10.10.2020 à 07:36

AutricheHeinz-Christian Strache se voit maire de Vienne

L’icône de l’extrême droite autrichienne déchue après le scandale «Ibizagate» revient sur le devant de scène pour prendre la mairie de la capitale.

Filmé en caméra cachée sur l’île espagnole d’Ibiza, Heinz-Christian Strache restera dans l’Histoire comme le premier élu européen d’extrême droite piégé en train de proposer à une pseudo-oligarque russe de racheter un média pour, «comme l’a fait Viktor Orban en Hongrie».

Filmé en caméra cachée sur l’île espagnole d’Ibiza, Heinz-Christian Strache restera dans l’Histoire comme le premier élu européen d’extrême droite piégé en train de proposer à une pseudo-oligarque russe de racheter un média pour, «comme l’a fait Viktor Orban en Hongrie».

AFP

Heinz-Christian Strache a beau être soupçonné d’avoir détourné plus d’un demi-million d'euros, elle reste blanche comme neige pour Elisabeth Bauer, qui votera pour son champion aux municipales dimanche à Vienne.

«C’est le seul qui soit honnête», lance à l’AFP cette commise de cuisine qui a tapissé son salon de posters du héros, en sirotant sa mousseuse, lors d’une Fête de la bière organisée par Heinz-Christian Strache pour mobiliser ses derniers fans.

Même s'il n’est plus à la tête du puissant Parti de la Liberté (FPÖ), qu’il a dirigé durant 14 ans, le tribun est irremplaçable, aux yeux de cette groupie, pour lutter contre les élites.

Sa proximité affichée avec «ceux d’en bas», doublée d’une rhétorique violemment hostile à l’islam et aux réfugiés, avait permis à M. Strache - proche des néonazis dans sa jeunesse - de côtoyer Marine Le Pen et de s’attirer les faveurs du président russe Vladimir Poutine.

Pâtée pour chien et jet privé

Las, pour les 26% d’électeurs l’ayant hissé à la vice-chancellerie de l’Autriche en 2017, en tandem avec les conservateurs, cette figure de proue est tombée de son piédestal en mai 2019.

Filmé en caméra cachée sur l’île espagnole d’Ibiza, il restera dans l’Histoire comme le premier élu européen d’extrême droite piégé en train de proposer à une pseudo-oligarque russe de racheter un média pour, «comme l’a fait Viktor Orban en Hongrie», servir son projet autoritaire.

La déflagration, publiée dans la presse allemande, est immédiate: M. Strache démissionne du gouvernement et de la direction du FPÖ dès le lendemain, entraînant la plus grave crise politique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale dans ce pays prospère de 8,8 millions d’habitants.

Suite à une motion de défiance sans précédent, l’ensemble du gouvernement chute avec lui et lors d’élections anticipées, le FPÖ, malgré ses tentatives de prises de distance, perd 10% de ses supporters.

S’en sont suivies des révélations sur son train de vie et le parquet a ouvert une enquête pour vérifier si M. Strache avait fait payer ses dépenses personnelles par le FPÖ, à hauteur de plus de 580’000 euros.

Pâtée pour chien, sacs Chanel, jet privé, viagra, prostituées… et jusqu’à 3000 euros par mois engloutis dans le jeu en ligne Clash of Clans: les factures présentées n’avaient souvent rien à voir avec de classiques frais de représentation.

Posters et photo d’écran

Heinz-Christian Strache a refusé l’entretien proposé par l’AFP. Mais publiquement, il nie régulièrement ces accusations de malversations, s’affirmant victime d’une large campagne de diffamation, orchestrée dans l’ombre.

Il espère que son nouveau parti, «Team HC Strache - Alliance pour l’Autriche», obtiendra suffisamment de soutiens dimanche pour qu’il puisse dépasser le seuil nécessaire des 5% et siéger au Conseil municipal, dominé par les sociaux-démocrates.

Sa formation fait désormais concurrence au FPÖ pour mobiliser contre les mesures «délirantes» prises par le gouvernement pour tenter d’endiguer la propagation du coronavirus.

En 2015, ce natif de la capitale, qui s’exprime en dialecte viennois, avait de bonnes chances de ravir son bastion à la gauche. Il avait recueilli plus de 30% des voix, était acclamé lors de meetings à l’américaine par des foules de partisans au pied de la cathédrale Saint-Etienne.

La fête organisée début octobre en périphérie industrielle présentait un tout autre tableau. Pas de podium ni de garde du corps, des rangs clairsemés dans le public… restent les fidèles des fidèles, balaie une électrice refusant de décliner son identité, et qui doute avec chagrin que cela puisse suffire.

Elisabeth Bauer, elle, n’envisage pas de come-back raté. Elle ne décrochera pas ses posters. Elle ne changera pas la photo d’écran de son téléphone mobile, qui la montre aux côtés de son leader adoré.

«C’est un battant alors il va s’en tirer, c’est certain», dit-elle en avalant sa dernière gorgée de bière.

(AFP/NXP)

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