Votations du 13 juin - Guy Parmelin appelle au calme dans le débat sur les initiatives agricoles
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Votations du 13 juinGuy Parmelin appelle au calme dans le débat sur les initiatives agricoles

Le président de la Confédération a lancé un appel à l’apaisement après les récentes échauffourées autour des initiatives agricoles soumises au vote le 13 juin prochain. Il a également défendu la position du Conseil fédéral.

Guy Parmelin et le Conseil fédéral avertissent d’une potentielle hausse des prix des aliments en cas de oui à l’initiative sur les pesticides, le 13 juin prochain (Photo: lors d’une visite de l’usine du groupe Reitzel, à Aigle (VD), le 11 mai dernier).

Guy Parmelin et le Conseil fédéral avertissent d’une potentielle hausse des prix des aliments en cas de oui à l’initiative sur les pesticides, le 13 juin prochain (Photo: lors d’une visite de l’usine du groupe Reitzel, à Aigle (VD), le 11 mai dernier).

AFP/Fabrice Coffrini

«Cela prend les gens aux tripes, mais la violence ne résout rien.» Face à l’intensité des débats autour des votations, le conseiller fédéral Guy Parmelin (UDC/VD) a réitéré lundi l’appel au calme qu’il avait déjà lancé dimanche en marge d’un déplacement dans la Broye, après plusieurs actes de vandalisme entre partisans et opposants des initiatives agricoles soumises au peuple le 13 juin prochain.

Le président de la Confédération était invité dans «La Matinale» de la RTS ce lundi, l’occasion pour lui de souligner les mérites et l’importance du débat démocratique suisse: «Il s’agit d’une discussion très technique et je crois que, des deux côtés, il faut ramener les gens à la réalité. Le rôle du Conseil fédéral, et le mien, c’est d’expliquer factuellement quels sont les risques pour la Suisse et la population, afin que citoyennes et citoyens puissent se faire leur opinion.»

Placer les choses dans leur contexte

Cette interview fut aussi l’occasion, pour le conseiller fédéral vaudois, de réaffirmer la position des sept Sages: «Il faut replacer les choses dans leur contexte: en Suisse, l’eau est consommable, les aliments sont sains et les quelques scandales alimentaires que nous avons connus sont des cas importés de pays lointains», a-t-il résumé.

Le président de la Confédération entendait expliciter les «effets désastreux» des deux textes, et en particulier l’initiative sur les pesticides. Selon le Conseil fédéral, cette dernière est notamment synonyme d’une augmentation des prix à la consommation: «Il existe une loi très simple, universelle, celle de l’offre et de la demande: un produit rare devient plus cher. […] Et dans le cas des produits agricoles, il y a un effet encore plus pervers, à savoir que si vous pouvez trouver moins cher à l’étranger, vous irez acheter là-bas.»

Or la nouvelle loi sur les pesticides acceptée par le parlement risque déjà de raréfier l’offre, a ajouté Guy Parmelin. Selon lui, avec les initiatives, il faut s’attendre à une augmentation des prix de 20 à 30%. Une estimation que partage l’Union suisse des paysans (USP), tandis que l'Office fédéral de l’agriculture (OFAG) table également sur une hausse des prix mais ne formule aucun chiffre.

Une stabilisation avec le temps

Du côté des partisans du texte, on ne nie pas que les prix pourraient augmenter, du moins dans un premier temps. À l’image du viticulteur neuchâtelois Jean-Denis Perrochet, membre du comité d’initiative, qui affirme que la nourriture coûterait de 1 à 3% plus cher, «mais que lorsque les fruits et légumes sans pesticides deviendront la norme, les prix chuteront également».

Selon une étude de l’Université de Saint-Gall parue en septembre 2020 et citée par Heidi.news, «l’augmentation des prix agricoles à la production n’aura que peu d’effets sur les prix à la consommation des denrées alimentaires. Les prix à la consommation ne réagissent que peu aux prix agricoles […] car 75 % de la valeur ajoutée de la production alimentaire provient du secteur agroalimentaire».

En clair: les trois quarts du prix d’un aliment seraient déterminés par la manutention. Or, parmi les entreprises qui ont pris part au sondage mené dans le cadre de l’étude, «la plupart estiment qu’elles ne pourraient pas transférer ces augmentations des coûts de production sur les prix de vente des distributeurs», poursuivent les auteurs. Pour ces derniers, l’impact d’une éventuelle acceptation de l’initiative dépendrait avant tout de la faculté de l’industrie alimentaire à remplacer les biocides.

Risque de tourisme d’achat

Pour le président de la Confédération, les consommateurs occupent un rôle central dans l’équation – et ils réfléchissent surtout avec leurs yeux et leur porte-monnaie: «Vous pouvez discuter avec des paysans, le prix et la qualité restent le premier critère. Même sur un marché bio, les gens regardent tout de suite si le fruit est en bon état, s’il a des taches… et ils comparent d’un stand à l’autre.»

Une comparaison d’autant plus cruciale quand elle s’opère d’un pays à l’autre, selon le Vaudois, qui cite pour exemple les nombreux Alémaniques qui se sont récemment «rués» sur les magasins allemands dès la réouverture de la frontière.

Des distributeurs qui jouent un rôle non négligeable sur les prix des produits, comme l’indique l’étude saint-galloise citée ci-dessus. À la caisse des supermarchés suisses, la différence de prix entre aliments bios et conventionnels est de 50% en moyenne, mais elle grimpe parfois jusqu’à 100%, selon une étude de la Fédération des consommateurs (FRC) datant de 2019 et citée ce lundi dans «Le Temps». La FRC qui accuse donc les distributeurs d’appliquer des marges trop importantes aux produits bios, dont le surcoût à la production (lié au contrôle du respect des normes notamment) avoisinerait en réalité les 30%.

(lph)

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