Héroïne trop chère, shoot au somnifère
Actualisé

Héroïne trop chère, shoot au somnifère

Quand ils n'ont pas les moyens de se shooter à l'héroïne, les toxicomanes passent aux somnifères. Il suffit de faire fondre la pilule et de se l'injecter.

Un trafic de médicaments s'est développé ces derniers temps derrière la gare Cornavin. Sur place, on peut se procurer un comprimé en le négociant autour des 5 fr. Au local d'injection, le long des voies ferrées, des consommateurs viennent faire leur préparation et se piquer. L'effet de dépendance peut se comparer à celui de l'héroïne; il se double, de surcroît, d'un phénomène d'amnésie.

«J'ai vu mon fils s'injecter ce somnifère, raconte une mère apeurée. Je sais qu'il s'en procure derrière la gare.» «Il s'agit de toxicos qui n'ont pas les moyens d'acheter de l'héro, confirme le chef de la Task Force, Olivier Cartier. Il nous arrive de trouver des pilules de Dormicom sur des dealers et des consommateurs.» Dans les environs de Cornavin, le cachet se négocie à 5 francs pièce.

Christophe Mani, directeur de l'association Première ligne, confirme: «Des personnes viennent, dans nos locaux derrière la gare, s'injecter ces pilules qu'ils font fondre. Il s'agit de polytoxicomanes en manque. La prise intraveineuse de Dormicom rend ce produit très addictif; il s'apparente à l'effet de l'héro. On a plus de peine à gérer les personnes qui en prennent, car non seulement elles se comportent bizarrement, mais en plus elles tombent dans une forme d'amnésie.»

Un médicament de la même famille nommé Rohypnol avait connu un même trafic. Les autorités avaient constaté une multitude de fausses ordonnances qui circulaient dans le milieu de la drogue. En 1999, il a été classé dans la catégories des stupéfiants. «Si les abus avec le Dormicom en arrivaient à ce point, il faudra le classer aussi, confie le pharmacien cantonal, Christian Robert. Les premiers signes de report sur ce produit datent de 2002. Aujourd'hui le trafic continue d'augmenter.»

Shahïn Ammane

Ton opinion