Nigeria: Grève générale: cinq morts
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NigeriaGrève générale: cinq morts

Plusieurs milliers de personnes se sont réunies dans les rues de Lagos pour protester contre la hausse du prix du carburant. Au moins cinq personnes ont perdu la vie dans des heurts avec la police.

Le mouvement de protestation contre la hausse du prix du carburant a réuni des milliers de personnes dans l'ancienne capitale du Nigeria, Lagos.

Le mouvement de protestation contre la hausse du prix du carburant a réuni des milliers de personnes dans l'ancienne capitale du Nigeria, Lagos.

Cinq manifestants ont été tués, dont quatre par balles lundi au Nigeria où des heurts ont opposé manifestants et policiers, ont déclaré des responsables.

Deux personnes ont été tuées à Kano, la métropole du Nord, où une trentaine de manifestants ont été blessés, dont 18 par balles, au premier jour d'une grève générale nationale, a-t-on précisé de source hospitalière.

Selon un responsable syndical, un troisième manifestant a été abattu par la police dans la capitale économique, Lagos, où avait également lieu une manifestation contre le doublement du prix de l'essence.

«Nous venons d'apprendre qu'une personne a été abattue par la police à Lagos», a déclaré Abdulwahed Omar, président du Congrès national du travail, lors de manifestations à Abuja, la capitale fédérale du Nigeria.

A Kano, la police a lancé des grenades lacrymogènes et tiré en l'air contre des milliers de manifestants qui tentaient d'envahir les bureaux du gouverneur de l'Etat. Ils ont également tenté d'incendier le domicile du gouverneur de la Banque centrale Lamido Sanusi.

«Au total nous avons 30 blessés, dont dix-huit par balles», a indiqué le responsable de la Croix-Rouge à Kano Musa Abdullahi. Les deux morts de Kano, agés de 25 et 27 ans, ont succombé à leurs blessures, a déclaré plus tard une source hospitalière.

Forte mobilisation

Plusieurs milliers de personnes sont descendues dans les rues à Lagos dans la cadre de cette grève générale.

En début de matinée, des jeunes ont bloqué un important axe routier en enflammant des pneus, jetant des pierres sur les policiers. «Bad Luck Jonathan» (Jonathan la malchance), criaient certains, en détournant le prénom du président nigérian, Goodluck (bonne chance) Jonathan.

Les rues de Lagos, habituellement embouteillées, étaient complètement vides, à l'exception des manifestants.

Brusque hausse des prix

Les syndicats exigent que le gouvernement rétablisse les subventions aux carburants, dont la suppression le 1er janvier a entraîné une brusque hausse des prix de l'essence.

Le litre à la pompe est ainsi passé de 65 nairas (0,30 euro) à au moins 140 nairas (0,66 euro).

L'Assemblée nationale avait adopté dimanche une motion demandant au gouvernement de faire marche arrière. Les parlementaires ont également exhorté, sans succès, les syndicats à «suspendre leur projet de grève générale et à participer à un dialogue approfondi sur cette question».

Cette grogne sociale, qui risque de paralyser le pays, intervient sur fond de tensions interconfessionnelles grandissantes et d'attentats meurtriers.

Depuis les sanglants attentats du jour de Noël qui avaient fait au moins 49 morts, six nouvelles attaques contre des chrétiens dans le nord, majoritairement musulman, ont fait plus de 80 morts.

La majorité de ces raids ont été revendiqués par Boko Haram, groupe islamiste qui réclame l'application de la charia (loi islamique) dans l'ensemble du pays.

Une mosquée attaquée

Des manifestants protestant contre la hausse des prix du carburant ont attaqué lundi une mosquée à Benin City dans le sud du Nigeria. Plusieurs personnes ont été blessées dans cet incident, ont déclaré la police et des témoins.

Un groupe de manifestants a quitté le cortège pour tenter d'incendier la mosquée qui se trouvait sur la rue principale et attaquer un bureau de change tenu par un musulman, situé à proximité.

Un correspondant de l'AFP a vu la police emmener un homme blessé à la tête d'un coup de machette. Selon un responsable de la Croix- Rouge, dix personnes au total ont été blessées.

Le responsable régional de la police, le commissaire Femi Omojola, a déclaré de son côté qu'»on avait tenté de mettre le feu à la mosquée dans le centre de la ville. Il y a eu quelques blessés», a-t-il dit, qualifiant leurs blessures de légères. Il a ajouté que la manifestation avait été dans l'ensemble pacifique.

Des dizaines de milliers de Nigérians sont descendus dans la rue lundi pour manifester contre un doublement du prix de l'essence. Au moins un manifestant a été tué par balles dans la capitale économique Lagos.

A Kano, principale agglomération du nord, la police a lancé des gaz lacrymogènes et tiré des coups de feu en l'air pour empêcher des milliers de manifestants d'accéder au bureau du gouverneur, a constaté un correspondant de l'AFP. «Au total nous avons 30 blessés, dix-huit d'entre eux ont été blessés par balles», a indiqué le responsable de la Croix-Rouge à Kano Musa Abdullahi.

Ce mouvement social intervient alors que le pays est le théatre d'un regain de tension entre chrétiens et musulmans après que le groupe islamiste Boko Haram eut tué plusieurs dizaines de catholiques et protestants dans des attentats depuis Noel.

Pas de «guerre de religion»

Ces violences ne sont pas «une guerre de religion», mais répondent à des intérêts visant à la désintégration de la fédération, a déclaré le cardinal Anthony Olobunmi Okogie, archevêque de Lagos.

«Il n'y pas de guerre de religion en cours au Nigeria, mais une féroce persécution qui trouve ses sources dans des ambitions de pouvoir et des causes économiques. Ils veulent désintégrer la fédération, mais n'y réussiront pas», a-t-il indiqué dans une interview publié par le site internet Vatican Insider.

Le pape Benoît XVI a pour sa part déploré lundi que l'objectif de la réconciliation et du respect de «toutes les ethnies et religions» soit encore lointain en Afrique, notamment au Nigeria.

Dimanche, Goodluck Jonathan a admis pour la première fois que Boko Haram disposait de soutiens et de sympathisants au sein du Parlement, de la justice et des services de sécurité. Selon lui, les violences antichrétiennes actuelles sont «pires» que la guerre civile des années 1960.

(afp)

Couvre-feu dans la métropole du Nord

Un couvre-feu nocturne a été imposé lundi dans la principale ville du Nord du Nigeria, Kano, après des affrontements meurtriers entre policiers et manifestants au premier jour d'une grève générale contre la hausse des prix du carburant, ont déclaré les autorités.

«Après les incidents qui se sont produits aujourd'hui quand des voyous ont profité d'une manifestation pacifique appelée par les syndicats, le gouvernement de l'Etat (de Kano) a imposé un couvre-feu nocturne d'une durée de 14 heures», a déclaré le responsable régional de l'information Faruk Jubril.

Aussi à Gusau

La police a décrété lundi un couvre-feu nocturne dans la ville de Gusau, capitale de l'Etat de Zamfara, dans le nord du Nigeria, après que des manifestants qui protestaient contre la hausse des prix des carburants eurent attaqué une église.

«Des vandales» ont brisé les fenêtres d'une église baptiste, mais il n'y a pas eu de blessés, a déclaré Tambari Yabo, porte-parole de la police de cet Etat. La police a procédé à 19 arrestations, a-t-il indiqué.

«A la suite d'une tentative de troubler la paix commise par des éléments antipatriotiques qui ont profité de la manifestation et ont attaqué l'église baptiste Ebenezer, un couvre-feu du crépuscule à l'aube est par la présente déclaré à Gusau», a déclaré le porte-parole.

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