Genève: Guerre syndicale autour de l'ouverture dominicale
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GenèveGuerre syndicale autour de l'ouverture dominicale

Des syndicats dénoncent les «manœuvres» des commerçants afin de pouvoir ouvrir trois dimanches par année dans la cité de Calvin.

par
Maria Pineiro
La signature d'une nouvelle convention collective entre les associations patronales et un syndicat minoritaire a tendu les fronts.

La signature d'une nouvelle convention collective entre les associations patronales et un syndicat minoritaire a tendu les fronts.

Keystone/Laurent Gillieron

A Genève, la guerre des horaires des magasins connaît un regain d'intensité. Le 19 mai, le peuple se prononcera sur une ouverture expérimentale durant deux ans de trois dimanches par année. Un projet de loi voté par la majorité de droite du Grand Conseil et contesté par référendum. Mais l'autorisation pourrait également être obtenue avant par le biais d'une Convention collective de travail étendue (CCT). Les syndicats Unia et le SIT dénoncent des «manœuvres et un coup de force» du patronat.

Faute de CCT, dénoncée en 2016 par Unia, le commerce de détail genevois a été régi par un contrat type de travail qui garantit un salaire minimum aux employés. Ce dernier est suspendu après recours des associations patronales. «C'est choquant, juge Alessandro Pelizzari d'Unia. Il s'agit d'une attaque frontale contre les mesures d'accompagnement qui visent à empêcher la sous-enchère salariale.»

Convention avec un syndicat «inexistant»

En parallèle, une nouvelle convention collective de travail a été signée entre trois associations de commerçants –la Fédération du commerce genevois (FCG), le Trade club de Genève et la Nouvelle organisation des entrepreneurs– et la Société des employés de commerce (SEC) au niveau national en 2017. Ce que dénoncent le SIT et Unia au motif que ce dernier est ultra minoritaire, voire inexistant à Genève.

Ce texte n'est jamais entré en vigueur, faute de représenter une majorité d'employés. De plus, estiment les syndicats qui ont refusé de le parapher, «il est moins avantageux pour les travailleurs que le contrat type», précise Pablo Guscetti d'Unia. Ce que dément Sophie Dubuis présidente de la FCG qui explique qu'après la décision d'Unia, «les associations patronales ont cherché un partenaire avec qui discuter».

Le statu quo a duré jusqu'à début mars. Une demande d'extension de la CCT a été faite par la SEC. Une nouvelle qui ouvre la voie à un élargissement facilité et donc à une ouverture de trois dimanches par année. «Pour nous, cette CCT n'existe pas, affirme Davide De Filippo, du SIT. Son extension constituerait un abus de droit gravissime.»

Des chiffres contestés

Le SIT et Unia s'interrogent également sur les chiffres fournis par la SEC en vue de l'extension de la CCT: «Il s'agit d'autodéclaration des employeurs sans plus de précisions. Nous exigeons plus de transparence, a indiqué Joël Varone d'Unia.» Ils dénoncent un «bricolage», avec des entreprises sorties du calcul et d'autres invitées. Sophie Dubuis explique que les associations patronales ont pris leur bâton de pèlerin afin d'inviter de nouveaux membres à rejoindre la CCT. «Pour nous, pouvoir ouvrir plusieurs dimanches par année est très important au vu de la situation du commerce de détail.»

La suite de la procédure appartient à l'Etat, plus précisément au Conseil de surveillance du marché de l'emploi. « Il n'y a pas eu de transmission de demande d'extension du CSME de la CCT car les partenaires sociaux doivent pouvoir examiner tous les documents requis», éclaire Laurent Paoliello, porte-parole du Département de la sécurité, de l'emploi et de la santé. Autrement dit, les chiffres fournis devraient être décortiqués ces prochaines semaines.

"La SEC est représentative des employés"

"Mais, par le biais des CCT signées notamment avec Migros, Coop, Lidl ou encore Vallora au niveau national, nous défendons une grand nombre d'employés du commerce de détail. Il est donc faux de dire que nous sommes minoritaires", conclut Nicole de Cerjat

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