Football: Guillaume Hoarau: «Tant que je me lève avec le sourire»
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FootballGuillaume Hoarau: «Tant que je me lève avec le sourire»

Alors qu'il a de grands projets pour le FC Sion, le buteur réunionnais doit passer par la case rééducation. Rencontre.

par
Florian Vaney
Les projets de Guillaume Hoarau entretiennent son sourire.

Les projets de Guillaume Hoarau entretiennent son sourire.

Keystone

Guillaume, comment ça va?

Bien, bien. Je suis dans les temps, alors ça va.

Par rapport à votre retour?

Exact. On arrive au terme de la troisième semaine et j'ai pu recommencer à courir. Les entraînements d'équipe me manquent, mais ça viendra.

À quoi ressemblent vos semaines en ce moment?

Eh bien, je fais tous les trucs chiants (rires)! De la course, du physique. Ce n'est pas exactement la vie rêvée d'un footballeur expérimenté, je pensais que ces étapes-là étaient derrière moi. Mais un retour passe par là.

C'est dur à accepter?

Si je n'avais pas de vision à long terme, pas de projets à venir dans le football, ça le serait. Mais ce n'est pas le cas. La motivation est là. Tant que je me lève avec le sourire, je peux surmonter ce genre d'épreuve.

Lorsque vous êtes arrivé à Young Boys, vous avez déclaré vouloir amener l'équipe au titre et vous l'avez fait. En posant le pied à Sion, même chose: vous avez parlé de taper haut et fort. En étant sur la touche, vous avez l'impression de trahir votre parole?

Évidemment que je ne suis pas satisfait avec ma situation. Suis-je le responsable de ce qui m'est arrivé? Peut-être, je ne sais pas. Au fond, ce n'est pas là-dessus que j'ai envie de me concentrer. Après le match contre Servette (ndlr: sa première titularisation), j'ai dit au coach que je me sentais bien, que j'étais prêt à enchaîner. Je le pensais vraiment. Puis est arrivé ce qui est arrivé, le match d'après à Vaduz.

Parler, je sais faire. Ça ne m’intéresse plus du tout. Je pense à retrouver le terrain, rien d’autre.»

Un sacré coup de frein à vos projets, non?

Il faut être clair: parler, je sais faire. Ça fait partie du jeu, de mon personnage. Aujourd'hui, j'ai bien assez parlé. Ça ne m'intéresse plus du tout. Je pense à retrouver le terrain. Rien d'autre.

On se souvient vous avoir vu quitter le terrain les larmes aux yeux la saison dernière après une blessure. Il s'est passé quoi dans votre tête, cette fois-ci?

C'était vraiment dur à accepter. Parce que le processus pour retrouver mon 100% semblait s'être parfaitement déroulé. J'avais suivi une préparation spécifique de quatre semaines, j'étais bien. Sauf que dans le plan, il n'y avait pas les deux quarantaines qu'on a vécues... On en est ressortis, la température avait baissé, ma jambe a lâché et voilà où j'en suis à présent.

Il s'agit d'un claquage?

Appelons ça comme ça, oui. Au niveau de l'ischio. Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive.

28e minute du duel entre Vaduz et Sion, le 28 novembre dernier. Guillaume Hoarau s’écroule. L’absence et la rééducation recommencent.

28e minute du duel entre Vaduz et Sion, le 28 novembre dernier. Guillaume Hoarau s’écroule. L’absence et la rééducation recommencent.

Keystone

Sion vous a engagé pour vos talents de buteur, mais aussi votre aura. Vous parvenez malgré tout à apporter quelque chose à l'équipe?

La position de blessé, c'est la pire de toutes. Alors franchement, je ne sais pas... Je suis un type social. Je continue d'envoyer des messages. Mon rôle passe parfois simplement par un sourire, un petit mot. Mais dans ma situation, je ne peux pas faire beaucoup plus.

Vous parliez du processus pour retrouver votre plein potentiel. Ça veut dire votre rôle de remplaçant et de joker en début de saison, c'était prévu, volontaire?

J'ai passé six ans sur synthétique, alors oui, il me fallait quelques semaines pour m'adapter. Je ne le dis pas négativement, mais Sion ce n'est pas Young Boys. Comme avec presque n'importe quel changement de club, j'ai eu besoin de temps. Mais je le redis, j'ai le sentiment d'avoir été coupé dans mon élan.

D'ailleurs, vous attendez toujours votre premier but.

Encore plus qu'on pourrait le penser, en fait. Je suis bien placé pour savoir que le premier appel tous les autres. Ce n'est pas qu'une affaire de justesse devant le but. C'est à moi d'en faire plus pour mettre mes coéquipiers dans les meilleures dispositions. S'ils le sont, ils me le rendront et je pourrai marquer des buts. Parce que depuis le début avec Sion, il a toujours été question de ça pour moi. Avant tout le reste.

Pendant que les autres font de grands phrases, Fabio Grosso est sur le terrain en train de travailler.»

Vous vous y sentez bien?

Vous savez mieux que moi tout ce qui ce dit sur le FC Sion de l'extérieur. Le président, les joueurs, le vestiaire, etc... La réalité, c'est que j'ai atterri dans un environnement où tout le monde bosse, et bosse bien. D'accord les résultats ne sont pas ceux qu'on attendait. Je pense quand même qu'on n'a pas été aidés par les éléments extérieurs. Mais il faut voir à quel point l'équipe travaille pour s'en remettre.

Pendant que vous êtes tenu à l'écart...

Je peux vous dire que j'ai souffert avec elle contre Servette. À distance, mais j'ai souffert durant cette fin de match.

Vous avez découvert Fabio Grosso l'entraîneur cet été. De l'extérieur, on peine à le cerner.

Je vais vous dire pourquoi: Fabio, c'est un bosseur. On n'a pas tout à fait le même âge, mais de nos générations sont sortis beaucoup de joueurs «bling-bling». Lui est à l'opposé de ça. Il ne fait pas de grandes phrases, de beaux discours? C'est normal, parce que pendant que d'autres le font, lui est sur le terrain en train de travailler.

C'est vrai qu'il ne s'étend pas beaucoup dans la presse.

Vous n'imaginez même pas à quel point nos quarantaines ont dû être invivables pour lui. Encore plus que pour n'importe qui d'autre. Fabio, il ne fait pas de politique, de publicité. Au début de la saison, il nous a dit qu'on avait tous sa confiance, tous les joueurs. Et que tout le monde aurait sa chance. Ça peut paraître bateau...

Mais il s'y est tenu?

Il s'y est tenu! Chacun a vu des opportunités s'ouvrir pour montrer son potentiel. Mais encore une fois, la situation est infernale pour lui. C'est un bosseur, un passionné, un coach qui a envie de transmettre ses idées. Sauf que depuis deux mois, soit on se trouve en quarantaine, soit on enchaîne les matches tous les trois jours. Il n'a presque aucun moment pour le faire. En tout cas, si vous cherchez un coupable à notre classement, ce n'est pas vers lui qu'il faut regarder.

Quand est-ce qu'on vous reverra sur le terrain?

Déjà, je me réjouis de pouvoir dire «bon débarras» à 2020. Je vais accueillir 2021 les bras grands ouverts et, si tout se passe bien, je devrais être de retour à la reprise.

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