Cliniques suisses: Hirslanden financé par un magnat du tabac
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Cliniques suissesHirslanden financé par un magnat du tabac

Le milliardaire sud-africain Johann Rupert contrôle le plus grand groupe de cliniques privées en Suisse. Hic: il est aussi derrière British American Tobacco.

par
Christine Talos
L'une des cliniques du groupe, ici celle de Zurich.

L'une des cliniques du groupe, ici celle de Zurich.

photo: Keystone

C'est ce qui s'appelle ironiquement du service après-vente. En effet, le groupe de cliniques privées Hirslanden, le plus grand du genre en Suisse, est contrôlé par un milliardaire sud-africain, Johann Ruppert, âgé de 65 ans, qui investit dans de nombreux domaines rentables, comme les montres de luxe, les assurances, les télévisions, etc. Jusqu'ici, rien à redire. Le hic, c'est que l'homme est aussi derrière le producteur de tabac British American Tobacco à raison de 4 milliards de francs, révèle l'Aargauer Zeitung, lundi sur son site internet.

Le Sud-africain a pris le contrôle des cliniques Hirslanden en 2007, explique le journal, via sa société d'investissement Remgro, actionnaire principal du groupe international de cliniques Mediclinic, société-mère du groupe suisse. C'est donc un magnat du tabac, dont le clan possède à lui seul un quart des actions de British American Tobacco, qui se trouve derrière les cliniques suisses.

Le plus cocasse est que le groupe Hirslanden est un spécialiste du poumon en Suisse et possède même des centres pulmonaires à Aarau, Berne et Zurich, destinés notamment aux patients victimes du tabac. Il propose ainsi des thérapies anti-nicotine et a même lancé un site internet pour arrêter de fumer baptisé Rauchstoppzentrum.ch, selon l'Aaragauer Zeitung.

Le journal a essayé de demander au milliardaire s'il n'y avait pas conflit d'intérêt mais le groupe du magnat n'a pas souhaité s'exprimer.

En Suisse, la directrice de la Ligue pulmonaire Suisse, forte de 80'000 patients et membres, a elle bien réagi: «d'un point de vue économique, j'ai une certaine compréhension pour les investisseurs qui ne s'intéressent qu'à l'argent. Mais je trouve extrêmement dérangeant que l'on puisse combiner dans la même maison des intérêts aussi contradictoires», souligne Sonja Bietenhard. Le clan Rupert gagne de l'argent avec les cigarettes et profite avec le groupe Hirslanden des victimes du tabac, explique-t-elle. «C'est cynique et contraire à l'éthique au plus haut point.»

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