Annemasse (F): Guerre entre Maghrébins, projet de mosquée à l'arrêt
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Annemasse (F)Guerre entre Maghrébins, projet de mosquée à l'arrêt

L'arrivée d'un nouveau lieu de culte à Annemasse (F) est compromise par une lutte des chefs. Ce type de soucis n'existe pas ailleurs, dans la région genevoise.

par
Julien Culet
Située dans une villa, l'actuelle mosquée d'Ambilly (F) est trop petite.

Située dans une villa, l'actuelle mosquée d'Ambilly (F) est trop petite.

Lucien Fortunati/TG

Un conflit entre communautés, des démissions en cascade au Centre culturel musulman et une mairie qui annule le préavis de vente du terrain. Le projet de construction d'une grande mosquée à Annemasse (F), aux portes de Genève, est au point mort depuis des mois (lire encadré). Pourtant, non loin, un centre cultuel albanophone a vu le jour à Plan-les-Ouates (GE) et un projet de lieu de culte musulman est sur de bons rails à Saint-Julien-en-Genevois (F).

A l'origine du premier lieu de prière d'Annemasse, désormais trop petit, l'intellectuel musulman genevois Hafid Ouardiri rapporte que ce blocage est dû à «un problème de nationalisme» entre maghrébins. Ainsi, les responsables actuels du Centre culturel, marocains, ont pris le pouvoir sur les Algériens et les Tunisiens qui composaient le Conseil d'administration. Ils ont démissionné mais continuent d'agir, notamment par voie de presse.

Moins de soucis ailleurs

«Chacun veut être celui qui est à l'origine du projet, explique Hafid Ouardiri. Mais une mosquée doit être un lieu pour rassembler, pas pour concentrer les tensions. Sinon, autant ne pas en construire.» Pour le directeur de la Fondation pour l'entre-connaissance, la solution est claire: «Il faut trouver de nouvelles personnes qui ne seraient pas dans une démarche de prise de pouvoir.»

L'ancien porte-parole de la mosquée de Genève prend l'exemple du projet porté à Saint-Julien-en-Genevois «par des jeunes qui réfléchissent, débattent entre eux. Ils veulent éviter toute question de pouvoir et de nationalisme». A Plan-les-Ouates, le lieu de culte n'a pas connu de problème car «les albanophones ont la même culture, une histoire similaire».

Justice saisie

Cette division est à l'origine du retrait, par la mairie d'Annemasse, du préavis de vente du terrain. Sur celui-ci se trouvaient les anciens abattoirs de la ville. «Nous souhaitons des interlocuteurs qui représentent tous les musulmans, explique le maire Christian Dupessey. La confiance a été rompue par la prise de pouvoir d'une partie des responsables.» Si de nouveaux administrateurs sont nommés, le contrat sera «signé en quelques jours», promet l'élu.

Mais les dirigeants du Centre culturel ont choisi de saisir la justice contre les autorités. Son vice-président rejette les critiques. «Poser une grille de lecture nationaliste, comme le font certains dissidents, est une erreur d'analyse. C'est en contradiction avec la réalité de notre association», estime Abdellaziz Benjelloun. Pour le responsable, «aucune ingérence du Maroc n'a jamais été constatée». Alors pourquoi le projet de mosquée n'avance-t-il pas? «Je ne connais pas les raisons des difficultés que l'on rencontre», admet le vice-président.

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