Actualisé 11.10.2009 à 11:37

Turquie/Arménie

Hillary Clinton a mené les ultimes tractations au téléphone

Hillary Clinton a jonglé avec plusieurs téléphones, depuis une BMW noire garée derrière un hôtel de Zurich, pour éviter que l'accord historique entre l'Arménie et la Turquie ne capote samedi à la dernière minute.

Il a fallu trois heures pour convaincre les deux parties de signer ce texte.

«A plusieurs reprises, j'ai dû dire à toutes les parties impliquées 'c'est trop important, cela doit aboutir, vous ne pouvez plus revenir sur vos pas'», a raconté après coup la secrétaire d'Etat américaine dans l'avion la conduisant de Zurich à Londres.

Une «difficulté» de dernière minute a mis en péril la signature finale d'accords arrachés après de deux ans de dures négociations menées grâce à la médiation de la Suisse. Avec ces textes, les deux pays, hantés depuis près d'un siècle par le souvenir des massacres et déportations d'Arméniens par l'armée de l'Empire ottoman, ont accepté de normaliser leurs relations et d'ouvrir leur frontière.

Craintes arméniennes

Peu après 17H00 samedi, tout semblait prêt. Le convoi de Mme Clinton arrivait à l'Université de Zurich pour la cérémonie de signature entre les chefs des diplomatie arménienne Edouard Nalbandian et turque Ahmet Davutoglu, en présence notamment de la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey.

Mais le convoi a soudain fait demi-tour. M. Nalbandian rechignait à signer l'accord en raison d'inquiétudes sur le discours prévu par son homologue turc, ont indiqué des responsables américains plus tard. Il dénonçait «des formulations inacceptables concernant le processus de reconnaissance du génocide arménien contenues dans la déclaration de la Turquie», selon un diplomate arménien.

Trois heures de négociations agitées venaient de commencer. Après de premières entrevues infructueuses à l'hôtel, le secrétaire d'Etat adjoint américain pour les affaires européennes et eurasiennes Phil Gordon a rejoint Mme Clinton dans sa BMW, garée dans une allée à l'arrière de l'hôtel.

Celle-ci a jonglé avec plusieurs portables pour parler en même temps aux deux chefs de délégation, a expliqué, sous le couvert de l'anonymat, un responsable du département d'Etat aux journalistes.

Aucun discours

Mme Clinton et M. Gordon sont finalement sortis de la voiture au bout d'une heure. La secrétaire d'Etat a rejoint M. Nalbandian à l'hôtel et l'a fait monter dans sa voiture pour l'emmener à l'Université. Afin de surmonter l'obstacle, il a été finalement décidé qu'aucune allocution ne serait prononcée.

Mais, une fois arrivé, il faudra 90 minutes supplémentaires pour que M. Nalbandian se décide à rejoindre le lieu de la cérémonie et signe le document, sans jamais se départir d'un air sinistre, alors que son homologue turc esquissait quelques sourires.

Mme Clinton a admis combien signer avait été dur pour le ministre arménien, évoquant le poids de l'histoire et l'opposition politique dans son pays. «Il avait de profondes inquiétudes et voulait s'assurer que les gens les comprenaient», a-t-elle expliqué.

«Nous avons lui avons fait savoir que non seulement nous les comprenions mais que nous étions conscients de combien cela était dur, mais que cela devait être fait». Elle a précisé que le ministre avait appelé le président arménien Serzh Sarkisian à plusieurs reprises pour le consulter. (ats)

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