Exposition de timbres à Bagdad: Hitler toléré mais pas Saddam Hussein
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Exposition de timbres à BagdadHitler toléré mais pas Saddam Hussein

Sur les murs de la Poste centrale de Bagdad, on trouve des timbres à l'effigie du premier roi d'Irak et même d'Adolf Hitler. Mais pour la première exposition philatélique en Irak depuis 2003, le gouvernement a interdit toute image de Saddam Hussein.

Les milliers de timbres exhibés pendant deux jours par des membres de la Société irakienne de philatélie font voyager sur un siècle d'une histoire irakienne chaotique, comme autant de témoins des occupations et des régimes qui se sont succédés entre le Tigre et l'Euphrate.Toutes les époques y sont représentées, de l'empire ottoman à l'avènement de l'actuel gouvernement. Le régime de Saddam Hussein n'est pas oublié, mais la figure de l'ex-président exécuté en décembre 2006 n'apparaît pas.«Le gouvernement a refusé les timbres avec le portrait de Saddam Hussein en affirmant qu'ils renvoyaient aux heures noires de l'histoire irakienne», explique à l'AFP Wathiq Mohamed Talib, directeur du bureau des timbres au ministère des Télécomunications. La décision est aberrante pour Mohammed Dhia Taha, un interprète de 44 ans, collectionneur depuis 25 ans.«C'est stupide. C'est un gouvernement de revanchards. On ne doit pas nier notre histoire», lâche-t-il à l'AFP, devant le panneau où il a affiché certaines des plus belles pièces de sa collection, dont un exemplaire du timbre noir britannique d'un penny de 1840 --le plus vieux au monde-- et un autre allemand à l'effigie d'Adolf Hitler. Organisée par le ministère des Télécommunications pour le 87e anniversaire de l'entrée de l'Irak dans l'Union postale universelle, l'exposition a débuté mercredi au bureau de poste central de Bagdad, près du Musée national, dans le quartier de Salhiya.Rénové il y a quatre mois, l'endroit sent encore la peinture neuve et ses boîtes postales semblent ne jamais avoir été ouvertes. Partout des militaires surveillent, Kalachnikov à la main, sur les toits, dans les couloirs, à tous les coins de la cour centrale où un parterre d'écoliers est rassemblé pour écouter le discours inaugural du ministre Farouk Abdelkader Abdelrahman.Certaines des plus anciennes pièces exposées sont des timbres ottomans de 1917 sur lequel les autorités ont tamponné «Bagdad sous occupation britannique», trois ans avant que la Société des nations (SDN) ne donne mandat sur l'Irak au Royaume-Uni.D'autres portent le visage des dirigeants qui se sont succédés à la tête du pays, tels le premier roi, Fayçal, qui régna de 1921 à 1933, son petit-fils Fayçal II, sur le trône de 1939 à 1958, ou encore celui du général qui l'en chassa pour devenir le premier président de l'Irak, Abdelkarim Qassem.Après la première Guerre du Golfe, l'Irak de Saddam Hussein est sous le coup de sanctions et ne peut plus compter sur les pays qui imprimaient ses timbres jusqu'alors. Alors le gouvernement émet ses propres cachets, de piètre qualité, où surimpriment carrément d'anciens timbres à la valeur périmée.Dans un coup de balai général des symboles de l'ancien régime, le gouvernement a depuis 2003 renouvelé intégralement ses collections. Désormais, les timbres n'affichent plus de portraits politiques, mais les visages de personnalités consensuelles aujourd'hui décédées, comme le chanteur Nazem al-Ghazali ou le dramaturge Haqi al-Chibli, ou défendent des causes qui ne heurtent aucune sensibilité, comme la Campagne internationale pour le retour des oeuvres d'art pillées en Irak en 2003. (afp)

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