Hillary Clinton se retire sur une note féministe
Actualisé

Hillary Clinton se retire sur une note féministe

Jamais avant elle une femme n'avait été en position d'accéder à la Maison Blanche.

En mettant fin à sa campagne historique samedi, Hillary Clinton a fendu l'armure pour souligner toute la signification de sa candidature pour la cause des femmes.

C'était un moment émouvant, vrai et inattendu pour l'ancienne Première dame des Etats-Unis, qui avait passé la majeure partie de sa campagne à minimiser son appartenance à la gent féminine pour rassurer ceux des électeurs qui auraient eu du mal à imaginer une femme commandant en chef.

Devant des milliers de partisans réunis dans l'enceinte du National Building Museum à Washington, la sénatrice de New York a finalement semblé jeter aux tisons le conseil de ne pas attiser la controverse qu'elle avait reçu au long de ses 17 mois de campagne. Un conseil qui l'a fait paraître inflexible et lui a sans doute volé la part de magie que sa campagne aurait pu revêtir.

Envolé aussi le message -dicté par les sondages- de «force et d'expérience» qu'elle avait porté tout au long de sa campagne, mettant en avant sa dureté et sa résistance au détriment de son humanité et de sa chaleur.

Dans la défaite, l'ex-First Lady était finalement libre, de toute évidence désireuse de se dégager de ces obligations.

«Bien que nous n'ayons pu faire voler en éclats cette fois-ci le plafond de verre le plus haut et le plus dur», ce plafond présente, «grâce à vous quelque 18 millions de fêlures», a lancé l'ex-rivale de Barack Obama, en référence aux millions d'électeurs l'ayant soutenue durant la bataille des primaires démocrates.

«La lumière brille à travers comme jamais auparavant, nous remplissant tous de l'espoir et de la connaissance certaine que le chemin sera un petit peu plus facile la prochaine fois», a-t-elle souligné sous les acclamations.

L'ancienne Première dame des Etats-Unis qui a fait l'histoire lors de son élection au Sénat en 2000 a parlé de sa candidature à la présidentielle en tant que mère et fille. Chelsea, sa fille âgée de 28 ans, et Dorothy Rodham, sa mère âgée de 89 ans, éplorée, se tenaient non loin d'elles.

Elle a noté que des préjugés contre les femmes existaient toujours. Et a exhorté les femmes à ne pas tirer un mauvais message de sa défaite et à ne pas renoncer à leurs rêves.

«Cela me briserait le coeur si, en ne répondant pas mon objectif, je vous avais d'une manière ou d'une autre découragées» et empêché de «poursuivre les vôtres», a-t-elle souligné.

Le discours a offert un aperçu de ce qui aurait pu se produire si Hillary Clinton avait abandonné son androgynie en tailleur pantalon et s'était présentée sous son vrai jour: une pionnière engagée sur des terres où aucune autre femme dans le pays n'était allée.

Des femmes ont rallié son camp, repoussant avec colère les propos de commentateurs télévisés et d'opposants politiques qu'elles jugeaient orduriers. Mais aux yeux des sceptiques, la candidate démocrate n'était qu'une «autre Clinton», une politicienne calculatrice guidée par une ambition démesurée, prête à écraser ses opposants, s'il le fallait, pour être élue. Ils n'ont jamais pensé une seule seconde qu'elle était la personne idoine pour assumer la plus haute fonction exécutive.

Le scénario aurait-il été différent si la sénatrice de New York avait laissé paraître sa féminité? Nul ne le sait. Mais elle a remporté les primaires du New Hampshire après avoir finalement exprimé une certaine émotion.

Les sondages montrent que Barack Obama a un travail considérable à faire pour gagner l'adhésion des femmes qui soutenaient Hillary Clinton. Mais cette dernière a reconnu combien ils avaient en commun. Et ce faisant, établi des passerelles entre leurs candidatures: elle en tant que première femme en mesure de devenir président, lui en tant que premier noir assuré de décrocher l'investiture d'un grand parti pour la présidentielle.

«Les enfants aujourd'hui vont grandir en considérant comme acquis qu'un Afro-Américain ou une femme peut, oui, devenir le président des Etats-Unis», a-t-elle estimé.

Barack Obama, qui a suivi son discours à Chicago, a clairement compris le message d'Hillary Clinton aux femmes. Le sénateur de l'Illinois s'est déclaré «ravi et honoré» du soutien de son ex-rivale et a salué sa campagne «courageuse et historique»: «elle a abattu des barrières au nom de mes filles et des femmes partout, qui savent à présent qu'il n'y a pas de limites à leurs rêves». (ap)

Ton opinion