Indonésie: Grâce à leur rate, les Bajau plongent plus longtemps
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IndonésieGrâce à leur rate, les Bajau plongent plus longtemps

Les Bajau, surnommés les «nomades de la mer», sont célèbres pour leurs plongées de longue durée. Ils disposent surtout d'une rate plus grande et d'un gène unique.

par
Pascal Schmuck
Zurich
Les Bajau ne plongent qu'avec un masque en bois qu'ils fabriquent eux-mêmes.

Les Bajau ne plongent qu'avec un masque en bois qu'ils fabriquent eux-mêmes.

AFP

Les Bajau en Indonésie sont connus pour leurs performances sous l'eau. Depuis des siècles, ces indigènes, surnommés les «nomades de la mer», pêchent poissons et fruits de mer avec pour seuls équipements des harpons, des poids et des masques de bois. Certains peuvent tenir leur respiration plus de dix minutes et plonger à près de 70 mètres.

Une étude scientifique parue dans la publication Cellexplique désormais la raison de ces prouesses. Les Bajau ont développé des rates plus grandes qui leur permettent d'utiliser l'oxygène plus efficacement.

Une rate plus grande

L'équipe dirigée par Melissa Ilardo de l'Université de Cambridge a pris des échantillons génétiques et scanné la rate des Bajau et de leurs cousins qui habitent sur terre, les Saluan. Les deux peuples vivent à Sulawesi (Celèbes).

Les résultats ont montré que les Bajau avaient en moyenne une rate plus grande de 50% que celle des Saluan. Cet organe est important en matière de plongée car il libère davantage d'oxygène dans le sang lorsque l'organisme est placé dans une situation de stress, comme lorsqu'une personne retient son souffle.

Un gêne unique

Les chercheurs ont également découvert que les Bajau qui ne plongeaient pas avaient la rate tout aussi démesurée que ceux qui allaient régulièrement pêcher, ce qui prouve que cette adaptation est génétique et non acquise.

Les Bajau disposent dans leur patrimoine d'un gène dénommé PDE10A que les Saluan par exemple n'ont pas. Ce gène contrôle les niveaux de l'hormone thyroïdienne T4, liée à la taille de la rate.

Chez les souris, ce gène «est connu pour réguler l'hormone thyroïdienne qui contrôle la taille de la rate, ce qui soutient l'idée que les Bajau ont peut-être évolué pour que leur rate dispose de la taille nécessaire pour accompagner leurs longues et fréquentes plongées», a souligné l'étude.

Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer la façon dont cette hormone affecte la taille de la rate des humains. En attendant, cette découverte pourrait accélérer la recherche médicale sur la façon dont le corps réagit au manque d'oxygène dans différentes circonstances, comme la plongée mais aussi l'altitude, une intervention chirurgicale ou une maladie pulmonaire.

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