Droits TV: Grogne chez les fans de hockey «pris en otage»
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Droits TVGrogne chez les fans de hockey «pris en otage»

Le câblo-opérateur UPC, détenteur des droits de diffusion, verrouille les négociations avec la concurrence. Les clients de Swisscom s'énervent.

par
Oliver Dufour

Le combat des diffuseurs TV pour s'approprier la diffusion de grands événements et championnats sportifs frappe de plein fouet la Suisse depuis plusieurs mois. Jusqu'alors épargné par sa petite taille, sa complexité et sa diversité linguistique et culturelle, le pays doit soudain composer avec les notions de «surenchère» et d'«exclusivité» en matière d'images de sport à la télévision. Une donne qui a de quoi perturber plus d'un téléspectateur helvétique, alors que la situation touche l'Europe qui nous entoure depuis bien des années déjà. Nombre de ces consommateurs ont d'ailleurs exprimé leur incompréhension, voire leur colère. Le motif de leur frustration la plus récente? La diffusion du championnat de suisse de hockey sur glace, qui démarre jeudi soir.

La saison dernière, ces clients de Swisscom passaient par les chaînes payantes de Teleclub pour suivre leurs équipes favorites. C'en est fini. Les droits de diffusion de la National League ont été achetés à grands frais par le câblo-opérateur UPC à la fin du dernier exercice, après avoir remporté les enchères de Swiss Ice Hockey contre Swisscom, qui les contrôlait depuis 2006. Les matches seront désormais diffusés sur abonnement auprès d'UPC via la chaîne MySports. Pour rythmer à nouveau leurs soirées au salon au rythme des slapshots et des bodychecks, les voilà contraints de résilier leur abonnement Swisscom pour en contracter un nouveau auprès de la concurrence.

«Hors de question de tout changer»

«Bien sûr, nous avons perdu certains clients qui voulaient absolument pouvoir suivre des matches de LNA, mais ce n'est pas non plus l'exode», constate Maïque Perez, directeur de la rédaction sportive de Teleclub. «Beaucoup de gens me disent qu'ils se passeront des matches, qu'ils iront plus régulièrement à la patinoire lorsque leur équipe joue à domicile ou qu'ils se contenteront des «highlights» du service public en fin de soirée (ndlr: la RTS peut toujours diffuser des résumés après la fin des matches, ainsi qu'un certain nombre de matches de play-off en direct), comme presque tout le monde le faisait avant.»

Pour Bastien, fidèle abonné à la chaîne dont la rédaction romande est basée à Fribourg, il n'est pas question de tout changer pour continuer à suivre les rencontres de hockey. «J'ai toutes mes habitudes et des heures d'enregistrements sur ma «box» (ndlr: le boîtier connecté au téléviseur). Si je vais chez UPC, je reçois une nouvelle box et je perds tout ce que j'avais jusqu'ici. C'est hors de question. Et je ne vais pas non plus payer à double.»

Quant à François, autre passionné, la situation est selon lui particulièrement déplaisante. «Ce changement se fait complètement au détriment du consommateur. Nous sommes pris en otage dans cette petite guerre entre concurrents. Le fan de hockey est particulièrement désavantagé puisque les droits pour ce sport sont répartis entre Teleclub, qui diffuse notamment la NHL, et MySports, qui montre le championnat suisse.» Ce fan estime que les clients seraient prêts à payer un supplément pour voir les matches sur leur box actuelle. Une solution qui existe déjà au Québec, notamment.

En attendant (jusqu'à quand?), on peut se demander si l'énorme investissement consenti par le câblo-opérateur portera ses fruits en draguant suffisamment de nouveaux clients pour justifier ces efforts. Ou s'il faudra finalement accepter de faire affaires avec le meilleur ennemi pour s'y retrouver financièrement. «Nous ne communiquons pas de chiffres et il est encore trop tôt pour constater une tendance», se barricade Julien Grosclaude, porte-parole d'UPC en Suisse romande. Nous sommes vraiment au début de l'opération. Mais nous restons sereins.» Les réfractaires au changement sans doute un peu moins.

Abus de position?

La Commission de la concurrence (COMCO) pourrait faire bouger les lignes à la suite d'une plainte de Swisscom. En mai 2016, cette autorité avait infligé une amende de 72 millions de francs au géant bleu, estimant qu'il avait abusé de sa position dominante en entravant l'accès à ses images sportives pour ses rivaux. En suivant cette logique, UPC pourrait se voir punie à son tour. La COMCO n'a pas encore rendu son verdict. Elle souligne ne pas pouvoir faire un simple copier-coller. «Prendre la bonne décision demande du temps, même si le cas est similaire au précédent opposant les deux parties», plaide Patrick Ducrey, porte-parole de cette instance fédérale indépendante.

Exclu chère payée

«Nous serions prêts à reprendre le signal de la concurrence et avons d'ailleurs mené des négociations en ce sens, rappelle Maïque Perez, directeur chez Teleclub, mais UPC refuse de céder et nous ne pouvons pas les y contraindre.» Du côté du câbloopérateur, filiale du géant américain Liberty Global, on se défend de vouloir exercer un monopole. «Nous distribuons MySports via une quinzaine de partenaires, qui sont aussi dans certains cas des concurrents, pour atteindre un maximum de personnes», clame Julien Grosclaude, porte-parole d'UPC en Suisse romande. Ce qui n'empêche pas un certain nombre de laissés pour compte. Un petit pourcentage de la population n'a en effet pas accès à la télévision câblée et n'a pas d'autre choix que de recevoir ses émissions via un fournisseur de TV par le Net. «Pour l'instant nous n'avons pas prévu de partager nos droits avec Swisscom. L'acquisition de cette exclusivité représente un investissement important», justifie Julien Grosclaude.

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