Actualisé 04.02.2019 à 12:42

Suisse

Hausse très modérée des primes cet automne?

Jamais depuis 22 ans, les coûts de la santé n'ont aussi peu augmenté qu'en 2018. De quoi espérer une bonne surprise à l'annonce future des primes maladies.

de
Christine Talos

Quand on parle de primes pour l'assurance maladie, c'est toujours pour annoncer une nouvelle hausse des tarifs ou une autre mauvaise nouvelle du genre. Mais les choses pourraient changer. Car, jamais les coûts de la santé n'ont aussi peu augmenté l'an dernier depuis l'introduction de la LaMal en 1996, relève lundi leTages-Anzeiger.

Selon une estimation de Santésuisse, l'organisation faîtière des assureurs, les prestations brutes versées par les caisses l'an dernier se sont élevées à 32,6 milliards de francs en 2018, soit une augmentation de 0,47% par rapport à 2017. Ceci alors que la hausse moyenne de ces dernières années tournait autour des 4 à 5%. Une seule fois, en 2006, elle est descendue en dessous de 2%. Mais jamais le taux n'a été jusqu'ici inférieur à 1%.

En 2018, le coût moyen par personne à charge de l'assurance maladie obligatoire s'est élevé à 3852 francs, soit 0,24% de plus qu'un an auparavant. De 2016 à 2017, ces dépenses moyennes par assuré avaient encore augmenté de 2,11%.

Réforme Tarmed en cause

Selon le Tages-Anzeiger, plusieurs raisons expliquent cette tendance. D'abord il y a l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) qui commande désormais plusieurs médicaments à forte valeur ajoutée à des prix inférieurs. Mais il y a surtout la réforme des points Tarmed, soit les tarifs utilisés par les médecins pour facturer les consultations et les traitements ambulatoire à l'hôpital. Le ministre de la Santé, Alain Berset, l'avait fait passer en force en automne 2017, malgré les protestations furieuses du corps médical.

Pas de quoi trop se réjouir cependant, prévient Santésuisse. Car l'adaptation dans le Tarmed a aussi eu pour conséquence que beaucoup de factures d'hôpitaux et de médecins ont été envoyées avec un certain retard aux assureurs. En effet, certains ont mis six mois pour ajuster leurs systèmes comptables, selon Verena Nold, la directrice de Santésuisse. Cela pourrait signifier que tous les coûts n'ont pas encore été pris en compte. Les premières estimations pourraient ainsi se révéler trompeuses, nuance -t-elle.

Transfert de coûts

Une autre raison au ralentissement de la hausse des dépenses pourrait venir du changement de la prise en charge de certains traitements. Certains cantons comme Lucerne et Zurich ont en effet édicté en 2018 de nouvelles listes de prestations médicales qui ne doivent être réalisées plus qu'en ambulatoire pour être remboursées par l'assurance de base.

Il y a donc eu transfert de coûts du domaine stationnaire vers l'ambulatoire. Problème: la hausse des dépenses dans l'ambulatoire hospitalier est encore à peine visible, car ce domaine est très concerné par des retards de facturation.

Cette tendance de transfert de coûts du stationnaire vers l'ambulatoire est aussi très bien perceptible dans les soins de longue durée. Ainsi, les dépenses pour les aides et soins à domicile ont augmenté de 6%, alors que l'évolution des coûts des homes est restée quasiment constante

Besoin de réforme

Concernant les médicaments remis directement par les médecins, la hausse s'est élevée à 2,22%, contre 6,1% un an avant. Dans ce cas de figure, les réductions des prix des médicaments dans la liste des spécialités ont contribué à ralentir la croissance.

A l'inverse, les coûts ont continué de prendre l'ascenseur chez les pharmaciens (2017: 2,72%, 2018: 3,26%). Pour la directrice de Santésuisse, il faut accélérer les réformes en matière de marges prises par cette profession ainsi que de prix des médicaments. Il faudrait également réexaminer le paysage hospitalier suisse. «Il n'est plus possible que chaque petite vallée ait son hôpital censé tout faire». La tendance de fond va vers une spécialisation renforcée qui améliore la qualité. Les cantons devraient mieux se coordonner dans la planification hospitalière.

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