Genève / Haute-Savoie (F) – Hodgers: «la France ne veut plus batir pour les Genevois»
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Genève / Haute-Savoie (F)Hodgers: «la France ne veut plus bâtir pour les Genevois»

Annemasse Agglo va freiner sa construction de logements. Elle veut moins de frontaliers. Le conseiller d’Etat juge ce désir légitime et appelle Genève à modérer son appétit économique.

par
Jérôme Faas
Le conseiller d’Etat Vert chargé du Département du territoire, Antonio Hodgers.

Le conseiller d’Etat Vert chargé du Département du territoire, Antonio Hodgers.

TDG -L. Fortunati

Construire des logements, oui, mais en moins grande quantité qu’aujourd’hui, et surtout, pas seulement pour des employés frontaliers: voici, en substance, la nouvelle politique d’aménagement qu’entend poursuivre Annemasse Agglo durant les dix prochaines années. Par ricochet, la stratégie impactera forcément Genève, qui sera contraint, plus qu’à l’heure actuelle, de loger les employés attirés par sa croissance économique. Ce changement de cap n’étonne pas Antonio Hodgers, conseiller d’Etat chargé du Territoire. «Cette volonté des élus français existe depuis quatre ou cinq ans. La France ne veut plus construire pour les Genevois. Moi, je trouve que c’est légitime, tant du côté haut-savoyard que vaudois, où s’expriment des soucis identiques.» L’élu en tire la conclusion suivante: «Genève doit modérer ses appétits économiques.»

Loger les employés travaillant en France

L’élément d’actualité, c’est que l’agglomération d’Annemasse (lire l’encadré) vient d’adopter un nouveau Schéma de cohérence territoriale (SCoT), qui jalonne et surtout freine le développement du secteur, dont la population croît à ce jour de 2,1% par année. Cité par «Le Messager», Denis Maire, le vice-président de l’agglo, détaille: «On veut ramener cette croissance à 1,2% par an jusqu’en 2032, soit 9500 logements et 15’000 nouveaux habitants.» Le SCoT prévoit en outre de bâtir des logements meilleur marché qu’actuellement (lire l’encadré), avec un but clair: «On ne veut plus avoir que des frontaliers dans la première couronne et des employés qui font 50 kilomètres pour venir les servir car ils ne peuvent pas se loger dans l’agglo. Ce n’est bon ni économiquement, ni socialement.»

«Personne ne veut être la banlieue de l’autre»

Bref, comme le synthétise Antonio Hodgers, «personne n’a envie d’être la banlieue de l’autre, qui est un modèle catastrophique du point de vue de la mobilité et du climat.» Le conseiller d’Etat en conclut donc que «Genève doit faire un effort» en matière de construction, effort déjà entamé avec le projet d’agglomération. «Nous nous sommes engagés à bâtir 2500 logements par an. En 2020, nous étions à 2200 (ndlr: alors que de 2009 à 2014, la moyenne stagnait à 1400 par année, avant de décoller en 2015). Là, nous allons atteindre les 2500. Il faut respecter nos engagements, c’est bien d’atteindre cet ordre de grandeur, il ne faut pas ralentir, mais il ne faut pas non plus aller au-delà.»

«Genève doit modérer son appétit économique»

Soit, mais comment faire, si la France voisine freine sa production de logements, alors que l’économie genevoise tourne à plein régime? «Jusqu’alors, Genève était OK pour donner des emplois, mais pas pour loger leurs titulaires. En vingt ans, on a multiplié par quatre le nombre de frontaliers. Si on veut modérer le développement urbain, il faut aussi modérer le développement économique. Genève doit modérer son appétit en la matière, qui le pousse aujourd’hui, par exemple, à attirer toujours plus de multinationales.»

«Au bout d’un système»

La richesse de Genève est un luxe, juge Antonio Hodgers, «qui peut nous permettre de ralentir». Il observe néanmoins qu’il n’existe pas, pour l’heure, de consensus autour de cette idée, pas plus à droite qu’à gauche de l’échiquier politique. «Mais c’est le débat à mener. Nous sommes arrivés au bout d’un système paradoxal, où l’on importe les emplois et où l’on exporte les logements. Aujourd’hui, ni les Français, ni les Vaudois n’en veulent. Cela nous ramène à notre vision commune de la ville des courtes distances. Il faut donc réaliser le plan directeur cantonal, qui offre encore beaucoup de possibilités, mais pas davantage.»

Une agglo de 90’000 âmes

Annemasse Agglo constitue la deuxième agglomération du Grand Genève. Elle regroupe douze communes françaises: Ambilly, Annemasse, Bonne, Cranves-Sales, Etrembières, Gaillard, Juvigny, Lucinges, Machilly, Saint-Cergues, Vétraz-Monthoux et Ville-la-Grand. Ce territoire de 74 km² abrite une population de 90’000 habitants.

Retenir les familles

Le schéma de cohérence territoriale français ambitionne de freiner la construction de logements, mais aussi de faire baisser les prix du marché de l’immobilier en France voisine. Ainsi, il entérine la règle des trois tiers pour les nouveaux immeubles: un tiers de logement social, un tiers de logement abordable, un tiers de logement libre. A titre d’exemple, explique «Le Messager», les logements abordables permettent d’accéder à la propriété avec des prix oscillant entre 2700 euros et 3300 euros le m2, alors que le prix du marché atteint 4500-5000 euros. L’espoir étant de retenir les familles dans le bassin annemassien et d’y équilibrer les profils socio-économiques des habitants.

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