lui a répondu mardi Ouch Borith, secrétaire d'Etat au ministère des Affaires étrangères.

«On devrait demander au parti d'opposition de donner franchement les preuves de ses allégations d'irrégularités», a-t-il ajouté.

HRW demande une enquête indépendante

Sur le plan international, les Etats-Unis et l'Union européenne (UE) ont manifesté leurs préoccupations, mais ils ont jugé que la Commission électorale nationale du Cambodge était seule habilitée à enquêter sur les soupçons de fraude.

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a demandé en revanche mercredi l'ouverture d'une enquête indépendante, en affirmant que certains responsables du CPP avaient apparemment fourni de faux bulletins de vote et autorisé certains électeurs à voter dans plus d'un bureau.

«Le système multiple de vote suggère la possibilité d'une fraude électorale systématique de la part du CPP et soulève de graves questions quant à la crédibilité du scrutin», a déclaré Brad Adams, directeur de HRW pour l'Asie.

Croissance, mais

Sous le gouvernement de Hun Sen, le Cambodge, en ruines après le génocide khmer rouge de la fin des années 1970, s'est transformé en l'une des économies les plus dynamiques d'Asie,

La croissance s'est cependant accompagnée d'une montée des tensions sociales alimentées par les mauvaises conditions de travail dans un pays de 14 millions d'habitants où un tiers de la population vit avec moins de 50 centimes d'euro par jour. (ats)

Le Premier ministre soutient une enquête sur les fraudes

Le Premier ministre cambodgien Hun Sen s'est dit prêt mercredi au dialogue avec l'opposition et à une enquête sur les accusations de fraudes après les législatives serrées et contestées de dimanche.

La Commission électorale nationale (NEC) va mettre en place un processus pour examiner les accusations de fraudes «avec la participation des partis politiques et des organisations de la société civile», a indiqué l'homme fort du pays lors de ses premières déclarations publiques depuis le scrutin de dimanche. Il a salué ce processus, dans le but de faire preuve de «transparence et de permettre une solution acceptable par tout le monde».

Mais il n'a pas évoqué la participation de l'ONU, alors que l'opposition a réclamé la création d'un comité incluant partis, société civile et représentants des Nations unies pour enquêter sur des irrégularités qu'elle a jugées massives.

«Nous sommes prêts à ouvrir des discussions entre les partis politiques qui ont des sièges au parlement», a-t-il assuré. «Je pense que les partis vont certainement faire des compromis, c'est inévitable».

A 60 ans, Hun Sen est l'un des plus anciens dirigeants d'Asie. Symbole de la stabilité et de la paix pour beaucoup de Cambodgiens, il a présidé à la transformation d'un pays émergeant de décennies de guerre civile et devenu l'une des économies les plus dynamiques de la région.

Mais son gouvernement est régulièrement accusé de réduire ses opposants au silence. Et il a du mal à contenir un fort mécontentement social et une colère croissante face à l'impunité des forces de l'ordre et à la confiscation des terres au profit d'entreprises étrangères et des élites.

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